basse énergie maison en bois

Basse énergie versus passif

Écrit par Stephan Debusschere le 25 juin 2014

Economie d'énergie et économie d'argent font-elles toujours bon ménage?

Les questions d’économie et d’énergie occupent une place importante dans nos préoccupations de candidats acquéreurs ou constructeurs. Face au standard passif et ses contraintes techniques et budgétaires, le logement basse énergie constituerait-il le meilleur des compromis ? Logic Immo a interrogé trois constructeurs pro-basse énergie.

Pourquoi le choix de la basse énergie plutôt que celui du passif ?

Laurent Minguet, Groupe Horizon

basse énergie maison en boisEn matière de construction durable, il convient avant tout d’être pragmatique. Si l’isolation de l’enveloppe extérieure d’un bâtiment est un élément clé, jusqu’à quel point faut-il isoler ? Vaut-il mieux mettre des châssis triple vitrage ou d’excellents châssis double vitrage ? En réalité, il faut veiller à ne pas engendrer de surcoût exagéré par rapport à l’économie espérée et l’économie financière générée.

C’est pour cette raison que nous avons fait le choix pour notre part de ne pas faire de maisons passives, mais des maisons Thermo Efficace® très basse énergie. Sur base de cette conception, nos maisons consomment 3 litres d’équivalant mazout, par m² et par an. En effet, aujourd’hui, en Belgique, un litre de chaleur la plus chère au mazout coûte un peu moins d’un euro. Donc, si on augmente la performance énergétique de ces constructions pour qu’elles ne consomment plus qu’1,5 litre correspondant à la norme d’une maison passive, cela occasionne un surcoût de 100 euros du m² pour économiser 1,5 litre, soit uniquement 1,50 euros/an ! Ce n’est pas raisonnable…

 

En contrepartie, on peut utiliser de l’énergie renouvelable (bois, solaire...) disponible à profusion pour le complément nécessaire. Et on peut réaliser des bâtiments avec des volumes compacts et construire avec soin et intelligence pour assurer une bonne étanchéité et éviter les ponts thermiques. C’est le cas de nos bâtiments qui sont équipés d’une régulation de chaleur exclusive qui va générer une économie de chaleur bien plus importante.
Nous pouvons ainsi créer des maisons dont les faibles surcoûts peuvent se récupérer en 10 ans maximum, pour un confort optimal et une économie d’énergie substantielle.

 

Certains prétendent que cela est sans doute vrai au prix actuel de la chaleur, mais que si le prix de la chaleur augmente dans le futur, on aura alors bien fait d'investir 100 €/m2 de plus pour atteindre la performance passive et ne consommer que l'équivalent de 1,5 litre équivalent mazout de chauffage. En réalité, ce ne serait vrai que si le prix du chauffage devait tripler. L'économie annuelle serait alors de 4,5 € par an. Mais cette perspective a bien peu de chances d'arriver. Si le mazout devait coûter aussi cher, plus personne ne se chaufferait au mazout mais, par exemple, avec des pompes à chaleur.

Pour faire simple, une pompe à chaleur crée 3 kWh de chaleur avec 1 kWh électrique. Pour produire l'équivalent de 1,5 litre de mazout, il faut 5 kWh d'électricité qui coûte aujourd'hui 1 €. Il faudrait donc que le prix de l'électricité soit multiplié par plus de 4,5 fois pour que l'investissement passif commence à être légèrement rentable. Une électricité ne pourra jamais être vendue si chère car, à ce prix, il serait nettement moins cher de la produire avec du photovoltaïque et de la stocker soi-même dans des batteries pour chauffer sa maison. Rien ne dit non plus que le prix du bois ou du gaz suivra la même hausse que le prix du pétrole. Depuis 10 ans, le prix du pétrole a doublé mais celui du gaz a diminué. Et celui du pellet est resté stable compte tenu de l'inflation.

Par contre, les besoins de chaleur diminuent de 0,5% par an – 10 degrés jour pour 2.000 degrés jour en Belgique – à cause des changements climatiques. Cela a déjà donné lieu à une réadaptation du nombre de degrés jour qui caractérise le besoin de chauffage. D'ici 20 ans, le besoin de chauffage de tous les bâtiments va diminuer de 10%. Il se pourrait donc que la facture de chauffage diminue dans le futur plutôt que d'augmenter…


La norme passive occasionne un surcoût de 100 euros/m², pour n’économiser que 1,5 euros/m2 par an !
 

Irène Lamy, Lamy Construction


Nous pensons que la problématique principale du choix entre passif et basse énergie est d’ordre budgétaire. Il est en effet déjà très difficile pour nombre de candidats acquéreurs ou constructeurs de boucler leur budget pour acheter leur logement. Or le standard passif implique un surcoût important qui, économiquement parlant, ne se justifie pas. Une construction aux normes passives implique aussi que les candidats soient à la fois demandeurs et très engagés dans cette démarche, ce qui reste à l’heure actuelle très marginal.

Exigences européennes peu réalistes


Si l’on conçoit un logement qui bénéficie à la fois d’une très bonne enveloppe isolante et d’un système de ventilation double flux avec récupération de chaleur, et qui ne nécessite qu’un système de chauffage minimal, nous atteignons des résultats extrêmement satisfaisants en engendrant un minimum de surcoût, qui se récupère par ailleurs en un maximum d’une dizaine d’années, ce qui est loin d’être le cas pour le standard passif. Les normes actuelles s’avèrent déjà peu énergivores et permettent aux candidats acquéreurs à la fois de rester en mesure d’accéder à la propriété et de bénéficier d’une réduction très sensible de leur facture énergétique.

Selon nous, les exigences européennes à l’horizon 2021 sont tout simplement irréalisables. Nous peinons à sortir d’une crise, et nombre de candidats à la propriété se débattent pour espérer boucler un budget. Il nous paraît donc impensable que, dans les 5 prochaines années à venir, nous parvenions à établir un équilibre entre l’offre et la demande s’il nous était imposé de respecter les normes passives. Le logement basse énergie, ou très basse énergie, constitue aujourd’hui selon nous la meilleure réponse aux trois défis majeurs de notre temps : énergétique, climatique et économique.

Demandeurs très engagés


Stéphan Heinen, Cypress Group


Ce choix est à la fois d’ordre économique et pragmatique. Le standard passif implique de nombreuses contraintes constructives supplémentaires, qui augmentent le coût de manière sensible. Ce coût se voit ensuite répercuté sur le prix d’acquisition final, ce qui est tout à fait dommageable à l’accès à la propriété que nous défendons avec nos projets d’immeubles à appartements. L’établissement du standard passif pour ce type de construction est même davantage contraignant que pour une maison de type 4 façades. Je pense ici, par exemple, à l’installation et au coût d’une pompe à chaleur. Pour une maison 4 façades bénéficiant d’un jardin, l’installation d’un système de pompe à chaleur horizontal est à la fois plus aisé et moins coûteux qu’un système vertical. Or, dans le cas d’un immeuble à appartements, l’installation d’un système horizontal est la plupart du temps impossible à réaliser.


Cela étant dit, nous tendons à nous rapprocher de ce standard en réalisant des logements très basse énergie qui offrent entre autres choses, du triple vitrage et des ventilations mécaniques double flux à récupération de chaleur, ce qui, ajouté à l’excellente isolation globale, influe considérablement sur la facture énergétique des occupants. Nombreuses sont en effet les personnes qui achètent un appartement neuf après avoir vécu dans une maison souvent énergivore. Leur facture énergétique baisse alors drastiquement pour ne représenter que 400 euros annuels, soit quelque 33 euros par mois, ce qui est sans commune mesure avec leur ancienne facture énergétique. Il suffit de penser aux montants déboursés pour remplir une citerne à mazout… Pour baisser encore cette facture, il faudrait que l’investissement financier lié au surcoût généré par le passif soit suffisamment rentable. Or, ce n’est pas le cas, du moins dans l’état actuel des choses. La priorité est à l’accès à la propriété, car il s’agit là d’un enjeu crucial pour tout le monde.

 

Source: Logic-immo magazine, édition de Liège, mai 2014.

Lexique