IMMOBILIER POST-COVID19

Écrit par Thierry Laffineur le 13 mai 2020

EST-IL TROP TÔT POUR DIRE S’IL EST TROP TARD ?

En établissant le calendrier des Tables Rondes Essentielle Immo 2020, nous avions décidé de consacrer l’édition du 02 mai à l’évolution du ratio locatif/acquisitif du marché résidentiel.

Entretemps, un clinamen (lorsqu’un rien dévie quelque chose de sa ligne (*)) devenu pandémie aura explosé nos modes de vie et de travail et mis en évidence leurs multiples fragilités économiques, politiques, sanitaires, etc.

Faute d’être en mesure d’organiser une Table Ronde conventionnelle, nous avons donc invité 6 acteurs du monde immobilier à nous faire part de leur réflexion quant à l’impact de la pandémie covid-19 sur le futur de l’immobilier. Sous la question générale de ‘Est-il trop tôt pour dire s’il est trop tard ?’ les considérations et analyses de  Benjamin Cadranel – CEO – Citydev / Stephan Sonneville – CEO Atenor / Philippe Koelman – Partenaire/fondateur - James Realty / Denis Latour – Adm. Latour et Petit / Serge Fautré – CEO AG Real Estate et David Chicard – Managing Director  – Sotheby’s, montrent toutefois davantage de convergences ( Pacte vert européen, densité intelligente des habitats, plan d’investissement à long terme …. ) que de divergences !

(*) Notion atomiste épicurienne reprise par Lucrèce dans ‘de rerum natura’. Quoi de mieux qu’un virus pour illustrer un ‘rien’ !

REPLI SUR LE HOMELAND

David Chicard – Managing Director Sotheby’

Sur un marché de biens haut de gamme dont 35% des acteurs étaient étrangers, on

assistera sans doute à un resserrement belgo-belge des transactions, notamment favorisé

par un scepticisme à l’égard dune mondialisation qui interpelle nos modes de vie.

David Chicard

Même si nous agissons sur un marché privilégié (loyers > 2.500 € / Montant moyen des ventes 1,2 mio €) dont les biens continuent à être virtuellement visités (vidéo), sollicités et vendus, il existe une constante qui veut que les logements, quelle que soit la gamme dans laquelle ils sinscrivent, restent des biens indispensables. Notremarché ne devrait donc pas trop souffrir en sortie de crise. La demande restera soutenue, même si quelques corrections feront baisser la valeur de certains biens de lordre de 4 à 5%. A un autre niveau, la révision de nos modèles vers un mieux économico-écologique est un souhait que nous partageons avec de nombreux autres ! Toutefois la crainte de repartir "comme avant" existe. Or si notre société ignore ou oublie les enseignements actuels, le prochain épisode sera catastrophique ! Un premier élément apparaît comme très probable : quel que soit le marché immobilier considéré, on assistera à un repli sur le homeland, qui sera notamment traduit par une diminution des achats de résidences secondaires à l’étranger. Il s'agit sans doute là d'un premier frein à la mondialisation telle qu'elle existe actuellement au profit dune revalorisation des économies locales.

 

Mettre les loyers en pause : Une question de survie

 

Ce qui est à craindre est une déflagration économique et une fracture sociale de grande ampleur.

 

Dans une période darrêt quasi-total de l’économie, il est inconcevable que les loyers résidentiels et commerciaux ne soient pas mis en pause (que seules les charges soient exigées) durant 2,3 ou 4 mois, dès lors que les banques acceptent de reporter les échéances des crédits !

 

Un moment catalyseur du changement de ratio locatif/acquisitif ?

 

Si l’évolution du ratio locatif/acquisitif ne concerne pas notre créneau, dautres segments ont connu un tel boomdes investissements immobiliers - favorisés par un argent peu cher - que le marché du petit locatif (>  1.000 €) offre désormais une pléthore de biens au profit doccupants/locataires. Cela posé, une forte baisse des valeurs est peu probable dans la mesure où, dune part, une correction importante (15%) avait déjà eu lieu suite aux attentats de 2016 et que, dautre part, la demande sur Bruxelles – cœur de lEurope dont la démographie est positive – reste conséquente.

Pour mémoire on retiendra également :

  • Depuis 2008 et les corrections du marché qui suivirent , le volume des ventes des biens de 1 million et plus en Belgique est resté très stable là où dautres pays ont mis 10 ans à se reconstruire ;
  • Il y avait avant le confinement énormément de cashcherchant à sinvestir même à des rendements très faibles (2%). Ces liquidités sont toujours disponibles et limmobilier demeure un vecteur privilégié dautant plus essentiel que le risque dune société s’écroulant en 1 mois est devenu une réalité tangible 

 

L’IMMOBILIER NE PEUT PLUS ÊTRE UN PRODUIT FINANCIER !

Benjamin Cadranel – CEO citydev.brussels

Si le confinement actuel constitue pour l’humanité le traumatisme le plus important depuis la seconde guerre mondiale, il met aussi en évidence la surprenante résilience d’une population dont les rapports à l’environnement, à la mondialisation et aux inégalités sociales n’auront jamais été aussi intenses.Benjamin Cadranel

Notre société occidentale et ses modes de fonctionnement individualistes s’accommodent depuis toujours d’une certaine dose d’exclusions, dès lors que les exclus ne sont pas trop nombreux et conservent une chance d’inclusion grâce, ou pas, à une assistance des instances publiques.

Aujourd’hui, ce crédo du chacun pour soi devient toutefois un peu court devant un évènement qui fait apparaître des failles (e.a multiples pénuries) ou des dysfonctionnements pour lesquels il ne suffira pas de pointer , les responsabilités individuelles de quelques-uns, tant notre responsabilité sociétale collective est ici en question.

Certes, bien avant l’apparition de la pandémie, une collapsologie plus que latente (l’homme pourrait disparaître au XXIème siècle) était déjà perceptible : dérèglement climatique, surpopulation, conflits permanents, pressentiment d’une crise économique d’autant plus inévitable qu’elle était annoncée par la récurrence des cycles.

Cette crise en devenir affectera lourdement tous les secteurs de l’économie dont, évidemment, celui de l’immobilier. Seule consolation les banques jouent aujourd’hui le jeu (en réalité elles n’ont ni le choix ni l’aléa moral).

 Pour un locatif public !

Depuis longtemps nous savons en effet que quelque chose doit être changé dans nos modes de consommation énergétique et dans nos rapports aux logements. D’aucuns prédisent 

que cette crise favorisera un basculement du ratio acquisitif/locatif au profit de ce dernier. Si cela s’avérait exact , il faudrait alors s’assurer que ce mouvement se fasse en faveur de logements locatifs  ‘publics’, à l‘instar de ce que l’on observe à Vienne (en tête des classements des villes les plus agréables pour ses habitants mais pas nécessairement pour les investisseurs !)

Dans l’hypothèse inverse, le risque d’accroitre les disparités - dans un contexte de crise du logement déjà réel au sein de la plupart des villes occidentales – deviendra d’autant plus insupportable et intolérable que ces iniquités toucheront non  seulement les personnes déjà exclues mais également les membres des professions méritantes mais mal rétribuées (infirmières, enseignants,…) hier déconsidérées et aujourd’hui encensées !

Si le confinement est révélateur des disparités, il est aussi porteur de risques sociaux (émeutes, grèves,..) et nous met face à une responsabilité : aller (enfin) chercher l’argent où il se trouve comme on l’a fait après la seconde guerre mondiale. Soulignons par ailleurs que les multinationales d’aujourd’hui ne pourront pas longtemps se priver des individus qui composent leur marché !

La stratégie immobilière/urbaine que nous poursuivons repose alors sur quelques évidences :

  • L’intensification de la construction de quartiers durables (circuits vertueux, emplois de proximité, rapports sociaux et espaces verts communs) ;
  • La réindustrialisation - toute proportion gardée - pour des raisons autant sociétales (changer le fonctionnement de la ville) qu’éthiques (le fablab de Greenbizz/Tivoli fabriquent aujourd’hui des visières et des blouses de protection) et économiques (circuits courts) ;
  • Une densification qualitative de l’habitat à l’échelle de quartiers proches des nœuds de communication et des équipements (notamment ceux en lien avec la santé) toujours préférable à l’étalement urbain.;
  • Prioriser la qualité, l’espace et favoriser la structuration des quartiers (autarcie via services, producteurs et distributeurs de proximité, espaces publics mieux répartis entre les usagers) ;
  • Construire Smart : la crise actuelle montre ce qu’on peut faire avec des datas et de l’électronique embarquée dans bâtiments (continuer à fonctionner, à exister sans se devoir se déplacer !)

Par contre, une fragilisation de la lutte contre l’étalement urbain au motif que la densité dans les villes serait synonyme de risque accru de contamination. Il faudra au contraire continuer à mieux densifier le tissu urbain selon une approche qualitative et durable pour un habitat respectueux de l’environnement et porteur de valeurs sociales positives.

Dans un système économique qui avait tendance à faire de tout investissement immobilier (en ce compris les maisons de repos et de soins ) un produit financier, notre challenge de service public sera d’encourager la construction,  au profit de tous, de logements publics efficients selon le meilleur rapport qualité/prix pour la collectivité.

 

ACCESSIBILITÉ  ET PACTE VERT EUROPEEN

Stephane Sonneville – CEO Atenor

En mettant un coup de projecteur sur des éléments/événements insupportables de nos vies, cette pandémie nous rappelle l’importance charnière de 2019 ( Gilets jaunes, Greta Thunberg, Green Deal, phénomènes migratoires, ..) et la prise de conscience massive de l’urgence climatique – même si cette dernière n’est pas nouvelle !

Stephan SonnevilleCette crise est la quatrième que je connais en 35 ans d’activités ! C’est aussi la 4ème fois que j’entends dire que l’avenir ne sera plus pareil alors que, naturellement , le monde est en évolution constante et change tous les jours. Il ne sera donc forcément plus jamais le même ! 

Face à toutes les incertitudes engendrées par le confinement,  il appartient aux dirigeants d’entreprises de garder la tête froide et aux investisseurs immobiliers de faire preuve de maturité. A cet égard, je ne m’attends donc pas à des ventes massives. Même privés de 5 mois de loyers immédiats, les grands propriétaires ne disparaîtront pas. Ce qui n’est sans doute pas le cas des spéculateurs et de leur risky business.

Quant aux propriétaires occupants en difficulté de paiement de leurs crédits, ils ne verront pas les banquiers les expulser comme le furent les souscripteurs des subprimes aux USA. Nous ne sommes pas dans ce modèle. Les banques -  juste retour des choses après leur sauvetage en 2008 – jouent le jeu et acceptent aujourd’hui de reporter les échéances.

Je plaide dès lors pour un allongement de la durée des crédits selon une logique qui veut que l’on décale tout de 4, 5 ou 6 mois.

Au-delà de l’épisode sanitaire actuel, les futures difficultés économiques amplifieront différents phénomènes dont celui du besoin de construire des logements ‘accessibles’ en Région Bruxelloise – ce que nous faisons par exemple avec City Dox.
Encore une fois, je ne m’attends ni à une baisse significative des prix (mais plutôt à un soutien des autorités belges/européennes aux plus fragiles) ni à un basculement 

locatif mais à la poursuite voire à l’accélération d’un mouvement déjà fortement engagé en milieu urbain et dans plusieurs pays voisins.


Foncier, le prix d’une utilité collective

A Bruxelles – comme dans d’autres villes  -  l’explosion du  coût du foncier ( sans contrepartie pour les salaires !) a conduit les prix de l’immobilier vers des sommets. Or, cette augmentation du foncier trouve sa justification dans le phénomène de densification/concentration et d’utilité.
En d’autres mots, il est économiquement et écologiquement préférable de concentrer les fonctions immobilières autour des nœuds de communication. Ce faisant on accroît la dimension d’utilité du terrain au profit de la collectivité. Dès lors que l’utilité d’un terrain augmente, son coût augmente également.
Rappelons à cet égard que l’utilité n’est pas la marge du promoteur mais le prix d’un bien-être global (ex. : moins de voitures en ville) bénéficiant à l’ensemble de la communauté. En conséquence il appartiendra tant aux instances publiques qu’aux promoteurs de jouer le jeu pour soutenir ce mouvement d’un basculement progressif au locatif.

Inflation et taux ?

L’inflation n’est perverse que si non maîtrisée. Dans le cas présent 2 ou 3% d’inflation – faciliter le remboursement des dettes -  sont préférables à pas d’inflation du tout !

Le risque serait celui d’ une inflation trop forte qui pousserait les taux à la hausse, ce qui n’est pas imaginable.

Craintes et espoirs ?

Il faut espérer que le Pacte Vert Européen (European Green Deal) qui vise à construire une Europe neutre en énergie à l’horizon 2050 fasse l’objet d’investissements massifs en sortie de crise !

Crainte : La rechute dans les chamailleries de bas étages des entités fédérées belges (qui est responsable ?  qui doit payer la dette ? qui a dépensé ? etc.) aussi pathétiques que le sous-niveau actuel des réseaux sociaux !

Après le covid 19  les questions sanitaires bien sûr, mais aussi environnementales et sociales seront omniprésentes et notre regard sur la Chine  sera définitivement modifié (production dévalorisant la fonction humaine, négation de la démocratie, etc.). Le retour à l’essentiel et la revalorisation des relations humaines – filigrane de cette crise – posera aussi la question du n’avons-nous pas énormément de choses inutiles ?

Espoir : Notre futur est dans l’Europe parce que l’Europe est le futur ! Elle sera le rempart contre les individualismes qui naîtront immanquablement au sortir de la crise.

 

 

UN FORT DÉCALAGE OFFRE/DEMANDE

Philippe Koelman Associé - Fondateur  James Realty

Si la crise nous place face à des bouleversements pratiques immédiats - mais toutefois temporaires -  ses conséquences économiques les plus lourdes risquent de se prolonger dans le temps.

Avec un fort ralentissement des opérations immobilières durant la période mars-avril-mai - mois porteurs d’un marché actif -, le risque d’un décalage entre l’offre de biens mis sur le marché avant/pendant le confinement et la demande d’acquéreurs qui ‘prendront leur temps’ (souci accru de protéger la résidence principale) est plus que réel.Philippe Koelman

Par ailleurs, bien avant l’apparition de la pandémie, le marché immobilier du neuf voyait déjà son ratio prix/m² en constante augmentation. C’est la conséquence d’une production de biens de plus en plus petits pour des budgets restés inchangés faute d’un accroissement du pouvoir d’achat.

Qu’en sera-t-il dans la période de reprise ‘post-covid 19’ ?

Si les biens haut de gamme - dont l’offre qualitative est relativement limitée à Bruxelles -seront préservés et pourront s’appuyer sur des réserves de liquidités d’investisseurs, ce sera moins le cas pour le créneau 500 K € > 1 mio € dont la demande était essentiellement liée aux conditions très favorables de crédit.

Phénomène similaire sur le très abondant marché locatif du neuf pour lequel la capacité et la fiabilité des locataires seront ébranlées par les conséquences économiques du confinement.

Il est donc quasi certain que les marchés locatifs (ancien et neuf) verront les vides se multiplier et y répondront selon deux options : une cession des biens ou une baisse des loyers (5 à 10%) .

Rappelons les deux phénomènes enclenchés par le marché depuis 2 ans :

  • Le mouvement de baisse de loyers : entre 2018 et aujourd’hui nombre de loyers du segment moyen supérieur avaient diminué (ex. : de 2.200 à 1.900 € ). Ce moindre rendement ayant pour conséquence une baisse de la valeur de ces biens  (5 à 10%) ;
  • Le basculement vers le locatif surtout sensible en ville.

Par ailleurs, autre effet du confinement, il est désormais certain que les biens disposant d’une terrasse, d’un jardin ou situés à proximité d’espaces verts seront davantage appréciés.

Un plan d’investissement pour une réforme profonde 

Cette pandémie montre à quel point une ‘réindustrialisation’ ou mieux une réimportation des savoir-faire est impérative si l’on veut disposer de moyens de production essentiels en Belgique et à Bruxelles. Or un tel mouvement suppose des investissements et des investisseurs particulièrement sensibles à plusieurs facteurs :

  • Le niveau de l’enseignement/formation qui définit les compétences ;
  • Les incitants fiscaux : réduire les charges fiscales  ET les répartir sur davantage d’acteurs. Il importe donc que l’Europe s’engage sur la voie d’une harmonisation fiscale si l’on veut que les multinationales ‘passent à la caisse’ ou si l’on veut une solidarité réelle. Il est en effet peu compréhensible de voir les pays du Nord refuser une aide à ceux du Sud alors que leurs ressortissants vont y passer leurs vacances et leurs retraites pour bénéficier de conditions économiques avantageuses !
  • Les facteurs de dynamisme : les 19 communes de Bruxelles ou le fédéralisme du pays (4 gouvernements 9 ministres de la santé !) montrent clairement leurs limites et leurs coûts prohibitifs.

Il apparaît clairement que l’effort ‘post confinement ‘ à fournir sera intense et nécessitera un véritable plan d’investissement : quitte à être endetté (et on le sera) autant l’être pour une réforme profonde et non un énième bidouillage. Le défi qui nous attend – les conséquences de cette crise s’étaleront sur plusieurs années - est d’offrir des véritables perspectives sociétales et socio-économiques.

GOUVERNER C’EST PRÉVOIR, NON RÉAGIR !

La crise de 2008 était financière et bancaire. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une donne plus large qui agira comme un accélérateur des fragilités déjà existantes dans certains modèles passéistes . Ils ne survivront pas à cette nouvelle épreuve (notamment dans le retail) . En contrepoint cela signifie aussi de nous attacher à remodéliser ce qu’on peut/veut pérenniser.

Si la donne est plus large, le défi l’est aussi. Il est européen. Il est celui d’un équilibre à trouver entre une aide aux personnes et une liberté accordée aux  entreprises de faire du profit POUR le réinvestir dans la réindustrialisation d’un continent qui se veut fort et stable. Plus qu’un vœu pieu, c’est un appel à la solidarité face à une crise lourde de conséquences mais ‘équitable’ (elle touche tout le monde) et à une réflexion profonde quant à nos modes de consommation.

Cette crise est un rappel à un Etat dont les dirigeants semblent avoir oublié que gouverner c’est prévoir et non réagir !

 

UN MARCHÉ DAVANTAGE SEGMENTÉ

Denis Latour – CEO Latour et Petit

Sans doute faudra-t-il attendre la fin 2020 – soit +/- 6 mois après la levée du confinement – et une reprise totale de l’activité économique, pour mesurer l’impact véritable de la crise du covid 19 sur le marché immobilier résidentiel, tant en termes de volume des ventes que de valeurs et de prix. 

Denis LatourIl paraît toutefois probable que ces derniers resteront globalement stables mais que les facteurs de localisation et de qualité/performance accentueront des disparités déjà existantes.

Dans ce schéma  les biens de bonne situation, à savoir inscrits dans des quartiers de qualité, ne devraient pas être affectés.

Par contre, le risque d’une perte d’attractivité, et donc de valeur, est plus important  dans les quartiers excentrés ou ‘en devenir’. Effet de la crise – et incertitude quant à de nouvelles pandémies – les acquéreurs poseront un regard beaucoup plus rationnel sur leurs habitats. Ils prendront davantage en compte les facteurs liés à la qualité de vie, tels que la proximité de parcs, d’espaces verts, des commerces , transports en commun, infrastructures sportives et culturelles, …

Sur un marché qui voyait les biens s’apprécier d’environ 3% /an, cette plus-value sera désormais davantage segmentée.

Ainsi, à Bruxelles, une maison unifamiliale avec jardin ou un appartement récent (ou en bon état) avec terrasse conservera voire augmentera sa valeur alors que des villas ou des appartements à rénover sans terrasses deviendront moins attractifs.

FAVORABLE AUX QUARTIERS DURABLES

Par ailleurs, il est certain que cette crise jouera en faveur des quartiers durables caractérisés par le retour à une vie citadine de qualité relevant de logements neufs performants, de productions/activités locales (circuits courts), d’une mobilité douce sécurisée (piste cyclable), d’aménagements urbains de qualité, etc.

Autre impact, la démonstration faite par les possibilités d’un télétravail désormais plus important, conduira nombre de personnes à rester davantage chez elles (e.a. en dehors des villes). De petites maisons de campagne se verront ainsi valorisées.

Quant au marché locatif, sa croissance,  pour réelle qu’elle soit, n’apparaît toutefois pas comme une lame de fond. La volonté d’acquérir son bien reste très présente auprès d’une population ‘jeune’.

Cela posé, les biens mis à la location dans notre créneau (segment moyen/haut de gamme) devraient maintenir leurs niveaux de loyers et donc leur rendement/valeur.

Perspectives à court et moyen termes ?

  • Le secteur du tourisme sera sans doute pénalisé. Le boom des piscines privées attendu après le confinement correspond à une nouvelle donne : dès lors qu’on est bien chez soi … on y reste.
  • L’immobilier neuf accroîtra son attractivité.
  • Le foncier restera cher – d’où la nécessité d’une densité intelligente - , les coûts de construction ne diminueront pas et les délais d’octroi des permis resteront longs.
  • Les banques n’assoupliront pas leurs conditions de crédits tant qu’une décision européenne n’interviendra pas. Les taux ne bougeront pas ou peu.
  • Le marché immobilier restera stable avec des variables d’ajustement ponctuelles et éventuellement une petite chute d’ici 6 à 12 mois.
  • Sans parler de réindustrialisation (impossible dans l’immédiat), le redéveloppement d’une économie locale de production alimentaire / artisanale voire industrielle centrée sur l’essentiel est plus que probable. Cela aura un effet positif sur l’immobilier qui reste et restera une priorité inscrite dans le long terme.  Cette priorité condamnera ispo facto nombre de dépenses superflues !
  • De même qu’il conviendrait de ‘décaler/reporter’ le paiement de crédits et loyers (décision de l’Etat) , il paraîtrait juste d’établir un moratoire sur les faillites. Une entreprise viable avant la crise doit avoir une chance de repartir après ! 

 

PRENDRE DE LA HAUTEUR !

Réflexion avec Serge Fautré – CEO AG Real Estate

Sur un marché immobilier résidentiel ralenti, mais non arrêté par les contraintes du confinement, il apparaît que le ratio offre/demande reste inchangé. A une demande soutenue par une démographie positive, un besoin de performance énergétique et des taux bas doit répondre une offre d’habitats efficaces. Serge Fautré

Cette offre est, indépendamment de la pandémie mais exacerbée par cette dernière, depuis longtemps pénalisée par un double phénomène :

  • La lenteur des procédures d’attribution des permis ;
  • La facilité de blocage d’un projet (par des riverains par exemple)

 

A ces premières réflexions, on en ajoutera une troisième : on ne peut poursuivre une politique de réduction des superficies des habitats sans créer une forme d’appauvrissement social et une détérioration de la qualité de vie dont le confinement actuel montre les limites !

 

Sachant qu’en Belgique nous bénéficions d’espaces de vie dont les superficies sont supérieures à la moyenne européenne, il nous faudra en conséquence - avec le secteur public -  trouver des solutions afin que ces superficies restent ‘payables’.

 

Sans être nouvelle, l’idée d’autoriser la construction de 2 ou 3 étages additionnels fait alors pleinement sens : elle permet une meilleure exploitation du foncier et donc une réduction des prix des logements. C’est cette démarche qu’il conviendra de systématiser à l’avenir dès lors que n’existe pas de volonté politique de contenir les prix du foncier.

PRESERVER LE POUVOIR D’ACHAT

Parallèlement, l’immobilier a besoin d’une structure financière de qualité et donc de prêts hypothécaires contrôlés. Par analogie, on ne peut exiger d’une sicafi/sir de limiter son ratio d’endettement à 60% tout en permettant à un particulier d’atteindre un quota de 120% ! L’immobilier n’est pas une alternative au crédit. Il requiert une dose de fonds propres.

Face au ‘trou d’air’ actuel et aux interrogations quant à la future courbe (en U, en V, en W, .. ?) de la reprise économique (dans quel délai ?), il importe de préserver un pouvoir d’achat (revenu des ménages) érodé par la part consacrée à l’immobilier.

Il faut donc que les prix/loyers des logements n’explosent pas à l’instar de ce qui se passe dans d’autres métropoles européennes. Encore une fois, la hauteur est ici un avantage, à condition de répondre d’une qualité architecturale et de considérations urbanistiques (emprise au sol).

Craintes et basculement vers le locatif ?

Je n’ai pas de craintes majeures quant à un crash immobilier même si des corrections de valeurs (entre 3 et 4%) sont prévisibles. Quant au basculement vers le locatif, il s’impose quasi de lui-même dans les villes, soutenu en cela par la souplesse qu’il permet en réponse aux besoins accrus de mobilité des acteurs économiques.

Une fin de la mondialisation ?

Comparer les coûts de production de la Chine aux nôtres répond à la question ! Cela ne doit toutefois pas éluder le problème d’une relocalisation de biens stratégiques.

Responsabilité gouvernementale ?

Ne critiquons pas trop nos gouvernants. Qu’il y ait eu des erreurs est fort possible et avoir 9 ministres de la santé interpelle quant à leur efficacité !  Mais pour l’essentiel nous sommes tous entrés en ‘terra incognita’.

Impact économique ?

Il est d’ores et déjà sensible sur les loyers des commerces.

Par contre, nos projets résidentiels - dont seuls 2 chantiers sont à l’arrêt – enregistrent toujours des demandes qualifiées d’acheteurs et investisseurs. Effet ‘vertueux’ de la crise, les gens ont le temps d’analyser les dossiers et l’immobilier résidentiel neuf reste LA valeur refuge en ces temps troublés.

Systématisation du télétravail ?

Non ! C’est imaginable à raison de 2 jours par semaine mais pas au-delà. Outre une perte de productivité, il existe une vie sociale des ‘bureaux’ qui ne peut être négligée dès lors qu’on veut privilégier l’humain. Les bureaux demanderont sans doute une autre organisation (espaces plus grands et travail en 3 shifts) mais toute entreprise a besoin de son lieu de vie. Nos collaborateurs ont besoin d’interactions humaines et d’échanges ‘réels’ pour pouvoir construire des projets interactifs.

En conclusion ?

Outre une multiplication encourageante des comportements solidaires, nous (les Belges) avons toujours été capables de créativité, de résilience et de performances (nombre de pays nous envie nos coûts de construction !). Nous le resterons au-delà de cette crise.

****