Participants à la table ronde

Architecture et administration

Écrit par Thierry Laffineur le 6 novembre 2017

Table ronde

L’architecture est une expression de la culture. La qualité des constructions, le respect des paysages naturels ou urbains ainsi que du patrimoine, sont d'intérêt public. Selon ces conditions, l’exercice de la profession d’architecte est confronté à plusieurs défis parmi lesquels ceux de la formation des architectes et futurs architectes, la promotion de l’architecture auprès des Maîtres de l’Ouvrage (MO) et des autorités publiques, l’encadrement législatif/règlementaire de la profession et des concours, etc.

Participants à la table ronde

Face à ces défis nombre d’architectes bruxellois se posent aujourd’hui deux questions :

  • Quelles synergies et collaborations tisser entre les architectes, les instances politiques/administratives, les universités et les structures économiques ?
  • A-t-on besoin d’un Bouwmeester (BM) et/ou d’une ‘bonne’ administration ?

Pour y répondre la présente table ronde réunissait

  • David Roulin – Architecte / CEO - Art & Build
  • Marc Stryckman – Architecte / Administrateur - ADE
  • Philippe Verdussen – Architecte / Administrateur - Archi 2000
  • Stéphane Dachy - Architecte / Administrateur - LD2
  • Philémon Wachtelaer – Architecte et Président - ARIB
  • Christian Sibilde – Architecte /Administrateur - DDS+
  • Viviane Teitelbaum  - Echevine et Députée Région Bruxelles Capitale
  • Charles-Albert Van Hecke – Architecte / CEO – ALTIPLAN

Une fonction mal exercée ? 

Considérez-vous qu’il existe un hiatus dans le rôle du Bouwmeester (Maître-Architecte) actuel de Bruxelles (*) ?

M. Stryckman  : Je pose un préalable : il ne s’agit en aucun cas de critiquer la fonction du Bouwmeester (BM) mais bien la manière dont cette fonction est exercée, au regard de certaines attitudes peu acceptables, car marquées par une orientation intellectuelle qui confine au dirigisme et au favoritisme de certains bureaux nationaux ou internationaux. 

Or, cette fonction,  qui devait initialement se circonscrire à un rapport avec les autorités publiques (administrations communales, régionales, etc ..) pour leur apporter une assistance dans le cadre de marchés publics, empiète désormais sur le secteur privé et cherche à influencer les  choix architecturaux des promoteurs.

Nous disons donc ‘oui’ à un BM, dès lors que ce dernier reste dans son rôle de conseiller des administrations. Toutefois, notre inquiétude – elle se vérifie chaque jour - est de voir une administration régionale qui peine à engager 30 ‘compétences’ pour répondre aux besoins du marché (e.a. : délivrance des permis) être ‘supplantée’ par un BM qui se targue de disposer d’une équipe de 12 collaborateurs qui ‘voyagent’ entre les différentes instances publiques.  portraits

Pourquoi ces compétences ne vont-elles pas prioritairement à une administration qui en a fortement besoin ?

C. Sibilde : Le problème n’est pas nouveau ! Le rôle (louable) du BM est de relever le niveau de la qualité architecturale de Bruxelles.

Dans un premier temps je dirais donc que même si l’on peut – à tort – accuser le BM d’un certain favoritisme (ce n’est pas du favoritisme mais un point de vue), force est de constater qu’il suit une ligne cohérente. Je ne mettrai donc pas en cause son intégrité intellectuelle.
Dans un second temps, et je rejoins là une inquiétude de plus en plus partagée : aujourd’hui, un architecte qui doit construire à Bruxelles ne sait plus à quel saint se vouer !

Sous couvert de mise en place de nouvelles structures destinées à ‘mieux cadrer’ l’architecture bruxelloise, on ‘rajoute des couches’ et on crée une confusion qui débouche sur une question : Qui gère quoi au niveau régional ?  Si nous avions un conseil à donner aux autorités publiques il serait : Mettez des règles (quelles qu’elles soient)  mais n’empilez pas des couches !

Par ailleurs, espérer qu’un deus ex machina dont la culture, l’assise et le rayonnement seraient suffisantes pour se permettre de passer au-dessus de tout dans une neutralité absolue est une ineptie à laquelle aucun professionnel raisonnable du secteur ne croit.

Qu’il s’agisse d’un BM ou d’un fonctionnaire délégué, nous avons tous été ‘jugés’ selon un arbitraire (j’aime >< j’aime pas) qui dépasse le cadre légal ! portraits

Vous constatez une amplification de l’arbitraire ?

C. Sibilde : Oui ! A la manière dont Louis XIV construisant la place Vendôme se passe de l’avis de tous les architectes du Royaume pour imposer une forme, une image,…

Aujourd’hui, vouloir imposer une certaine ligne architecturale – dans ce cas minimaliste - à une ville (Bruxelles) par essence multiple et éclectique  relève de la même démiurgie !

Bouwmeester ou le nouveau Prince

Ph. Wachtelaer : La situation actuelle m’inspire effectivement une réflexion qu’on aurait pu intituler : Bouwmeester ou le nouveau prince !

Cela dit n’oublions pas que nous ne sommes pas à un paradoxe près et que la mise en place d’un BM à Bruxelles  - en tant que conseiller architectural auprès de l’autorité publique - ….est une revendication des architectes bruxellois !!!

Dépassons la contradiction et considérons les deux aspects essentiels du rôle du BM : son sens et sa mission.

Sens : Il doit être générateur d’une émulation et non définir un type d’architecture (c’est le débat d’aujourd’hui). En d’autres mots, il doit créer les conditions qui permettent des expressions architecturales différentes dans une ville multiple et font éclore des talents.. 

Mission : Sans se faire l’avocat du diable, n’accordons nous pas trop d’importance à l’architecture alors que le plaisir d’une ville – ce qui fait que l’on se sent bien – se vit au travers de la qualité de l’espace urbain c.-à-d. le ‘vide partagé’.

Dès lors l’intervention du BM ne doit -elle pas prioritairement aider les administrations à ‘construire un espace public de qualité’ ?

Posons-nous encore deux autres questions :

  • Lorsqu’on évoque la qualité architecturale de quoi parle-t-on ?

La création architecturale est complexe par toutes les fonctions qu’elle intègre, allant de la technicité à l’économie en passant par la conception spatiale, et les dialogues qu’elle réclame. Or, aujourd’hui l’attitude du BM paraît confiner la qualité architecturale à une ligne architecturale.

  • Quid des administrations ?

De deux choses l’une : soit le politique considère qu’elles sont totalement incompétentes et que seul le BM dispose d’un regard éclairé, soit il reconnaît ses compétences et pose, ipso facto, le problème de la primauté des instances. 

S. Dachy :  Comme cela a été évoqué, le BM doit être un instigateur et non un homme de pouvoir ! Parallèlement il doit être reconnu par ses pairs : ce qu’il n’est pas pour n’avoir jamais construit ni être issu d’un vote ! 

Participants

Qui voterait ? 

S.Dachy  : les architectes et les administrations qui, quoi qu’on en dise, dispose encore de compétences !

D. Roulin : Relativisons et ne nous focalisons pas sur le BM !  Nous – architectes, élus, administrations,... – qui, collectivement, portons la responsabilité de l’aménagement du territoire, devons avant tout nous poser la question de la ville que nous voulons ! Et cette question pose celle de la gouvernance de la ville.

Dans un schéma qui voudrait que le politique ait une vision, soutenue par une administration forte, le rôle du BM – qui ne devrait pas nécessairement être un architecte – est d’organiser la conversation entre les différentes parties pour tisser des liens ‘intelligents’.

Faute d’être architecte quelle formation aurait-il ?

D. Roulin : Anthropologue, sociologue, historien de l’art,… peu importe, pour autant qu’il ait la ‘légitimité’ à organiser les débats/réflexions dans lesquels les intelligences de chacun nourriront le projet collectif. Aujourd’hui la position du BM est clivante. Elle ne rassemble pas, elle divise !

Un instrument politique !

V. Teitelbaum : Sans avoir votre expérience ‘professionnelle’ je considère que le BM est aujourd’hui un instrument politique : il permet de concentrer le pouvoir (au niveau du Ministre Président de la Région) entre les mains de deux personnes.

Le constat est amère : absence de dialogue et absence de stimulation mais un cadre/règlement flou. En conséquences les Maîtres d’Ouvrage (MO) qui prennent les risques d’un développement se retrouvent ‘pris en otage’ par un BM ou par une administration qui prend le crayon à la place des concepteurs au lieu de les placer au cœur du projet et face à leurs responsabilités.

Il existe là une dimension dogmatique/idéologique qui n’a pas lieu d’être : en d’autres mots il n’y a pas à imposer des short lists d’architectes-amis ni à intervenir en prenant le crayon ! Tant le BM que l’administration ne sont là dans leurs rôles respectifs mais bien dans une déviance arbitraire.

L’enjeu doit être celui de la culture architecturale dans la ville et non l’imposition d’une vision ‘détentrice d’une pseudo vérité architecturale’ ! Les tensions sont inhérentes à la ville mais en toutes circonstances le dialogue doit primer sur l’idéologie !

…Can’t get no satisfaction !

Ph. Verdussen  : Je rejoins ce qui a été dit. Aujourd’hui, sur le marché bruxellois de la construction personne (architectes, administrations, autorités régionales et communales,…) n’est satisfait ! 

Exemple : Comment voulez-vous que des fonctionnaires de la Région (en charge des dossiers d’architecture/urbanisme) soient motivés dès lors qu’ils savent que lesdits dossiers leur seront  ‘confisqués’ par un BM - et son équipe – qui, par ailleurs, s’intéresse également à des projets privés, en cours depuis plus de 10 ans et qui, éventuellement, joue de ses relations politiques pour (faire) critiquer les programmes qui ne lui conviennent pas… !

Il importe donc que le BM assume la mission qui lui a été assignée ET que les administrations disposent des moyens d’être fortes. Il est en effet tout à fait étonnant de voir des  ressources attribuées à l’équipe du BM alors que l’administration peine à remplir son cadre ! Participants

Le ‘ET’ non le ‘OU’

C-A. Van Hecke : Chacun autour de cette table est conscient qu’il importe de raisonner en termes de ‘ET’ et non de ‘OU’ : il faut donc un Bouwmeester ET une bonne administration, chacun dans leur rôle, ceux-ci se devant d’être complémentaires. Celui du BM est d’alimenter et de traduire la vision que le Politique souhaite imprimer à la Ville. Il doit être une forme de caution ‘morale’ pour une discipline qui représente des enjeux (financiers), des valeurs (culturelles) et des impacts (sociétaux).

A la question de savoir s’il faut être architecte pour remplir la fonction de BM : On peut en débattre. Il lui faudra malgré tout une nécessaire connaissance des réalités de notre profession pour mener à bien sa mission.

Aux dérives arbitraires mentionnées, au flou règlementaire qui pénalise tous les acteurs j’ajoute que, malgré la présence d’un BM, nous n’arrivons visiblement toujours pas à créer les conditions qui ont fait le succès des opérations de renouveaux urbains de villes comme Lyon ou Bordeaux.

L’idéal serait de disposer d’une Administration éclairée et efficace (= disposant des moyens de mener à bien les missions qui lui sont confiées) pouvant s’appuyer sur un cadre réglementaire clair, stable et suffisamment souple pour pouvoir y inscrire les circonstances particulières et les évolutions rapides de nos sociétés.

Aujourd’hui nous sommes – malheureusement - dans le modèle inverse :  les règles se complexifient, on diminue les compétences des administrations communales (on les affaiblit) au profit du régional qui, lui, peine à obtenir les moyens pour accomplir dans les temps ses missions et se voit mis en compétition avec une administration parallèle !

Commission de concertation … ou de confrontation ?

Quelle voie suivre pour atteindre à un idéal architectural/urbain ?

Ph. Wachtelaer : Il n’en existe qu’une : celle du dialogue, passage obligé pour des projets de qualité.

Avec un peu de recul, je considère que l’approche suggérée par l’Architecte Christian de Portzamparc dans le cadre du redéveloppement de la rue de la Loi (PUL ) consistant à fixer un vaste cadre ‘urbain’ dans lequel on peut ensuite, projet par projet, développer un dialogue permanent pour aboutir à une urbanité de qualité est prometteur. Aujourd’hui, faute d’un tel schéma et d’un cadre trop normatif, les commissions de concertation sont devenues des commissions de confrontation qui voient désormais les architectes céder le pas aux avocats : Ce sont les juristes qui gèrent désormais les débats. Où est le dialogue ?

V. Teitelbaum : Nous étions dans un urbanisme de blocage (une personne seule peut bloquer un projet) et un urbanisme de dérogations , nous sommes aujourd’hui - je le répète – dans celui de l’arbitraire. Ainsi, je suis résolument pour les PPAS (Plan Particulier d’Affectation du Sol)  évolutifs à condition qu’ils ne servent pas à contourner systématiquement les règles en vigueur. Idem pour le PAD (Plan d’Aménagement Directeur) , outil qui permet surtout à la Région de s’affranchir des règles quand cela l’arrange.

Par ailleurs s’agissant des concours (très appréciés par le BM) , deux remarques :

  • Ils ne sont pas une garantie de qualité !
  • Une fois passé en commission de concertation : que reste-t-il du projet initial du lauréat et que vaut-il encore dès lors qu’il aura été ‘amendé’ (lisez dénaturé ) par la commission ?

Bonne gouvernance et sectarisme !

Quid de la gouvernance du territoire et de l’ostracisme qui semble affecter certains bureaux ?

D. Roulin : La gouvernance du territoire peut être comparée à celle d’une entreprise. Nous nous efforçons – dans le cadre de nos bureaux respectifs qui sont des PME – de créer les conditions de l’émergence et de l’expression des talents. Pour atteindre cet objectif il existe un préalable : le cadre doit être à la fois très rigoureux, mais aussi flexible.

Transposé à l’échelle d’une ville, je constate – par exemple - qu’à Paris existe une très grande cohérence entre la vision politique, le cadre administratif et les outils de gouvernance du territoire que sont les SEM (Sociétés d’Economie Mixte). Cette cohérence est garantie d’ efficacité dans l’organisation des concours et génère une qualité de la production.

Aujourd’hui à Bruxelles force est de constater que le cadre est surtout devenu celui d’un sectarisme à l’égard des grands bureaux !

Exemple : Le concours ‘Citroën’ (futur musée d’Art Moderne de Bruxelles) a enregistré une participation de plus de 90 bureaux… ! Pas un seul bureau du G30 (Groupement des 35 bureaux d’architecture les plus actifs en Belgique – plus de 1.000 architectes au total) n’a été retenu, alors qu’ils sont, à la fois, garants d’un certain savoir-faire et une pépinière des talents futurs !

C. Sibilde : Elément révélateur de ce ‘malaise’ (sectarisme) actuel : les clients nous demandent s’il convient d’aller chez le BM pour obtenir des permis alors que ce dernier n’a – théoriquement - aucune incidence sur leur délivrance !

D. Roulin : La question a une variante : Avec qui convient-il de travailler pour être bien vu ? Notons qu’il est sidérant de constater aujourd’hui que certains promoteurs considèrent la question de l’architecture comme secondaire par rapport à celle de l’obtention des permis dont ils ont besoin pour construire « leurs m² » ! 

P. Wachtelaer  : Il est déontologiquement tout aussi inadmissible - qu’un BM, ignorant le débat, s’adonne par voie de presse au lynchage médiatique d’un bureau (en l’occurrence le bureau Jaspers-Eyers dans le média Bruzz). Il est également surprenant que, devant certains constats, une forme d’omerta se soit installée dans le secteur immobilier.

Bruxelles, trop petite pour les divas ? Participants

P. Verdussen : S’agissant de la qualité architecturale, je ne connais pas de bureaux dignes de ce nom qui ne la recherchent à travers les compétences de ses collaborateurs ! Il est donc curieux que le BM vienne nous expliquer que nous ne nous préoccupons pas de cette qualité. Par ailleurs, je n’ai rien contre l’idée de faire appel à des ‘divas’ internationales de l’architecture. Toutefois, il existe dans l’équation belgo/bruxelloise de la construction un niveau économique qui nous contraint à travailler dans des budgets (et des délais) serrés et interdisent certaines envolées lyriques onéreuses ! Pour mémoire rappelons que le prix de vente d’un immeuble à Bruxelles (ou Anvers) est le coût de sa construction à Paris !

P. Wachtelaer : Lors de la première expérience d’un BM  bruxellois (Olivier Bastin – architecte reconnu par ses pairs - fut le premier BM en Région de Bruxelles-Capitale ), chaque bureau – du plus petit au plus grand - avait sa chance et les débats – souvent exemplaires -  affichaient sensibilité et compréhension. Aujourd’hui, tout paraît se limiter à un argumentaire purement intellectuel et à une architecture qui rentre dans la grille de lecture du BM.  Si cet argumentaire est sans conteste nécessaire et important il est toutefois bon de  rappeler que d’autres réalités conditionnent un projet d’architecture et la vie d’un bureau.

S. Dachy : Ce qui prouve que le BM doit être un architecte ‘pratiquant et expérimenté’ !  

C’est quoi un jeune bureau ?

Quels risques la situation actuelle fait elle peser sur la formation des ‘jeunes’ ?

M. Stryckman  : Nous sommes ‘encore’ des généralistes . Même si aujourd’hui la complexification de l’acte de construire impose des équipe pluridisciplinaires, le brassage de ces compétences et de ces tranches d’âge (25>65)  est une richesse ‘créative’. Le bain de culture que sont les bureaux d’architecture est une réalité. Dès lors, lorsqu’on nous ‘recommande’ de travailler avec des bureaux étrangers et des jeunes bureaux, nous posons une question : c’est quoi un ‘jeune bureau’ ?

La moyenne d’âge des collaborateurs du bureau est de +/- 34 ans ! Ils sont architectes, urbanistes, paysagistes, etc., issus des quatre coins de l’Europe et animent en permanence des débats d’idées. Ces échanges ne donnent certes pas  la préférence à une vision élitiste de l’architecture. Ils s’attachent plutôt à un réalisme et à une réflexion sur une discipline dont la constante évolution impose une remise en question permanente !

Que nous reproche-t-on d’autres ? D’avoir une connotation commerciale et de ne pas ‘jouer’ aux intellos !

Ph. Verdussen : Nos clients demandent du réalisme et de la performance (les budgets engagés sont souvent très importants). Dès lors, quel est le MO qui confierait la réalisation d’un projet important à un jeune bureau dépourvu de références ? Le principe du ‘jeune bureau’ est la négation d’une évidence : un ‘bon’ bureau doit nécessairement relever d’un juste équilibre  entre ‘jeunes’ et ‘aînés’.

En outre, la dimension commerciale qui nous vaut l’étiquette ‘orientés promoteurs’ renvoie à une autre question : Qui – sinon les promoteurs/développeurs - construit l’essentiel de la ville de demain ?  

S. Dachy : Invitons le BM dans nos bureaux …

V. Teitelbaum  : … et dans les communes ! 

On ne conduit pas un projet par la peur !

D. Roulin : Dans l’exercice de notre mission d’architecte, si complexe, le risque aujourd’hui est d’être dépendant de la dictature du réel :

  • la dictature par la peur : je reprends les mots de notre consœur Paola Viganò ‘On ne conduit pas un projet par la peur’. Or, aujourd’hui à Bruxelles la gouvernance du territoire instaure un climat de peur (ou pour le moins d’une très forte incertitude) dont le corolaire sur le long terme est de léguer une ville triste aux générations futures.
  • la dictature du temps : la pression constante des délais ne nous laisse plus ‘le temps’ de réfléchir, de nous cultiver, de dessiner, de transmettre le savoir aux jeunes, etc. Le temps long de la construction s’accommode mal de cette dictature …

V. Teitelbaum : … et le temps de l’administration n’est ni celui de la construction ni celui du politique !

Participants

Quid de l’enseignement et des formations quant à leur coût et qualité ?

M. Stryckman: L’enseignement est ce qu’il a toujours été : apprendre à réfléchir l’espace , penser anthropologie urbaine et ajouter un peu de technique. Le reste s’acquiert par la pratique et commence par 2 ans de stage.

S. Dachy : A noter que le brassage de cultures enclenché par le système Erasmus porte aujourd’hui ses fruits et s’avère très efficace en matière d’ouverture d’esprit des jeunes !

C. Sibilde : Petit rappel. Sur la soixantaine de collaborateurs qui travaillent avec nous, la moitié a moins de 32 ans . Pour prétendre à un peu d’autonomie (gestion de chantier) il faut  4 à 5 ans d’expérience (= 4 à 5 ans d’investissement pour le bureau). En 2016, le temps consacré à l’ensemble des formations (inclus incendies, normes, ..) atteignait 3000 heures !

Quant au principe – souhaité par le BM - de nous associer avec d’autres bureaux (plus jeune, plus vieux, plus grand, plus international,…) il n’y a pas de problème : Nous le faisons régulièrement dans des concours à l’étranger où nous  nous associons avec des bureaux locaux. A défaut de gagner nous apprenons !

Si nous voulons survivre (avec ou sans BM, avec ou sans Administration ) nous sommes contraints de nous enrichir ‘intellectuellement’ en permanence.

Combien existe-t-il d’écoles d’architecture en Belgique : +/- 10 en comptant les ingénieurs architectes. Cela représente 10 courants de pensée qui se confrontent – au sein des bureaux - et c’est là que réside une des sources majeures de l’enrichissement de nos savoirs !

V. Teitelbaum  : Je voudrais répondre à une question qui n’a pas été posée ! En termes de formation,  il serait bon que les architectes opérant au sein des administrations – communales, régionales, …  aient une expérience dans les bureaux privés (dans la réalité) afin de comprendre les contraintes du marché avant de se poser ‘en analyste’ pour ne pas dire en juge.

C-A Van Hecke : A l’origine de la situation actuelle de la profession d’architecte on trouve une Directive européenne ‘Bolkestein’  (directive d’avril 2006 relative aux services dans le marché intérieur). Celle-ci établit que les architectes sont des prestataires de services comme les autres ! Dans la mesure où la réalité des marchés – notamment publics -  confirme cette perception du métier, le critère sélectif prioritaire devient alors le prix ! Il conviendrait donc que cette directive soit amendée et que les appels d’offres prennent en considération d’autres facteurs dont les critères sociétaux et économiques à long termes !

Cela posé, il reste que notre profession a beaucoup de mal à s’organiser pour faire comprendre (sans parler de valoriser) le rôle de l’architecture dans la société. 

M. Stryckman : Dans le rapport qui existe entre tous les acteurs de l’architecture/urbanisme et qui ne fonctionne que dès lors qu’il repose sur la confiance, quelque chose bloque aujourd’hui. Il serait temps de rouvrir un dialogue sans aprioris. Un dialogue qui permette de penser ensemble l’évolution de la ville. L’architecte est - depuis la nuit des temps -  un interlocuteur privilégié à cet égard.

(*) Depuis 2013, le Bouwmeester de Bruxelles est Monsieur Kristiaan Borret 

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