Bruxelles, capitale verte

Bruxelles

Écrit par Masquelier Frédérique le 25 août 2016

capitale verte

"Le phénomène des intérieurs d’îlot est typiquement urbain, dépeint Marc Meganck, écrivain et historien bruxellois, auteur d’un ouvrage* leur étant consacré. Il naît en même temps que les villes et remonte au Moyen Âge, quand sont créées les artères. Chez nous, Bruxelles en est abondamment pourvue, ce qui s’observe déjà sur l’un des plus anciens plans de la capitale, datant de la moitié du XVIe siècle."

Pratiquement, l’intérieur d’îlot équivaut à l’espace situé à l’arrière des maisons, qui commence là où se termine la zone de construction, indique l’administration de l’Aménagement du Territoire et du Logement (AATL) du ministère de la Région de Bruxelles-Capitale dans un de ses feuillets de l’urbanisme. Il est généralement non bâti, poursuit-elle, et formé de jardins privés ou collectifs, voire d’espaces verts publics. C’est d’ailleurs l’une des particularités de Bruxelles, dont le territoire est riche en pareilles respirations, au point d’en faire l’une des villes les plus vertes au monde. "Nombre de ces intérieurs d’îlot se distinguent par des arbres remarquables et classés, résidus de parcs et de domaines privés qui se sont retrouvés emprisonnés par du logement", commente Marc Meganck.

Arrière-maisons et arrière-boutiques

Ce qui ne veut pas dire que tous ces espaces reclus sont vierges de bâti. "L’intérieur d’îlot bruxellois typique, tel qu’on se le représente aujourd’hui, prolongeait souvent un hôtel de maître ou une maison bourgeoise à front de rue, reprend l’historien. Au bout d’un jardin ou d’une cour, il était courant de rencontrer une arrière-maison pour les domestiques, une conciergerie ou des écuries." Et ce, en plein centre-ville et en première couronne (Saint-Josse-ten-Noode, une partie des communes d’Ixelles, Etterbeek, Molenbeek-Saint-Jean et Anderlecht), zones traditionnellement plus urbanisées. Mais aussi, autre singularité bruxelloise, en seconde couronne (le reste de la commune d’Ixelles, Schaerbeek, une partie des communes de Forest et Anderlecht). "Quantité de quartiers de la seconde couronne ont eux aussi été créés suivant des axes en damier, formant autant d’intérieurs d’îlot", affirme Marc Meganck.

Outre du logement, d’autres affectations ont pris possession de ces espaces enclavés : du commerce, de l’industriel, ainsi que, beaucoup plus récemment, du bureau. Avec la typologie de bâtiments diverse qu’on leur connaît. "Cela dépend un peu des quartiers, détaille l’expert. Dans une zone plus commerçante, on trouvera, derrière les boutiques à front de rue, des bâtiments que l’on cache à la vue des clients : annexes techniques, ateliers, entrepôts." Les intérieurs d’îlot industriels (anciens sites de production et de stockage) peuplent les alentours du Canal, à Anderlecht notamment. Tandis que ceux couplés à des bureaux, souvent réquisitionnés pour créer du parking ou des garages, sont plus éparpillés, gravitant autour du centre-ville comme des grands axes routiers et autoroutiers.

Bruxelles, capitale verte

Des projets d’architectes pionniers

Ces dernières décennies, densification urbaine oblige, ces espaces préservés ont été progressivement réquisitionnés pour y construire du logement, un mouvement partant du centre-ville pour gagner les couronnes périphériques. "A la fin des années 80, début des années 90, vantant la vie en ville mais au calme, pas mal d’architectes ont élaboré des projets de réaffectation d’intérieurs d’îlot, valorisation du patrimoine industriel et division d’hôtels de maître à la clé." Marc Meganck cite en exemple le quartier du Châtelain, à Ixelles, ou celui de l’hôtel de ville, à Saint-Gilles, "plein comme un œuf". "A l’inverse, plus on s’éloigne du centre, plus les intérieurs d’îlot sont verts, grands et aérés", précise-t-il, épinglant Uccle, les deux Woluwe, Auderghem et Watermael-Boitsfort, en troisième couronne.

A tel point que les autorités régionales et communales ont désormais décidé d’encadrer la tendance en éditant des règles urbanistiques strictes. "Il est vrai que les enjeux démographiques en Région bruxelloise nous poussent à créer du logement, reconnaît Nathalie Gilson, échevine ixelloise de l’Urbanisme, mais pas à n’importe quel prix. Nous ne voulons pas de communes-dortoirs et souhaitons maintenir une diversité de fonctions au sein des intérieurs d’îlot. Tout comme protéger leur caractère vert, partie prenante de la qualité de vie propre à notre capitale." Ainsi, il est indiqué dans le Règlement régional d’urbanisme (RRU) que "les actes et travaux entrepris en intérieur d’îlot doivent en priorité améliorer les qualités végétales […], minérales, esthétiques et paysagères" des lieux et "favoriser le maintien ou la création de surfaces en pleine terre". Pour le reste, il faut s’en remettre au Plan régional d’affectation du sol (PRAS). "Si l’on se situe en zone d’habitat, on pourra plus facilement reconvertir des bâtiments d’intérieurs d’îlot en logements, assure l’élue. En zone de mixité à forte mixité, le projet devra maintenir au minimum 30 % d’activité économique."

Respecter les gabarits existants

Avec ceci que les communes ont aussi leur mot à dire, via le Règlement communal d’urbanisme (RCU). A Ixelles, pour ne citer qu’elle, la déclaration de Politique générale approuvée par le conseil communal en janvier dernier contient une règle limitant la transformation des bâtiments en intérieur d’îlot. "La rénovation ou la démolition-reconstruction des lieux doit absolument respecter les gabarits existants, pointe Nathalie Gilson. Pas question de monter d’un étage ou de s’étendre sur l’espace non-bâti, et ce, par respect pour les riverains." Ceux-ci doivent déjà s’accommoder d’un changement d’affectation et donc d’un nouvel environnement sonore le soir et le week-end venus, il est impératif, insiste l’échevine, que leur vue et leur ensoleillement soit épargnés.

Et de conclure en annonçant être plutôt partisane des projets ciblant la densification résidentielle via... l’ajout d’étages sur certains édifices bordant les grandes artères (avenues du Trône et la Couronne, boulevard Général Jacques…). "Certains bâtiments sont moins hauts que les autres, ce qui permet une remise à niveau en douceur, tout en bénéficiant d’un vis-à-vis très vaste, ce qui diminue l’impact visuel sur les riverains", note Nathalie Gilson.

*"Bruxelles par-delà les murs. 160 intérieurs d’îlots dévoilés", 224 pages, 28,50 euros. Texte de Marc Meganck, photos de Xavier Claes. Aparté Editions, 2006. http://aparte-editions.be/livres/bruxelles-par-dela-les-murs

53 %

Les espaces verts occupent plus de la moitié (53 %) du territoire de la Région de Bruxelles-Capitale, un tiers étant le fait de jardins privés, en intérieur d’îlot.

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