Participants à la table ronde

Batibouw, anticiper l'habitat de demain

Écrit par Thierry Laffineur le 6 février 2019

Table Ronde

Comment construira-t-on /habitera-t-on ? L'éco-responsabilité sera-t-elle devenue la norme ? Même s’il n’existe pas (encore) de réponses formelles à ces questions, des avancées techniques et conceptuelles (*) ébauchent toutefois une nouvelle vision des futurs logements et de leurs évolutions spatiales, économiques et technologiques.

(*) cellules photovoltaïques intégrées aux matériaux de construction, impression 3D de smart homes , matériaux renforcés par  du graphène ou des nanocristaux, céramique lumineuse, aluminium transparent, bois synthétique, aérogel, etc.

Participants à la table ronde

 
Selon ces éléments la présente table ronde proposait une série de réflexions/ questions quant à ces perspectives de la construction résidentielle à l’horizon 2030 à un panel de professionnels composé de :
 
  • Robert de Mûelenaere – Administrateur  - Confédération de la Construction
  • Aubry Lefèbvre – Administrateur délégué- Thomas & Piron Bâtiment
  • Robert Schelfhout – Administrateur – Quadrus 
  • Stéphane Evrard – Administrateur et CEO - The Kitchen Company
  • Vincent Portzenheim – Administrateur délégué  - Sofiplas
  • Ronny Tiri – Marketing Manager – Wilms
  • Hervé Le Clercq – CEO – Piscines service
  • Didier Hermans – Administrateur – Bati-Info 

La base de la base

Quels défis majeurs attendent nos sociétés et ses modes de production de logements à l’horizon 2030? Robert de Muelenaere

R.de Mûelenaere : Une récente étude de Candriam.be  (A more fearful world economy  - Décembre 18) portant sur les perspectives mondiales à moyen terme de la croissance économique et donc du pouvoir d’achat – qui constitue la base de la base de notre modèle économique - met en évidence les points suivants: L’économie belge, alignée sur celle de l’Allemagne connaîtra la même progression que cette dernière, à savoir un taux annuel moyen de 1% jusqu’en 2034.  Cette perspective s’appuie sur deux variables :

  • La population en âge de travailler (25>69 ans) ;
  • La productivité. 

A cet égard, on soulignera que si la démographie est un problème pour Allemagne (accepter 1 million de migrants participe d’une générosité calculée), elle l’est moins pour nous. Toutefois, si le problème d’une faible croissance démographique peut être compensé par une meilleure productivité, il reste que le pouvoir d’achat est LA donnée fondamentale sans laquelle le financement des travaux ne peut se faire.

Or, le défi climatique que l’Europe veut relever aux échéances 2020 et 2030 suppose une rénovation profonde de notre parc résidentiel (5 millions de logements) qui ‘pèse’ à lui seul 40% de nos émissions de gaz à effet de serre.

D’ores et déjà nous savons que nos futurs habitats devront être modulables, mieux isolés et plus petits. Nous savons également que la réalisation de tels modèles pourra s’appuyer sur une évolution des outils numériques tel le BIM (Building Information Modeling *) dont l’effet sera une plus grande productivité, la suppression des malfaçons sur chantier (15% des coûts) et donc une diminution du prix de la construction. 

Parallèlement, ces défis – qui devront être financés par M et Mme ‘Tout le monde’ – relèvent aussi de choix politiques (fiscalité) permettant de dégager un meilleur pouvoir d’achat des citoyens (Voir encadré 1) 

Une ingénierie de l’aménagement Stéphane Evrard

Quelles évolutions marquent vos activités respectives ? 

S. Evrard : Posons un préalable : les cuisines actuelles, via leurs équipements et performances techniques, ont cette particularité de représenter plus de 50% de la dimension ‘bien-être et satisfaction’ d’un habitat pour un budget oscillant entre 2 et 5% de la valeur d’investissement de ce même habitat. Ajoutons que le prix moyen de nos installations est de 7.000 € et que la fréquence de renouvellement d’une cuisine (en Belgique) est de +/- 17 ans.   S’agissant des ‘cuisinistes’, ils s’inscrivent désormais comme des partenaires des promoteurs, constructeurs et développeurs.  L’évolution du secteur est mise en évidence dans l’étude - baromètre du marché - ‘ Kitchen Structure Study 2018’ réalisée par Coméos (comeos.be).  Cette étude établit que le besoin de nouveaux logements en Belgique à l’horizon 2030 sera de 470.000 unités (valeur d’investissement +/- 50 milliards d'€) pour une population qui dépassera les 12 millions d’habitants. Elle montre aussi une réduction systématique des superficies des habitations : En Belgique la surface moyenne des logements (appartements et maisons confondus) est passée de 122m² (fin XXème siècle) à 93 m² en 2018.

Cette réduction de l’espace (qui ira en s’accentuant) suppose donc que nous développions une ‘ingénierie’ d’aménagement et que nous soyons des ‘apporteurs de solutions’ pour les constructeurs, tant pour l’espace dédié à la cuisine équipée que pour les autres parties de l’habitation (hall, chambres, etc).

Au sein de cette ingénierie, la connectivité de l’électroménager est une évidence et les fonctions permettant un inventaire frigo ou un monitoring à distance (panne/réglage) s’avèrent utiles. Le coréen Samsung, avec ses frigos intelligents équipés d’écrans interactifs, remet ainsi le ‘hub’ familial dans la cuisine et favorise le retour à une notion de cuisine/salle à manger comme pièce centrale et connectée de l’habitat. 

Également dans les habitats partagés ?

S. Evrard: La demande existe mais nous n’y avons pas encore été confrontés. 

Quels axes de développement pour les volets et screens ? 

R. Tiri : En tant que fabricant l’essentiel de nos démarches vise trois actions: Ronny Tiri

  • La réduction des consommations énergétiques qu’il s’agisse de chauffer ou de refroidir (bloquer le rayonnement solaire) d’un habitat ;
  • La sécurité/protection des ouvertures (empêcher/retarder les effractions);
  • Le confort intérieur et la qualité de vie du bien.

Parmi les évolutions et solutions technologiques celles qui proposent des volets encastrables étanches à l’air sont parmi les plus significatives et présentent plusieurs intérêts.  Ainsi, le mur intérieur ne doit pas être percé et le volet roulant est invisible depuis l’extérieur.  Par ailleurs, on améliore les valeurs d’isolation (K et U) de l’habitat en supprimant notamment les ponts thermiques (avantage de l’encastrement) 

Pouvoir d’achat et réduction des surfaces

Comment les constructeurs/ développeurs perçoivent-il le marché ?

A. Lefèbvre: L’élément fondamental du marché résidentiel actuel est ‘l’explosion’ du segment des appartements même si, en Wallonie, le ratio des permis pour constructions neuves maisons/appartements reste toujours de 50/50. Ajoutons que les nouvelles maisons sont majoritairement des 2 ou 3 façades sur des parcelles de 3 ou 4 ares (les 4 façades sur 10 ares se font très rares) !  

Au regard de notre part de marché belge, nous produisons annuellement +/- 500 appartements et 600 maisons. Ces chiffres étaient encore respectivement de 250 (appartements) et 500 (maisons) au début de la décennie. Si cette évolution confirme la tendance déjà évoquée de la réduction des superficies habitables elle pose toutefois un autre problème : comparées aux pays voisins , les contraintes de nos RRU (Règlement Régional d’Urbanisme) ou des leurs équivalents empêchent des réductions majeures de superficies. Or ces superficies ont un coût et impactent le pouvoir d’achat des acquéreurs. Dans l’optique d’une politique visant à accroître ledit pouvoir d’achat, il s’agira donc de reconsidérer ces règlementations sans pour cela entrer dans le modèle ‘cages à poules’. 

Quid des technologies (numérisation) et au-delà de l’intelligence artificielle ? AubryLefebvre

A. Lefèbvre: La connectivité est devenue un point essentiel, qu’il s’agisse de l’acte de construire sensu stricto (robotique, préfabrication, drones,…) ou de l’usage de l’habitation par ses occupants (smart maison, smart city et smart citizen). Soulignons également  que la construction – confrontée à une transformation de ses métiers – reste, malgré les innovations technologiques évoquées, un  secteur ‘à la traine’ en termes de numérisation. Or cette dernière est indispensable dès lors qu’on souhaite qu’une offre de services réponde aux demandes ‘cas par cas’ des clients finaux notamment en ce qui concerne le choix et l’intégration des sanitaires, cuisines, chauffage, etc.

Plus globalement, le marché du résidentiel montre aujourd’hui une contradiction : Alors que le pouvoir d’achat est en baisse, les attentes (et donc les coûts) des services demandés par les consommateurs sont en hausse !

Un modèle qui fait le grand écart ?

S. Evrard: Oui et on le voit très clairement dans les cuisines où les deux créneaux porteurs sont l’entrée de gamme (tous les coûts sont calculés) et le (très) haut de gamme.

R. Schelfhout : Nous faisons le même constat en matière de carrelages/revêtements sols & murs.  Ce sont effectivement les produits premier prix qui gagnent du terrain en volume ainsi que les modèles XXL dans le haut de gamme. Par ailleurs, s’agissant des évolutions techniques, il existe désormais effectivement une offre pour des céramiques lumineuses (*), des matériaux renforcés (graphème et nanostructures), etc.

Ces matériaux ne rencontrent toutefois aujourd’hui quasi aucune demande !  Par contre, on voit apparaître certains revêtements alternatifs. Ces derniers, qui devraient être mis sur le marché courant du premier semestre de cette année, sont des composites de liège qui – via une technique de digitalisation – créent une esthétique s’apparentant au bois ou au béton (Cork Rigid Core).  Avantages : thermique, acoustique, grande résistance à l’usure, stable, résistance à l’eau.

Quand le vide fait la performance ! Vincent Portzenheim

V. Portzenheim: Pour opérer sur le marché de la fenêtre à ‘haute valeur ajoutée’ sur mesure, selon une production annuelle de  +/- 20.000 fenêtres (châssis PVC et alu) , notre métier est désormais celui d’un ‘intégrateur’ qui doit être vu au regard de différents éléments:

  • BIM : pour les prescripteurs (architectes et entreprises) le châssis devient  ‘intégrable’ aux différentes étapes de conception ;
  • Smart Products : les châssis peuvent être connectés afin de gérer : l’accès aux bâtiments, le contrôle de ventilation, le contrôle lumineux (selon le climat/météo ou le mode d’utilisation du bâtiment, les vitrages s’opacifieront ou changeront automatiquement la transmission lumineuse) ;

Ces vitrages se transforment également en écrans d’affichage interactif ou de transcription de données (ex. : le vitrage de la cuisine sur lequel apparait une recette) ; 

Toutefois, au-delà de l’intégration d’éléments technologiques la principale évolution viendra de l’accroissement des performances d'isolation des vitrages. Cet accroissement sera obtenu par une fabrication sous vide.  Ce nouveau produit devrait voir le jour chez AGC en 2019 (www.agc-glass.eu/fr). Ce mode de fabrication présente un double avantage : 

  • Meilleure valeur U : elle sera inférieure à 0.5W/m²K au lieu du standard actuel de 1.1 à 1.0 pour du double vitrage superisolant et 2,8 pour du double vitrage classique. 
  • Moindre poids grâce à une composition en 4/2/4 mm.

La combinaison de ces deux éléments permettra alors un mode de construction novateur.   Enfin, s’agissant des considérations écologiques, le point du recyclage met les châssis PVC au même niveau que les châssis ALU, grâce à une déconstruction des fenêtres rendue plus facile (recyclage sélectif).  C’est un élément important auquel nous sommes très attentif.  

‘Coques en stock’

Le marché des piscines connaît une croissance impressionnante (*).  Comment l’expliquez-vous ? Hervé Le Clercq

(*) 2.500 piscines extérieures installées en 2018 en Belgique. 

H. Le Clercq: La croissance (25%/an) est effectivement forte (on prévoit l’installation de 3100 piscines en 2019) et repose principalement sur le ‘boum’ des piscines ‘coques’ - 65% des piscines installées aujourd’hui sont des monocoques isolées - (réduire les déperditions énergétiques) et prêtes à être posées en 1 semaine.  Outre que le prix de ces coques est inférieur de 15% à celui des piscines traditionnelles, on relève aussi que les formats se modifient. Les formats classiques (L = 2l) cèdent le pas à des modèles plus étroits (4x11), à fond plat uniforme (profondeur 1,5m) et disposant de ‘plages’. Principal avantage, le volume d’eau est moindre et requiert donc une plus faible quantité d’énergie pour être amené à température. Par ailleurs, des volets couvrants évitent les déperditions et le principe panneaux solaires/pompe à chaleur assure une production énergétique suffisante et bon marché.

Plus en détails, l’engouement pour les piscines (coût moyen : +/- 50.000 €) s’explique à plusieurs niveaux. Outre l’aspect purement hédoniste (faisons- nous plaisir !) et le financement relativement aisé (taux faibles) , une piscine – les coques sont garanties 35 ans – est toujours une plus-value pour le bien auquel elle est liée. Cette plus-value, estimée à 15%, est loin d’être négligeable. Au moment de la revente elle permet un retour sur investissement. Autre incitant, en région Wallonne, le nouveau CODT autorise la construction de piscine sans permis si celle-ci est inférieure à 75 m2.

Vous envisagez un développement dans les immeubles à appartements ? 

H. Le Clercq : Non, pas pour le moment. La demande est trop faible et, dans ce cas particulier, le coût de la maintenance serait trop élevé pour des clients qui exigent désormais une automatisation complète de l’entretien.  

Si je reviens au marché résidentiel qu’en est-il des évolutions du ratio investisseurs – propriétaires ?

A. Lefèbvre : Il est celui d’un basculement vers un marché locatif (si le taux de propriétaires occupants est encore de +/- 65% en Wallonie, il se rapproche de 40% à Bruxelles.). L’explication réside à 3 niveaux:

  • changement de mentalité des jeunes générations : l’usage prime la possession ;
  • mobilité professionnelle : une fois propriétaire vous êtes moins ‘flexible’ (aller où je veux quand je le veux) et la ‘non-portabilité’ des droits d’enregistrement à Bruxelles et en Wallonie accroît cet handicap. 
  • une érosion du pouvoir d’achat (accentuée dans les bonnes localisations) qui voit les revenus des acquéreurs stagner alors que les promoteurs (et donc les constructions) sont confrontés à différents surcoûts.  

Où est passée la campagne ? Robert Schelfhout

R. de Mûelenaere: En 2018, l’attribution des permis au niveau national ( +/- 63.000 pour 21.000 maisons et 42.000 appartements) se structure selon le ratio : 30% de particuliers et 63% de développeurs. 
Autre constat : lorsque vous survolez la Belgique une question vient à l’esprit : où est la campagne ? La boutade souligne le problème fondamental de l’étalement urbain et pose une question : la Belgique doit-elle rester le dernier pays européen à financer l’exode et l’étalement urbain via les voitures de société, alors que le sens de l’histoire et des dernières élections communales montre un vrai souci écologique au sein de la population.

Le principe du ‘Stop Béton’ (il entrera en vigueur en 2040 en Flandre et en 2050 en Wallonie) qui - en filigrane – est aussi celui de la reconstruction de la ville sur la ville et du respect de nos engagements européens, suppose que les politiques établissent une feuille de route et posent des choix cohérents. Dans l’immédiat il s’agirait de généraliser la mesure d’une TVA à 6% (au lieu de 21%) pour les opérations de démolition/reconstruction. A l’heure actuelle cette mesure ne s’applique qu’à 32 villes et communes ET ne s’adresse qu’aux particuliers en excluant les constructeurs/développeurs professionnels.

Or, en 2018, l’analyse des biens éligibles à de telles opérations montrent que 4.300 opérations ont été réalisées sous le régime des 21% contre 876 à 6%. Il est donc urgent que le double verrou (géographique et champ d’application) saute et qu’une fiscalité réduite permette de revitaliser le parc résidentiel au regard des problèmes environnementaux (efficacité énergétique et émissions de CO2), de la mobilité, du coût des logements, de la densification des centres des villes et des villages, etc.

Ajoutons que dans un parc construit à 80% avant 1985 (= première réglementation thermique), notre bâti (dont les superficies habitables et la consommation énergétique sont respectivement supérieures de 30 et 70% à celles des pays voisins !) fait face au défi de l’isolation. Or, depuis 2012 et malgré les mesures environnementales, notre taux d’émission de CO2 reste constant. 
Conclusion : notre mode d’isolation est insuffisant ou mal fait ! 

Insuffisant parce qu’on ne rénove aujourd’hui que 0,6% du parc/an alors qu’il faudrait - pour atteindre les objectifs écologiques de 2030 et 2050 ( voir 2030 Agenda for Sustainable Development 17 objectifs fixés par ONU) - agir au rythme de 2,6% durant les 15 prochaines années. Sans surprise une telle entreprise renvoie – une fois encore - au pouvoir d’achat (ou au pouvoir de rénover) et suppose un accompagnement par des mesures fiscales / économiques telles que:  

  • L’exonération du précompte immobilier lorsqu’un immeuble a été rénové de façon idoine;
  • La suppression (ou la diminution) des droits de succession si l’héritier rénove le bien;
  • De meilleurs taux/montants de financement si le bien acquis/construit est énergétiquement performant
  • etc., 

10 partis interpelés 

Je ne surprendrai personne en rappelant que 2019 est une année électorale majeure !

Le 21 février, dans le cadre de Batibouw, nous (secteur de la construction) entendons interpeler les responsables politiques, à l’occasion du FORUM de la CONSTRUCTION. Ce forum accueillera 10 responsables de partis (CD&V / Groen / Open VLD / N-VA / SP.a / cdH / Défi / Ecolo / MR / PS) auxquels il sera demandé de préciser leurs visions et les moyens à mettre en œuvre pour que les plans et initiatives proposés en faveur de la construction/rénovation sortent du symbolique (effet d’annonce) pour tenir compte de la réalité des coûts (être payable par le plus grand nombre).

A. Lefèbvre :  S’agissant des mesures ‘stop béton’ différentes du SDT (Schéma Développement du Territoire) , on rappellera un autre élément environnemental important. Le béton est composé de sable , de ciment et de granulats et consomme donc des matières non renouvelables (ndlr : elles sont renouvelables à l’échelle géologique mais non à l’échelle humaine). A l’heure actuelle outre que les réserves de sable (carrières, rivières, mers) s’épuisent, son extraction est très énergivore comme l’est la fabrication du ciment. A eux seuls, ces deux postes (extraction de sable et fabrication du ciment) sont responsables de 5% de la production des gaz à effets de serre ! Il me semble donc important qu’à l’avenir, seuls les éléments structurels indispensables à la construction soient réalisés en béton (voir encadré 2)

Primes et incitants :  flou et effet pervers Didier Hermans

D. Hermans : En 2018, nous avons généré (via nos membres) quelques 22.000 projets de construction. Comme d’autres acteurs du marché, le constat que nous dressons est articulé sur 4 points :

  • réduction des superficies habitables ;
  • densification (appartements) ;
  • intérêt accru des particuliers pour les pièces d’eau (sanitaires et cuisine) ;
  • développement des principes habitats groupés et accessoirement intergénérationnels.

Parallèlement, le nombre d’incitants/ primes a diminué.

Rappelons à cet égard que l’erreur monumentale commise par la subsidiation des panneaux photovoltaïques risque de nous coûter cher. En effet, la manne financière accordée par l’Europe pour cette opération a été redistribuée aux Régions. Cette manne supposait toutefois d’atteindre certains objectifs environnementaux, dont une réduction de 20% (13% pour la Belgique) des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2020/2030.  Cet objectif est désormais inaccessible (on atteindra péniblement 10% et implique que la Belgique devra vraisemblablement ‘rembourser’ (amendes) une partie des subsides perçus. 

Ainsi, si l’on considère l’isolation et plus particulièrement celles des toitures, la Belgique présente toujours un parc immobilier dont 50% sont mal ou non isolés et se classe le quatrième ‘plus mauvais élève de la classe Europe’ derrière le Portugal, l’Espagne et la Grèce (qui bénéficient d’un climat beaucoup plus doux que le nôtre)! Plus inquiétant, à ce jour la politique des primes et incitants reste floue.   On parle ainsi de Q-ZEN (futur standard pour les bâtiments neufs : dès 2021, tous les bâtiments neufs devront être à consommation d'énergie quasi nulle mais cela reste assez confus. 

Bonne nouvelle toutefois : primes ou pas, les particuliers prennent conscience de l’intérêt d’occuper un logement ‘basse énergie’ (ou énergétiquement performant) et investissent – selon leur pouvoir d’achat – dans de tels standard
 
V. Portzenheim: S’agissant des primes, outre que leurs attributions relèvent du parcours du combattant (ex. : prêts à taux zéro), elles entraînent un effet pervers :  elles revalorisent le revenu cadastral et dès lors accroissent le montant du précompte immobilier… ! 

Encadré 1_Constructions: image et besoins

S’agissant du secteur de la construction et au-delà de quelques bémols, son image est plutôt positive. 

Le nombre d'entreprises de construction a ainsi augmenté de 4,7 % entre le premier trimestre de 2017 et le premier trimestre de 2018, pour atteindre un total de 110.159 unités dans le secteur. L'emploi dans le secteur suit lui aussi une courbe ascendante.  A la fin du deuxième trimestre, 203.500 salariés et 70.800 travailleurs indépendants étaient actifs. Dans un même temps, le nombre de faillites a récemment connu une forte augmentation : 1.823 entreprises de construction ont fait faillite entre novembre 2017 et octobre 2018, soit 7,2 % de plus que durant la même période un an plus tôt.

Davantage de logements neufs

Entre le 1er septembre 2017 et le 31 août 2018, pas moins de 42 % de permis de construire supplémentaires ont été accordés pour de nouveaux logements sur l'ensemble du territoire belge (63.128 permis) par rapport à la période du 1er septembre 2016 au 31 août 2017 (44.385). Le nombre de maisons unifamiliales a augmenté de 36 % et le nombre d'appartements de 46 %.
 
Ces chiffres résultent en grande partie d'une situation temporaire, à savoir le renforcement de la norme PEB en Flandre au 1er janvier 2018 (le niveau E est passé de E50 à E40 en Flandre). Il y a traditionnellement un effet d'anticipation en Flandre et les gens s'efforcent d'obtenir le permis nécessaire avant l'entrée en vigueur de la nouvelle norme. Le nombre de nouveaux logements autorisés tous les mois est à nouveau en forte diminution depuis mai 2018.
 
Moins de métiers en pénurie et diminution sensible des charges dans la construction.  Au vu des prochaines élections (mai) les priorités du secteur s’établissent comme suit :
  • Une mise en œuvre rapide et suivie du pacte national pour les investissements stratégiques  
  • Une politique fiscale adaptée à l’investissement immobilier des ménages   
  • Une meilleure maîtrise des coûts de la construction   
  • La restauration de conditions correctes de concurrence   
  • Un cadre de fonctionnement mieux adapté aux besoins des entreprises   
  • Une nouvelle dynamique pour le marché du travail  
  • Une contribution à l’amélioration de la sécurité au travail 
  • Le soutien aux transitions numérique et technologique 

Jobs deal…. insuffisant

Un certain nombre de priorités nécessitent une explication. Dans le cadre de la dynamisation du marché du travail, la Confédération Construction appelle à la mise en œuvre et à l'entrée en vigueur rapides du jobs deal conclu lors de l'accord d'été de juillet 2018.  La fédération sectorielle est convaincue de ce que ce « deal » peut en partie répondre à la problématique des métiers en pénurie, et demande donc avec insistance que cet ensemble de mesures soit mis en œuvre rapidement.
 
Il est toutefois à craindre que le jobs deal ne suffise pas à combler les 13.500 emplois vacants dans le secteur. Les mesures proposées sont insuffisantes au vu du nombre d'emplois vacants .  Résoudre la pénurie de main-d’œuvre passe avant tout par un changement de mentalité dans l'enseignement.  L'alternance doit être une priorité dans ce contexte, mais ce système d'enseignement peine à rentrer dans les mœurs, en dépit d'efforts au niveau régional. 

Encadré 2_Epargner le sable !

Chaque seconde dans le monde, sont coulés 146 tonnes de ciment, soit 4,6 milliards de tonnes par an, l'équivalent de 19.000 Empire State Building. Si la Chine est aujourd’hui le premier fabricant et consommateur de ciment (60%), on retiendra que l’ensemble des marchés émergents consomment aujourd'hui 90 % de la production de ciment.
 
Comme le précisait l’architecte-ingénieur Philippe Samyn lors d’une récente communication «Outre ces chiffres bruts, c’est la progression annuelle de 5% de la consommation mondiale de ciment  - et donc de béton - depuis le début des années 90 qui doit nous interpeller. En 30 ans, cette consommation est ainsi passée de +/- 1,2 milliards de tonnes (chiffres 92) à +/- 5 milliards (chiffres 2018).  Sachant que 1 m³ de béton classique (poids compris entre 1500 et 2300 kg selon la nature des agrégats) est composé de 1.200 kg de gravier, 800 kg de sable 250 kg de ciment et 125 L d'eau, on peut situer la consommation mondiale annuelle de sable à 15 milliards de tonnes !  
Longtemps les villes détruites durant les guerres furent (toutes proportions gardées) ‘reconstructibles’ parce que nombre d’éléments structurels des immeubles projetés au sol étaient certes abîmés mais ‘réutilisables’.  Aujourd’hui, les images de nos guerres récentes montrent des immeubles ‘ blessés à mort ‘ dont quasi rien ne peut être réutilisé.  Il importe donc de revoir nos modes de construction et de les inscrire dans un principe d’une moindre, voire d’une non consommation de béton. C’est le choix que nous avons fait pour la construction de ‘La Maison administrative de Namur ‘. Ce bâtiment, entièrement en bois et acier, est ventilé naturellement et posé sur pilotis.» (voir ici)

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