Table ronde : Batibouw 2015, Les conditions de la construction

Batibouw 2015 : Les conditions de la construction

Écrit par Thierry Laffineur le 7 février 2015

Table ronde de l'Essentielle Immo

Organisée autour de différents axes qu'on regroupera sous le thème générique de la recherche d'une optimisation globale des coûts de construction via les technologies, l'architecture/urbanisme, la rénovation, la fiscalité désormais régionalisée et les financements, l'édition 2015 de Batibouw offre une opportunité de réflexion quant aux conditions actuelles et perspectives de développement du parc résidentiel belge.

Pour en comprendre les effets et les enjeux, la présente table ronde réunissait :

Table ronde : Batibouw 2015, Les conditions de la construction

  • Philippe Kotsaridis - Adm. Dél. - FISKOPHIL
  • Nadia El Mehdi - Responsable Crédits Hypothécaire- BNP PARIBAS FORTIS
  • Gil Lavend'Homme - Développeur de Projets - MATEXI
  • Ward Herteleer - Directeur - INFORMAZOUT
  • Quentin Pierre - Intégrateur et responsable commercial - CASADOMOTIC
  • Renaud Grégoire - Notaire - FEDERATION DES NOTAIRES
  • Robert Treselj - Architecte - Président de l'UWA (Union Wallonne des Architectes)
  • Thierry Martin - Architecte - FCM Architects
  • Didier Winnepenninckx - La Libre Belgique - L'Essentielle Immo
     

Pétrole bon marché: un signal contraductoire?

En préalable et à l'heure où les aménagements 'énergétiques' des habitats (isolation, domotique, etc.) doivent contribuerà la réduction des consommations d'énergies fossiles et au développement des énergies renouvelables, le faible coût actuel du pétrole - dont certains prédisent le maintien durant les trois prochaines années - ne risque-t-il pas d'engendrer un effet pervers inverse?

W. Herteleer : Retenons avant tout qu'on ignore aujourd'hui le prix planché que le pétrole pourrait atteindre dans un avenir plus ou moins proche. Quoi qu'il en soit, ces faibles niveaux de prix sont effectivement un handicap tant pour les développements des énergies renouvelables que pour la réalisation des travaux d'aménagement - essentiellement de l'isolation - de la majorité du parc résidentiel.
Paradoxalement c'est alors que le prix du mazout est faible - sa moindre incidence sur le budget des ménages permet d'autres investissements - que ces travaux devraient être entrepris dans une perspective à moyen et long termes.
Rappelons que la mission d'Informazout n'est pas de 'favoriser la vente de volumes importants de pétrole' mais bien d'en préconiser un usage rationnel. Dans cette optique le 'simulateur' que nous présentons à Batibouw permet à tout un chacun de comparer la consommation de mazout de son habitat avec celle de constructions de référence (benchmark) et d'envisager les moyens de la réduire.

Neuf, rénovation et réaffectation

Comment évoluent actuellement les marchés immobiliers du neuf et de la rénovation ?

R. Treselj : En termes de nombre de chantiers, la rénovation porte sur +/- 27.500 bâtiments et est aujourd'hui supérieur à celui de la construction neuve (+/- 26.000 bâtiments). En termes de montants moyens investis les budgets rénovations sont +/- 3 fois moindres que ceux des constructions neuves.

R. Grégoire : Notons que pour ce qui concerne la construction neuve, l'année 2014 fut légèrement meilleure que 2013 - principalement en Flandre. Cela posé il est clair qu'aujourd'hui se lancer dans un projet de construction neuve individuelle est devenu financièrement très difficile au regard notamment du coût/rareté des terrains à bâtir et des exigences administratives. La construction neuve est donc désormais pour l'essentiel le fait de développeurs/promoteurs et de constructeurs 'clef-sur-porte'.

G. Lavend'Homme: La croissance - réelle - du volume de constructions neuves constatée 2014 est à relier aux incertitudes des candidats acquéreurs. Face à la régionalisation et aux aléas qu'elle fait peser sur la fiscalité immobilière, il s'agissait pour l'essentiel d'une réaction anticipative destinée surtout à s'assurer les primes du bonus logement (*) telles qu'elles existaient dans le cadre fédéral (jusqu'au 31 décembre 2014).
Par ailleurs, et alors que nous sommes exclusivement actifs dans le segment de la construction neuve, l'évolution du marché et la raréfaction des terrains à bâtir nous pousse désormais à investir dans des opérations de réaffectation de friches industrielles, voire de friches résidentielles.

Remarque : pour la seule région de Bruxelles, les opérations de réaffectation - transformation d'immeubles tertiaires/industriels obsolètes en logements - menées au cours des 5 dernières années - ont permis la création de +/- 600.000 m² d'espaces résidentiels.

Construction neuve. Une instabilité fiscale dommageable.

Ph. Kotsaridis :  Au-delà des éléments strictement matériels (coût des matériaux, coûts de la mise en oeuvre des nouvelles normes dont la PEB, raréfaction des crédits...) qui pénalisent la construction neuve depuis plusieurs années, il existe, en parallèle, une instabilité fiscale dont les effets sont également négatifs. A titre d'exemple on citera :
- une TVA à 21% sur la construction ET le terrain;
- un taux de 6% appliqué aux opérations de démolition/reconstruction;
- la suppression d'avantages fiscaux - notamment sur la première tranche de 50.000 € d'une construction neuve ;
- la suppression des réductions pour maisons basse énergie;
- la diminution des avantages fiscaux liés aux dépenses en vue d’économiser l’énergie;
- les dispositions anti-abus et achat scindé de biens immeubles (avril 2013) donnant lieu à l'établissement d'une liste « noire » de certaines opérations dont : la clause dite « mortuaire », le montage impliquant un droit d’emphytéose avec des sociétés liées, l'apport d’un bien par un époux dans la communauté suivi d’une donation de ce bien par les deux époux, la sortie de la communauté de biens meubles suivie d’une donation mutuelle entre époux,..
Ces dispositions ont notamment freiné l'attrait que présentait l'investissement immobilier résidentiel pour les professions libérales et les PME.

Taux faibles = Emprunts courts


Dans une situation où les taux sont 'historiquement bas', qu'en est-il de l'attribution des crédits hypothécaires ?

N.El Mehdi : Les taux sont très bas depuis plusieurs années déjà et rien n'indique aujourd'hui qu'ils repartiront prochainement à la hausse (**). En tant que banque nous vivons dans ce contexte et le répercutons auprès de nos clients.
Ainsi, la faiblesse des taux incite à une forte demande de crédits. Pour mesurer l'ampleur du phénomène on retiendra qu'en 2014, l'ensemble du secteur bancaire a enregistré des demandes de crédits pour un montant global de 29 milliards (contre 25 milliards en 2013).
Cette production supplémentaire de 4 milliards est notamment due à deux facteurs :
- le refinancement à de meilleures conditions des crédits en cours;
- déjà cité, la volonté de profiter des avantages fiscaux du bonus logement 'fédéral' avant sa régionalisation en 2015.

Par ailleurs, un autre effet de la faiblesse des taux est celui du raccourcissement des durées d'emprunt dont la moyenne est désormais inférieure à 20 ans (234 mois). A contrario une hausse de ces mêmes taux pourrait allonger cette durée. A cet égard rappelons que le coût d'un crédit est directement proportionnel à sa durée. Enfin, si nous considérons la répartition des crédits par segment de marché, on relève que :

17% sont consacrés à la construction neuve – en dehors des achats de terrains (montant moyen emprunté : 143.000€) ;
10% sont consacrés à la rénovation (montant moyen emprunté : 43.000 €);
70% sont destinés à l'achat de biens existants (montant moyen emprunté : 141.000€);
3% sont destinés à l'achat d’autres biens immobiliers

Promotion, celf-sur-porte et architectes

Pensez-vous que le marché du neuf se concentrera pour l'essentiel autour des promoteurs et constructeurs 'clef-sur-porte' au détriment des architectes ?

G.Lavend'homme : C'est en tous cas une tendance actuelle forte du marché.
Toutefois, il s'agit aussi de faire la distinction entre promotion et clef-sur-porte.
En tant que promoteur, les biens immobiliers vendus font l'objet d'un acte notarial. Cela nous distingue des entreprises clef-sur-porte auprès desquelles les achats de biens immobiliers se font via un contrat d'entreprise.
Par ailleurs, notre activité de promoteur repose sur un autre triple aspect :
- nous travaillons par lotissement;
- nous sommes des constructeurs de quartiers, ce que prouve le slogan 'Bienvenue chez Vous' (non seulement dans votre habitation mais aussi dans le quartier dans lequel celle-ci s'intègre);
- nous vendons une maison et/ou un appartement avec le terrain soit un produit complet sous loi Breyne (***).

R.Grégoire : Cette tendance, fortement liée à la conjoncture, est notamment soutenue par une évolution majeure : contrairement à ce qui se passait jusqu'en 2008 - les possibilités de construction hors zone de lotissement se sont vues considérablement réduites par les exigences urbanistiques des communes. En conséquence, il existe une certitude quant aux délais, aux prix et à la qualité des biens construits dans un lotissement par un promoteur ou par le propriétaire Maître de l’ouvrage, certitude qui existe moins - voire pas - en dehors desdits lotissements (terrain libre). Cela pose évidemment le problème du travail de l'architecte indépendant qui voit son champ d'activités potentielles (construction d'unifamiliales) se réduire.

R.Treselj : Je confirme cette analyse en lui apportant quelques précisions :

1/ La distinction faite entre promoteur et constructeur clef-sur-porte doit également se comprendre au vu de :
- Clef sur porte : vente sur plan d'un bien qui n'est pas construit (= pas de risque)
- Promoteur : construire un bien vendu ultérieurement (= prise de risque)

2/ Sur le marché de la construction neuve on relève désormais que :
- le candidat bâtisseur isolé devient l'exception (marché de niche);
- toutes les règles d'aménagement du territoire vont dans le sens d'une construction à grande échelle. Il est en effet plus facile de faire de l'urbanisme avec des lots de 200 à 300 habitations qu'à l'unité. En outre ce modèle permet des économies d'échelle (via notamment la préfabrication) et répond plus facilement aux exigences énergétiques.

En d'autres mots, le belge avec sa brique dans le ventre qui faisait construire son habitat selon le triangle classique 'Maître de l'ouvrage + Architecte  + Entrepreneur' ... est de l'histoire ancienne. Il achète aujourd'hui un bien construit par autrui. Cette nouvelle composante demande évidemment à la profession d'architecte de s'adapter et d'adopter une démarche proactive et non plus réactive. Cela signifie qu'en dehors des quelques grands bureaux d'architecture (ils ont intégrés les compétences techniques et financières) l'avenir des architectes indépendants se situe surtout dans le segment de la rénovation (agrandissement, transformation de biens existants) où leurs compétences constituent une réelle plus-value.

Aménager le territoire. Le (mauvais) poids de l'idéologie

R. Grégoire : Au-delà des règles d'aménagement du territoire, le principe des lotissements et/ou quartiers répond aussi globalement d'une évolution (rapide) de la société dans laquelle on consacre désormais davantage de temps aux loisirs et donc moins à l'entretien d'un bien avec jardin. On se dirige donc vers de la production standardisée de maisons de 2 voire 3 façades sur des terrains de 2 à 3 ares.
Toutefois répondre précisément (= être en adéquation avec la demande du marché ET les exigences d'urbanisme) n'est pas aisé. Lorsqu'un promoteur lance un projet son délai de réalisation sera de plusieurs années (+/- 5 ans voire plus)…  Or, durant cette période la demande autant que les exigences urbanistiques pourront changer et ipso facto rendre le projet livré inadéquat voire prématurément obsolète.
A cet égard on déplorera la volonté politique de chaque nouvelle majorité de marquer le territoire en changeant les règles de son aménagement. C'est une erreur stratégique dommageable. Au vu de son importance socio-économique, l'aménagement territorial est à placer au-dessus des clivages politiques.

R.Treselj : Cela renvoie au poids énorme de l'idéologie sur l'aménagement du territoire via les effets des contraintes environnementales, administratives et des choix sociétaux.

Un emballement du temps

Th. Martin : Nous vivons une phase 'd'emballement du temps'. A travers cette expression il faut comprendre qu'il existe aujourd'hui une distorsion entre la rapidité avec laquelle il conviendrait de répondre aux demandes des clients (construire et livrer un bien dans des délais courts) et la lenteur d'obtention des différentes autorisations administratives par ailleurs pas toujours très claires ni très fiables . 
En d'autres mots il existe une complexification (professionnalisation ?) des procédures administratives liée, entre autres, aux transferts de compétences, aux exigences énergétiques, qui s'oppose à la volonté des bâtisseurs de maîtriser le temps ... et donc les coûts.

R.Treselj : La complexification est pénalisante par sa lourdeur administrative. Quant à la lenteur d'attribution des permis, elle est non seulement déplorable pour le demandeur mais aussi dommageable pour nos économies exsangues.

Ph. Kotsaridis : La régionalisation de la fiscalité immobilière (elle sera notamment source de réévaluation du précompte immobilier/revenu cadastral) n'est certainement pas un facteur encourageant la construction de bien individuel. Cette autonomie fiscale entre régions risque de créer une concurrence déloyale et des disparités voire des disfonctionnements administratifs, source d'incertitude et donc d'accroissement des délais.

Intégrateur de technologie

Quid de la domotique dans ce schéma ?

Q. Pierre : Il faut distinguer deux choses. D'une part la volonté des candidats acquéreurs de disposer d'un habitat 'intelligent' et énergétiquement performant (optimiser les coûts d'occupation) et, d'autre part, les moyens financiers d'y arriver.
Si la volonté existe et se manifeste par le nombre de demandes, les moyens se heurtent à des limites budgétaires.
Concrètement, l'essentiel des clients nous consultent sur base de plans (le bien n'est pas encore construit). Ils cherchent à intégrer les technologies de gestion intelligente du chauffage, de l'éclairage, de la sécurité, etc., pendant la phase de construction et bénéficier ultérieurement des avantages économiques et ergonomiques de la domotique.
Nous sommes donc loin de l'effet 'bling bling' d'une domotique présentée comme un gadget.  Toutefois, dans un monde désormais 'connecté' nous développons des applications permettant la mise en réseau des différents équipements techniques (chauffage, électroménager, citerne,...). L'occupant dispose ainsi - en temps réel - d'informations quant à ses consommations d'eau, d'électricité, quant aux performances des panneaux photovoltaïques, etc. 
Enfin, la domotique se met au service des personnes âgées dans les Homes ou groupe d’habitations Senior, ainsi que dans les entreprises ( économies d’échelle en éclairage et facilités de maintenance grâce à la centralisation des alarmes techniques) .

Ph. Kotsaridis : En tant que fiduciaire nous constatons actuellement un engouement pour la création de nouvelles entreprises spécialisées dans les services numériques, objets connectés, contrôle et gestion à distance de son habitat depuis son smartphone !

Un plan global pour rester dans les limites

Pour éviter les dérapages budgétaires, quelles informations faut-il faire passer auprès du public ?

W.Herteleer : Au regard de l'énergie deux pistes existent. Une voie sociétale (quel comportement citoyen responsable adopter pour réduire son empreinte énergétique) et une voie budgétaire (comment réduire pratiquement sa consommation et mesurer le retour sur les investissements consentis). Notons que ces deux voies ne sont pas toujours parallèles ! Dans le cas des rénovations nous recommandons de travailler selon un plan global afin d'éviter les décisions contre-productives (ex.: installer une chaudière de 30 kW alors que la maison n'est pas encore isolée). Au sein de ce plan et selon son budget le consommateur décidera alors de rénover par étapes ou en une fois.

R.Grégoire : Faute de cette vue globale nombre d'acquéreurs sont trop souvent à la limite de leurs capacités financières, au point d'être - par exemple - dans l'impossibilité de payer la quotepart du précompte immobilier (moyenne +/- 500 €) au moment de l'acte !

N.El Mehdi : Il est exact que certains de nos clients (candidats acheteurs) empruntent le maximum possible et le dédie au seul poste 'achat' sans toujours tenir compte des frais annexes (droits d'enregistrement, frais notariaux) ni des travaux que nécessite généralement l'occupation du bien acquis.

Enjeux économiques

Comment évaluer les enjeux de la rénovation ?

R.Treselj : Au regard du parc existant il existe un nécessaire processus de rénovation
à mettre en oeuvre. Ce processus doit toutefois répondre à deux interrogations préalables :
- faut-il rénover ou raser ?
- comment rénover ?

En Wallonie sur 1,6 million de logements du parc résidentiel
-10% doivent être rasés;
- 30% sont antérieurs à la seconde guerre mondiale et méritent des transformations en profondeur;
- 30% (construits entre 1960 et 1980) demandent de (très) sérieux aménagements (40% des habitats du Hainaut sont toujours équipés de simples vitrages).
Quant à la question du comment rénover pour atteindre un optimum énergétique (ce qui est l'objectif final) on constate, par exemple, que si le photovoltaïque avait la cote hier (faible coût lié aux subsides), le mazout est aujourd'hui privilégié pour ces mêmes raisons de prix. Cela doit nous interroger autant sur les effets d'aubaine (raisonnement à court terme) que sur la possibilité d'y échapper. En d'autres mots les propriétaires ont-ils vraiment le choix ?

R.Grégoire : Précisons que la rénovation de biens construits dans les années 60>80 (ex.: maison isolée 4 façades sur terrain de 20 ares) devient aujourd'hui exorbitant. Le bien risque, à terme,  d’être rasé. Il faut y voir une opération 'positive' par laquelle on dégagera plusieurs terrains à bâtir pouvant accueillir autant de logements de 2 ou 3 façades.

Concept de nouveaux quartiers

G.Lavend'Homme : L'énorme enjeu économique de la rénovation pose effectivement le problème de l'avenir des lotissements construits dans les années 60/70. Dans 10, voire 15 ans, ces lotissements verront leurs valeurs quasi réduites à celle du foncier. L'option la plus crédible est leur démolition/reconstruction. En conséquence, ce que nous faisons aujourd'hui par la réaffectation de friches industrielles/tertiaires, nous le ferons demain par la réaffectation de friches résidentielles et la production de nouveaux lotissements (quartiers). L'essentiel restant de construire le bon produit (relevant d'une bonne architecture/urbanisme) au bon endroit (ex.: développer un quartier à proximité d'une gare). Pour comprendre cette mutation (= concevoir et construire des quartiers et non de simples lotissements), il faut savoir que chaque nouveau projet que nous lançons relève d'abord d'une étude réalisée en interne par une équipe d'urbanistes.

Th. Martin : Ce sont le lieu et l'opportunité qui font le bon produit. Pour avoir collaboré à la création de 'Bella Vita' (concept de quartier intergénérationnel à Waterloo) nous relevons que des projets similaires - c'est-à-dire la création de nouveaux quartiers dépassant la simple livraison de m² habitables pour intégrer à la fois une qualité architecturale et une dimension sociétale - sont aujourd'hui en gestation.

Crédit : quid de l’appart personnel ?

P.Kotsaridis : Au regard des budgets nécessaires, favoriser les opérations d'achat/rénovation pourrait se faire par une mise à disposition plus importante de liquidités (créer un effet d'aubaine). Toutefois, le candidat acheteur/constructeur est aujourd'hui pris en étau entre les restrictions de crédit (banques soumises aux règles de Bâle III) et une fiscalité immobilière de moins en moins avantageuse. S'agissant des banques, on leur reprochera de se focaliser sur la capacité de remboursement au détriment de l’hypothèque, c’est-à-dire de la garantie que représente le bien à financer. Faut-il y voir la peur d’un réajustement ? Le temps le dira.

N. El Mehdi : Rappelons que le principe de base d'une banque est de maîtriser les risques (****) . Cela dit nous ne sommes pas plus strict aujourd'hui que par le passé mais nous insistons sur le fait que le crédit doit rester responsable. Le mot-clef est celui de capacité de remboursement et d'équilibre du ratio charges/revenus. Lorsque quelqu'un sollicite un emprunt à 120% de la valeur du bien c'est qu'existe un problème de capacité d'investissement personnel et qu'il convient dès lors de revoir la demande à la baisse.
Aujourd'hui, alors que le quota moyen que nous finançons est de 80%, nous constatons que la demande d'un apport personnel de 20% est généralement satisfaite et s'appuie sur les ressources d'une importante épargne familiale.

R.Treselj : Les chiffres de la Fédération des Notaires et de la Confédération de la Construction dont nous disposons permettent d'approcher la problématique des crédits sous un autre angle.
Exemple réel : Une même construction (volume, situation, superficie) dont le coût (tous frais inclus) était de 270.000 € en 2009 valait 350.000 € en 2013 (on estime que les règles énergétiques/normes ont engendré une augmentation moyenne de 15 % des coûts de constructions durant les 10 dernières années).
Toutefois, en 2009 les banques prêtaient facilement 90% de la valeur d'un bien. L'apport personnel de l'acquéreur était donc de 27.000 €. En 2013 les banques ne prêtaient plus que  75%  de la valeur ... ce qui suppose un apport personnel de 87.500 € (= 350.000 x 25%)

Cela signifie qu'en l'espace de 5 ans l'apport personnel demandé a plus que triplé. Statistiquement seuls 20% de la population peuvent se permettre un tel investissement.

N.El Mehdi  : Ce que vous dénoncez est moins l'attitude des banques que la distorsion entre une augmentation sensible des coûts (dont ceux de la construction) et une stagnation du revenu des ménages qui voient dès lors leur pouvoir d'achat et/ou d'emprunt limités.

Régionalisation, naitre à Bruxelles, travailler en Wallonie et mourir en Flandre!

Peut-on évaluer les avantages et inconvénients de la régionalisation des compétences immobilières ?

R. Grégoire : On peut y voir une plus grande liberté 'régionale' en termes d'incitants et de pénalités. Cela dit les problèmes fondamentaux demeurent et multiplier les différences (entre régions) ne conduit à rien.

R.Treselj : La régionalisation devrait favoriser la proximité avec les décideurs politiques (c'est notamment un des objectifs du CoDT *****). Mais un hiatus demeurera dès lors que toute politique d'aménagement sera modifiée à chaque nouvelle majorité.
Par ailleurs, il s'agit aussi d'avoir les bons objectifs. Depuis des années les objectifs énergétiques (dictés par l'Europe) portent sur la construction neuve alors qu'ils devraient prioritairement porter sur l'existant. En effet, les constructions neuves sont déjà très performantes et rejettent peu de gaz à effet de serre. Ce n'est pas le cas de l’immense majorité des logements anciens. Il eut donc été bien plus pertinent de cibler les efforts sur le bâti existant, sachant que 80% des logements de 2050 existent déjà…

W. Herteleer : La Suisse et l'Allemagne connaissent les mêmes situations... leurs expériences montrent que le législateur doit garder les pieds sur terre. Par principe, si vous pouvez expliquer une règlementation (ou une différence entre règlementations) par téléphone, c'est qu'elle est compréhensible et applicable. Dans le cas contraire elle doit être simplifiée.

P.Kotsaridis : Théoriquement il s'agit d'optimaliser les ressources de chaque Région par une perception intelligente et juste de l'impôt.... Pratiquement on ne tirera pas de conclusions avant deux à trois ans. La complexité administrative obligera les professionnels du chiffre à suivre des formations spécifiques en matière de taxation régionale. Car aujourd'hui il est préférable de naître à Bruxelles, de travailler en Wallonie et de mourir en Flandre…

Th. Martin : Tant mieux si la Régionalisation met en oeuvre les conditions d'une professionnalisation rapide des métiers de la construction et donc une qualité des mises en oeuvre conformes aux exigences techniques.... sera-ce le cas?

Conseil avant de visiter Batibouw

Si vous deviez donnez un conseil aux visiteurs de Batibouw quel serait-il ?

G.Lavend'Homme : Venez sur notre stand !

Q. Pierre : Pour votre domotique, ne bricolez pas une usine à gaz, faites appel à un professionnel domotique - et non un professionnel qui fait, entre autre, de la domotique. Il conceptualisera un système simple et utile. En outre, ne vous enfermez pas dans un système qui sera dépassé dans 10 ans, pensez au standard KNX .

R.Grégoire : Ne voyez pas trop grand et soyez responsables. Toute opération immobilière a une incidence sur la vie de couple. Voyez à long terme et souvenez-vous qu'il existe certains risques en cas de revente à court terme !

Th. Martin : Acheter, construire ou rénover sont des investissements à long terme. Ils méritent de se faire conseiller... par un architecte.
 
R.Treselj : Si vous rénovez, sachez prioriser vos objectifs.

W.Herteleer : Faites-vous conseiller et accompagner lors de l’exécution  et établissez une différence entre les aménagements de confort et ceux liés aux économies d'énergie.

N.El Mehdi : Commencez par établir votre budget  et assurez-vous du montant que vous pourrez emprunter ET rembourser en y incluant TOUS les frais.

P.Kotsaridis : Avec la disparition des principaux incitants fiscaux, comparez minutieusement les offres, visez le long terme et optez pour des investissements 'écologiques'.

(*) Bonus logement : Il s'agit d'une réduction d'impôt accordée aux personnes ayant souscrit un emprunt hypothécaire pour acheter ou faire construire leur habitation. Depuis 2015 le montant de ce bonus est défini par chaque région.

(**) Entre 2010 et 2015, la moyenne des taux est passée de +/- 4% à +/- 2%

(***) Loi Breyne : loi du 9 juillet 1971 réglementant la construction et la vente d'habitations, elle offre une protection étendue à celui qui fait construire sa maison ou à l’acheteur d’un terrain à bâtir (vente clé sur porte) ;

(****) On en prendra pour preuve que les défauts de paiements des crédits hypothécaires ne sont que de 1%

(*****) CoDT : Code du Développement Territorial.  Il est appelé à remplacer et simplifier l'ancien CWATUPE

Crédit photo: Gaetan Gillet - photographe immobilier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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