Bruxelles, les valeurs d'un patrimoine vert

Écrit par Thierry Laffineur le 14 avril 2015

Table ronde de l'Essentielle Immo

Bruxelles possède un patrimoine vert de grande qualité notamment illustré par le Parc de Bruxelles, le Jardin Botanique, le Parc Léopold, le Bois de la Cambre, le Mont des Arts, le Parc Tenbosch,… pour n'en citer que quelques uns. 
 
Historiquement, l'émergence de ce patrimoine est à mettre en rapport avec la naissance de l’horticulture belge en 1664 (année de la création de la Confrérie de Sainte Dorothée, patronne des jardiniers et des fleuristes ). 2014 a donc marqué le 350ème anniversaire de cet événement, souligné - à l’initiative de la Société Royale Linnéenne et de Flore -  par la constitution de l’asbl Année de Flore - placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté la Reine Paola. 
Bénéficiant du soutien de multiples partenaires dont la Région de Bruxelles-Capitale, Bruxelles Environnement, Visit Brussels et AG Real Estate, cette association s’attacha à organiser et promouvoir - du printemps 2014 au printemps 2015 - différentes manifestations dédiées  aux parcs et jardins bruxellois : expositions, balades, visites, conférences (ex.: les Balades de Flore, expo Bruxelles, Capitale de Flore aux Halles Saint-Géry, etc.) 
 
Toutefois, au-delà du succès événementiel, les organisateurs ont surtout voulu envoyer un message fort à l’opinion publique : les parcs et jardins sont un véritable enjeu global pour la Région et relèvent de 6 aspects  : historique,  socioculturel, touristique, professionnel, environnemental et urbanistique. 
Pour en analyser et préciser les données, la présente table ronde, organisée et animée en collaboration avec Paul Grosjean - porte parole de l'Année de Flore - réunissait un panel pluridisciplinaire composé de : 
- Céline Fremault, Ministre de l’Environnement de la Région de Bruxelles-Capitale
- Guillaume van der Vaeren, architecte-paysagiste - JNC International
- Yves Heirman, Fédération Belge des Entrepreneurs Paysagistes
- Thierry Wauters, administrateur de la Bibliothèque René Pechère
- Patrick Bontinck, CEO visit.brussels
- Roel Jacobs, Historien, visit.brussels
- Alain Camu, Président Honoraire de l’association Jardins Ouverts
- Paul Vermeylen, Architecte - Urbaniste
- Serge Kempeneers, Directeur - "Espaces Verts" - Bruxelles Environnement.
 
 

Histoire, Patrimoine et Maillage

Quelle est l'importance du patrimoine des jardins historiques bruxellois et ce patrimoine est-il menacé ?  

 
Th. Wauters : Avec plus de 160 sites classés (parcs, jardins, espaces semi naturels,..), représentant 1.800 ha (Forêt de Soignes exclue),  la qualité et l'importance du patrimoine vert bruxellois sont une évidence.  Toutefois si sa gestion - notamment assurée en synergie avec Bruxelles Environnement - est globalement efficace, il existe des menaces diffuses dont celle du 'tout à la biodiversité' . Or cette tendance lourde de la politique régionale - sur laquelle devra statuer le plan nature (voir : www.environnement.brussels) - ne peut être systématisée. 
L'important est davantage de promouvoir 'les métiers du jardinier' dont les compétences sont seules à même de mettre en évidence certaines espèces et d'assurer une qualité florale, plus-value appréciée par la population. 
 
R. Jacobs : Au Louvres (Paris), l'une des plus belles collections de tapisseries du XVIème siècle est composée de vues de Bruxelles mettant en évidence - notamment à travers les représentations des activités de la Cour impériale (Charles Quint) -  les interactions hommes, nature, animaux.
Par ailleurs, si vous considérez les cartes de Bruxelles - dessinées entre le 16ème et le 18ème siècle -, chaque description commence par 'cette ville avec un immense fonds vert...' . Ces deux seuls éléments suffisent à confirmer la valeur historique du patrimoine vert de Bruxelles.
 
 
C. Fremault : Au sein de la Région de Bruxelles-Capitale (160 km²) on considère généralement qu'une moitié de la superficie(*) est composée d'espaces verts dont une grande partie (+/- 3.800 ha) sont des espaces privés (principalement des jardins en intérieur d'ilot). 
Ces chiffres indiquent également que les parcs et jardins accessibles au public représentent +/- 2.780 ha (soit  18% du territoire) et mettent ainsi à disposition de chaque habitant de la Capitale  +/- 28 m² de 'verdure' publique . A noter toutefois  que ce calcul englobe la partie bruxelloise de la Forêt de Soignes. Hors cet espace,  le ratio espace vert /habitant tombe à +/- 12 m².
L'aménagement et la gestion de cet ensemble sont assurés en très grande partie (soit 2.100 ha dont +/- 400 ha de parcs et +/- 700 ha de forêts) par Bruxelles-Environnement et le solde par les administrations régionales, communales et la donation royale. 
A l'instar d'autres métropoles européennes, le patrimoine vert bruxellois est très inégalement réparti et montre des ratios de verdurisation s'échelonnant de 10% dans le Pentagone  (centre), à 30% dans le première couronne et 70% dans la seconde couronne.
On comprendra aisément que si notre souci est d'accroître globalement les superficies vertes de la région, il s'agit aussi que cet accroissement privilégie les espaces où elles sont déficitaires. 
En conséquence, notre démarche vise à définir par quel maillage vert et bleu (eau) nous pouvons relier les espaces existants et ceux à créer. Ce maillage - contribuant à la densification des espaces verts - s'intéresse ainsi à la verdurisation des axes de pénétration, à l'arborisation des boulevards , aux aménagements des  berges des cours d'eau, au rachat de terres agricoles, etc. 
 
(*) 50% de la région sont couverts de végétation sur des sols perméables. 30% sont des jardins et domaines privés et 20% sont des espaces verts publics
 
 
S. Kempeneers : Notons que la notion de maillage remonte à la création de la Région. Elle s'appuyait sur une réflexion et une étude (cartographier, chiffrer) des écosystèmes urbains.
Si je reviens à la nature/importance du patrimoine, deux facteurs apparaissent qui constituent autant de centres d'intérêt pour les visiteurs :
  • La diversité des styles dont il est composé ; 
  • Bruxelles est l'une des capitales ayant le plus investi dans la rénovation des parcs et jardins historiques (Bois de la Cambre, Abbaye de la Cambre, Prieuré du Rouge Cloitre, ..) 
 

Des parcs millionnaires

Peut-on estimer le taux de fréquentation des jardins/parcs et des événements qu'ils accueillent ? 

 
S. Kempeneers : Nous n'avons pas (encore) de système de comptage dans les parcs  (**) ! Par contre, nous nous sommes intéressés au concept touristique (inventé par les Français) du 'parc millionnaire' ( le jardin botanique de Nantes réalisait 1 million d'entrées/an) . 
Cette approche a le mérite de quantifier la valeur 'touristique' d'un parc et de la mettre en rapport  avec d'autres éléments composant l'attractivité d'une ville (musée, église, château,..) et donc de bénéficier également de subsides. Nous pouvons estimer qu' à Bruxelles des entités telles que le Jardin Botanique, le Parc de Bruxelles, le Parc du Cinquantenaire, le Petit Sablon, sont 'millionnaires' et constituent donc d'importants pôles d'attractivité.  
 
(**) Une procédure de comptage des visiteurs a été installée en Forêt de Soignes. Elle devrait  permettre de quantifier l'attractivité de cet espace et plus globalement de mieux plaider la cause des espaces verts en terme de fréquentation. 
 

Bruxelles est-elle considérée comme une ville jardin et cette image est-elle suffisamment exploitée ? 

 
P. Bontinck : L'omniprésence du vert à Bruxelles est systématique et contribue à la 'qualité de vie' de la ville. Parallèlement, il existe une reconnaissance internationale des différents éléments composant ce cadre (ex.: Serres de Laeken). 
Toutefois, il semble que cette qualité et réputation de la ville soient mieux appréciées des étrangers que des Bruxellois. L'une des causes de ce paradoxe réside sans doute - comme cela a été dit - dans le déficit de verdurisation de l'hyper-centre ou, d'une façon plus générale, dans l'inégalité des répartitions des espaces verts. 
 
C. Fremault : Remédier à cette inégalité implique une réflexion sur l'évolution démographique actuelle. L'essentiel des espaces verts de la ville étant dans la sphère privée, les parcs publics sont prioritairement destinés aux habitants ne disposant pas de jardin et doivent donc être - c'est une volonté politique - équitablement répartis sur la Région (ex.: le parc de 2,5 ha récemment créé sur le site de Tours & Taxis). Parallèlement à la recherche d'un équilibre de répartition, il s'agit aussi de privilégier une nouvelle approche impliquant les habitants/utilisateurs dans une réflexion plus large quant à la nature du parc souhaité.  
 
S. Kempeneers : A cet égard, il existe une évolution dans l'organisation des parcs et de leurs équipements. Par exemple, le modèle traditionnel du banc (pour max. 3 personnes) évolue vers celui de la table-banc pour 10 personnes et plus. Cette dimension est à mettre en parallèle avec le développement de la notion de 'réseaux' notamment favorisée par les médias sociaux et fort prisée par la génération Y. 
 
P. Vermeylen : Que le vert soit présent dans l'image que la ville donne d'elle-même est certes une bonne chose et contribue à son attractivité, au même titre que de grands équipements, des musées, voire des administrations internationales,... 
Toutefois, l'essentiel de ce vert étant privé et en intérieur d'ilot - dans des proportions qu'aucune autre ville ne semble connaître - quel projet collectif  peut-on développer ? En d'autres mots, est-il possible de faire entrer ces jardins privés dans le maillage évoqué et si oui, comment ?
 
G.van der Vaeren  : Un première piste pourrait être la reprise - par le public - des espaces verts privés mal entretenus voire abandonnés parce que relevant d'une mauvaise localisation. J'exclus de cette idée la notion de murs végétaux. En effet, les espaces verts ont une fonction sociale, environnementale, etc.,  qu'on ne retrouvera pas dans un mur végétal. A contrario cela prend du sens dans la mise en place de toitures vertes ou d'agriculture en toiture. 
 

Quid alors des fermes et potagers urbains ? 

 
C. Fremault : L'idée est dans l'air et un projet important est en chantier sur le site des anciens  abattoirs (Anderlecht). Par ailleurs,  il existe un débat majeur sur l'agriculture urbaine en ce qu'elle rejoint la notion d'alimentation durable via des cycles courts (principe d'une économie circulaire ) . 
A cet égard, nous organiserons en mai un week-end sur les potagers urbains dont l'une des vocations est de faire partie du maillage et du 'partage vert'. La question étant de définir selon quelle distribution géographique il convient de les créer/étendre.  
 
Y. Heirman : La question des potagers urbains est double : à qui et à quoi serviront-ils ?  
En effet, au-delà de la production stricto sensu de denrées alimentaires, il s'agit aussi de considérer l'impact social qu'ils véhiculent. Or, on sait par différentes études que les effets bénéfiques d'un espace vert urbain ne s'étendent pas au-delà d'un rayon de 300 m.
 

Un "non-secteur" de qualité!

 

Sous l'appellation générique 'parcs et jardins', de quel secteur et de quelles valeurs économiques parle-t-on ? 

 
Y. Heirman : S'il existe bien une Fédération des Entrepreneurs Paysagistes, il n'existe toutefois PAS de secteur 'parcs et jardins'. Nous n'avons pas de commission paritaire et nos activités sont reprises dans celles de l'horticulture. Or, entre la production de fleurs (horticulture) et les aménagements des parcs et jardins (services), il existe une différence de taille. 
Concrètement, en Belgique on dénombre 7.800 entrepreneurs en 'parcs et jardins' professionnels  (à noter qu'il n'y a pas d'accès à la profession). Sans chercher une formalisation de la profession (= être sectorisé), il importe que l'expertise multidisciplinaire et les compétences de ces entreprises soient reconnues.
 
C. Fremault : Nous planchons actuellement (via Bruxelles Environnement) sur l'organisation à Bruxelles d'une biennale d'architecture paysagère dont la première édition se déroulerait avant fin 2016. Derrière cette initiative, il s'agit, non seulement  de mettre en évidence un savoir-faire et des références, mais aussi de créer des synergies avec d'autres pays/métropoles/écoles afin de s'inscrire dans une vision paneuropéenne de cette discipline. 
 
Y. Heirman :  Pour illustrer la valeur de ce savoir-faire, on précisera qu'en décembre de cette année, notre fédération a été invitée à organiser une journée belge au sein du salon Paysalia (Lyon - France). La reconnaissance de cette expertise est notamment liée à la structure de nos entreprises. En effet, celles-ci sont, en réalité, des micro-entreprises  (max.: 4 ou 5 collaborateurs) dans lesquelles chacun est nécessairement polyvalent et connaît donc TOUS les aspects du métier. 
 
S. Kempeneers  : Une des particularités de l'entretien des parcs et jardins bruxellois (elle relève d'un  calcul économique ) est qu’il est confié pour moitié à des entreprises privées (pour les travaux importants) et pour moitié à des équipes de jardiniers en régie (ex.: travaux particuliers sur un parc historique). Cette procédure amène à l'établissement de cahiers des charges très précis pour les entreprises et donc à une qualité d'exécution. 
Toutefois, une réflexion sur ces cahiers des charges met en évidence plusieurs aspects liés à l'emploi du secteur et à la FORMATION des acteurs. Ainsi, si la gestion des espaces verts recouvrent plusieurs fonctions dont le paysagiste (ou architecte paysagiste) constitue la synthèse, il importe qu'une formation soit dispensée pour disposer de : 
  • contrôleurs et surveillants de chantiers (vérifier la bonne exécution sur le terrain) ;
  • éco-cantonniers,  élagueurs, ..
  • jardiniers, ouvriers forestiers, gardiens animateurs ..
Le constat actuel montre, en effet que, faute de ce personnel compétent, la Région risque de perdre la qualité d'entretien de son patrimoine vert. 
 

Des gestions spécifiques

 

Quelle est l’importance de l’entretien ?  

 
A. Camu : La notion d'entretien est fondamentale ! A cet égard, il me paraît important de différencier la gestion d'un parc selon qu'il soit, ou non, historique. 
Ainsi, pour des raisons 'politiciennes', la Ville de Bruxelles tend à traiter le Bois de la Cambre comme un luna park avec les conséquences dommageables qu'on imagine pour la végétation. 
Une gestion spécifique devrait être mise en place. Idem pour la Forêt de Soignes dont la partie cathédrale doit également faire partie d'une gestion différenciée pour son renouvellement.
A un autre niveau, si l'on souhaite préserver, voire intensifier, le maillage vert/bleu de la ville, il conviendrait que l'urbanisme ne laisse pas certains jardins en intérieur d'îlot devenir des extensions de parkings et/ou de garages.
 
Th. Wauters : La mauvaise gestion/utilisation du Bois de la Cambre, parc majeur, renvoie à deux aspects :
  • un aspect politique : la distance entre le gestionnaire (celui qui autorise) et le citoyen (celui qui en profite ) est trop grande et pose la question du statut (régional, communal,.. ) des parcs et jardins.
  • un aspect formation : il existe - comme cela a été mentionné - une carence d'hommes de métier (jardinier sur le terrain) qui puissent communiquer vers le public. Le jardinier est aussi le premier ambassadeur des espaces verts.
 
A. Camu : ... encore faut-il que ce jardinier soit convenablement dirigé ! 
 
Y. Heirman : La pénurie d'hommes de métier, dont les jardiniers, rejoint la dimension sociétale d'un parc. En effet, un parc mal conçu ou mal entretenu peut très vite devenir un lieu dangereux (des agressions, voire des crimes, peuvent être commis dans des parcs dont la végétation est synonyme de  dissimulation).
 

Ambition et gestion transversale

Quelles sont les ambitions de la Région pour optimiser ces espaces verts ? 

C. Fremault : La politique ‘Espaces verts’ de la Région comprend 3 dimensions :
  • la préservation du patrimoine;
  • la biodiversité et la gestion différenciée selon la vocation (sociale, historique, écologique...) du parc (voir plan nature);  
  • l'aspect social : atteindre une meilleure répartition des espaces verts au sein de la région et favoriser leur utilisation par le public.  
P. Vermeylen : Notre évolution vers une société urbaine (80% des européens habitent en ville)  a modifié nos comportements. Or, si l'on s'accorde sur le fait qu'on ne peut plus mettre la ville à la campagne ni la campagne dans la ville , il faut garder présent à l'esprit que les urbains désirent vivre dans les villes ET y retrouver la nature (notamment dans les matériaux de construction, la qualité des aliments, les aménagements de l'espace public,… ).
Autour de cette table, chacun s'accorde sur la nécessité d'améliorer la gestion/entretien  du patrimoine vert. Or, contrairement à ce qui se passe dans les contrats de quartiers où l'on a appris le principe de la gestion transversale - travailler localement avec des acteurs différents - cette approche semble inexistante à l'échelon de la Région.
Ainsi, si je considère la zone du Canal , espace où la création de parcs et cheminements  est encore possible, je relève que les différents acteurs régionaux  (ex.: Citydev, les Communes, la Stib,... ) coopèrent peu - voire s'ignorent - et poursuivent chacun leur stratégie.  
Pour éviter ces visions différenciées, il faut que chaque métier (technicien, concepteur, gestionnaire) s'ouvre à la fois à la dimension nature et au dialogue et que chaque acteur (en ce inclus par exemple Infrabel, Stib,...)  s'accorde sur l'idée de créer de la nature en ville et non simplement de mettre du vert dans les  parcs.
 
C. Fremault : Dans la déclaration de politique régionale, il est prévu la mise en place d'un bureau de planification bruxellois dans lequel tous les aspects/acteurs (aménagement territoire, mobilité, environnement, .. ) seraient rassemblés au sein d'une unité afin de définir une vision globale et à long terme du développement de la Région . Est-ce que cela manque aujourd'hui ? La réponse est clairement oui et la zone du Canal évoquée est l'exemple de l'absolue nécessité de travailler selon cette méthode.
 

Urbanisme paysagé ou comment la ville vit dans ses vides!

La dimension de paysage urbain tend aujourd'hui à supplanter celle d'urbanisme. Qu'en est-il de cette notion ? 

 
G. van der Vaeren: Posons un préalable sous forme de questionnement : qu'est ce qu'un paysage ?  C'est une portion de territoire tel qu'il est perçu par ses habitants. Cette notion, très subjective,  relève de la perception d'un ensemble d'éléments construits (urbains) ou non (naturels). 
Avec la notion d' urbanisme paysagé (initié aux USA sous l'appellation Landscape Urbanism), on pose comme principe que l'urbanisme doit se faire à travers le paysage. Cela signifie que ce qui fait la cohérence d'une ville est moins dans l'alignement et la juxtaposition d'immeubles  (les pleins) que dans les ouvertures de et sur les espaces publics (les vides).
A Bruxelles, cet espace public et son maillage vert sont une ressource. Toutefois, pour avoir connu - au siècle précédent - une bruxellisation négative (ou comment détruire une ville en temps de paix par son morcellement en quartiers monofonctionnels !), imaginons une bruxellisation positive pour ce siècle en regardant la ville selon ses 'vides' qui en font, par ailleurs, le charme.  
Il existe là un changement de paradigme par lequel en prenant conscience du potentiel vert, on prend également conscience du potentiel de développement durable de la ville. Cette durabilité qui doit transparaître dans la diversité des parcs, la diversité culturelle, la diversité sociale, la diversité environnementale, etc.,  enrichit la ville par ses différences.
 

Avis (non) partagés!

 

Dans la perspective de Bruxelles 2020 (***) et en guise de conclusions, quel est votre principal message sur le patrimoine vert bruxellois ?

 
Th. Wauters : Le Parc Walckiers (Schaerbeek), premier parc à l'anglaise établi en Europe, est actuellement perturbé dans sa restauration par de l'associatif uniquement focalisé - à tort - sur la biodiversité. C'est dommageable. 
 
R. Jacobs : Le petit Sablon n'a pas été conçu pour accueillir les grands arbres qu'on y trouve aujourd'hui. Laisser les choses en l'état signifie une détérioration du site à moyen terme.  La plupart de ces arbres doivent être coupés. Qui assumera la décision ?
 
P. Vermeylen :  Bruxelles doit apprendre à coopérer avec les autres régions. La question de ses parcs et espaces verts ne peut être abordée hors la dynamique des vallées (espaces naturels de l'eau) ni - en conséquence - hors celle de son hinterland. 
 
Y. Heirman : La valeur des espaces verts et/ou non bâtis doit être envisagée - au-delà de l'aspect économique - en terme sociétal.  
 
P. Bontinck : Les parcs sont fondamentaux pour la biodiversité. Toutefois ils doivent aussi être pensés de façon  à pouvoir accueillir un large public et notamment des évènements à l’instar des grands parcs londoniens. Il faut donc pouvoir les équiper de manière adéquate pour éviter que les évènements nuisent à la végétation. 
 
A. Camu : Il faut différencier  la gestion des parcs et jardins selon leur nature et leur valeur historique/patrimoniale.
 
S.Kempeneers : En 2015, le parc de Tours & Taxis a été reconnu meilleur espace public de Belgique. Nous travaillons actuellement - avec la Région flamande - sur la notion de Metropolitan Landscape', à savoir comment renforcer/créer les infrastructures d'un maillage vert et bleu et d'une densification des espaces verts là où ils sont nécessaires.
 
C. Fremault : Les attentes des citoyens évoluent. De même que ceux-ci demandent à retrouver de la mixité au sein d'un quartier, il s'agit aussi qu'ils retrouvent une mixité dans les parcs  à travers des espaces de promenade, de rassemblement, de convivialité pour différentes cultures, de pratique sportive, de jeux pour enfants,... 
 
 
(***) « Bruxelles 2020 : des fonds européens pour une région durable ». Objectif : sensibiliser les acteurs régionaux à l’utilité de ces Fonds pour relever les défis sociaux, économiques et environnementaux bruxellois.

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