Canal à Anderlecht, picture by Jacques Verlaeken

Canal de Bruxelles

Écrit par Stephan Debusschere le 25 février 2017

La nouvelle voie

Le canal de Bruxelles fait l’objet de toutes les attentions des promoteurs mais aussi du gouvernement bruxellois, qui doit faire face à la croissance démographique de la Capitale et au manque d’accessibilité à la propriété pour les familles aux revenus moyens.  

Pour les Bruxellois, le canal de Bruxelles représente la frontière entre le sud et le nord. Et ce n’est un mystère pour personne, les communes du nord de la capitale n’ont pas a priori les faveurs des candidats à la propriété, tout simplement parce que ces derniers considèrent qu’elles ne sont pas suffisamment attractives à leurs yeux. Bien que ces communes comptent, comme au sud, de calmes quartiers résidentiels, d’agréables avenues arborées et de belles maisons, le manque de commerces séduisants, de restos sympas ou chics ou encore de bars trendy semble peser sensiblement dans la balance.

Le hic, c’est que l’acquisition d’un logement dans les communes du sud est devenu aujourd’hui inaccessible pour nombre de candidats, même pour des expatriés et autres eurocrates qui jouissent de revenus bien supérieurs à la moyenne des Bruxellois mais qui ne sont pourtant plus en mesure d’acheter des biens dans les communes du centre et du sud, où les prix deviennent quasi prohibitifs. Pour ceux-là, et tous les autres qui bénéficient de revenus moyens, la solution se trouve désormais au nord et nord-ouest de la Capitale, où l’immobilier est sans conteste le moins cher.

Un double défi

Il n’en reste pas moins que l’accès à la propriété devient de manière générale une vraie gageure pour le Bruxellois moyen, qui voit de surcroît sa ville se muer en un marché pour investisseurs. Les projets neufs sont en effet souvent conçus comme des produits d’investissement par les promoteurs, qui ne prennent pas particulièrement en compte ce problème d’accessibilité. Celle-ci est pourtant vitale pour la Région bruxelloise qui, d’une part, a besoin de retenir les revenus moyens au sein de ses frontières et, d’autre part, est confrontée à une importante croissance démographique.

Le gouvernement bruxellois, qui doit faire face non seulement au problème de coût des logements, mais aussi à leur production, adopte ainsi une politique volontariste en termes d’activation de certaines parties du territoire, dont la zone du canal, qui suscite un grand intérêt et au sein de laquelle plusieurs quartiers sont en train de se développer, outre Tour & Taxis ou UP-Site. A terme, ce sont pas moins de 25 000 logements qui pourraient y être créés. Le gouvernement bruxellois veut d’ailleurs faire de ce projet une vitrine de sa politique de développement territorial.

Canal à Anderlecht, picture by Jacques Verlaeken

De nouveaux quartiers

Les projets portent sur des segments précis du canal. Cela va du bassin Biestebroek, à l’extrême sud du canal, jusqu’au niveau de l’avant-port, en passant par les quartiers Birmingham, Heyvaert et Vergote.

Dans ce bassin de Biestebroek, entièrement situé sur la commune d’Anderlecht, un tout nouveau quartier verra le jour d’ici dix ans, avec ce souhait des autorités communales qu’il devienne un lieu à haut degré d’attractivité. Quasiment toutes les parcelles de ce site de 47 ha ont fait l’objet de l’attention d’opérateurs publics ou privés, d’où l’étroite collaboration mise en place entre les autorités régionales et communales, le Port de Bruxelles et les porteurs de projets privés et publics, dont citydev.brussels. A terme, 4000 habitations pouvant loger quelque 10 000 habitants seront créées. Des commerces, de l’industrie, des espaces verts ainsi que deux écoles compléteront l’offre.

Développé par citydev.brussels, le projet de quartier durable Tivoli Green City fait partie aussi de ce plan du canal. Cette alternative au marché privé devrait redynamiser ce quartier de Laeken situé à proximité du bassin Vergote et du centre de Transport international routier, le TIR. Quelque 400 logements, dont 270 conventionnés et 130 logements sociaux, devraient être créés autour d’une place publique et d’un parc, ainsi que des commerces et deux crèches.

La commercialisation des deux premiers lots a commencé en septembre dernier, avec une offre d’appartements de principalement deux ou trois chambres. En effet, contrairement à la logique du marché de produits d’investissement, cette offre ne contient que très peu d’appartements 1 chambre, parce que l’objectif de citydev.brussels est d’ancrer les revenus moyens à Bruxelles pour une longue période, avec néanmoins des possibilités de revente et de mise en location dans le cadre de conditions bien précises.

Ces logements anticipent ainsi l’élargissement familial et sont aussi totalement adaptables aux personnes à mobilité réduite. Grâce aux subsides régionaux, les acquéreurs pourront avoir accès à la propriété pour un prix au m2 d’environ 1400 euros, ce qui est nettement inférieur à ce qui se pratique sur le marché privé.

Un terrain d’expériences

Ce projet de quartier durable intègre aussi des concepts inédits pour le logement conventionné. L’un des lots est ainsi réservé à un projet pilote d’habitat groupé qui devrait compter une dizaine de logements. L’objectif annoncé est d’observer la manière dont un tel projet peut fonctionner sur un terrain public.

Un autre lot sera pour sa part réservé au projet Community Land Trust (CLT), dont l’objectif est de permettre aux familles qui répondent aux conditions pour obtenir un logement social d’accéder elles aussi à la propriété. Pour rendre cela possible, le terrain reste la propriété du Trust, ce qui permet de diminuer très sensiblement le prix de vente qui est fixé en fonction des revenus de ces familles.

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