Table ronde essentielle immo septembre énergie solaire

Construction, intégration et stockage "Solaire"

Écrit par Thierry Laffineur le 9 septembre 2015

Table ronde essentielle immo

Avec la 3ème révolution industrielle (*), l'enveloppe des bâtiments (toit/façades) ne se contentera plus d'un rôle de protection mais deviendra un élément actif de la captation de l'énergie solaire et donc de la production d'électricité. 

Ce principe de la captation solaire intégrée dans les futures constructions suppose plusieurs aspects, dont  :
  • le développement d'une nouvelle architecture et d'un nouvel urbanisme reposant sur la mise en oeuvre de matériaux multifonctionnels actifs (protéger et produire de l'énergie) et recyclables/sur-cyclables;
  • le développement de techniques de stockage d'énergie (ex.: batteries, hydrogène, air comprimé,...) permettant une meilleure autoconsommation énergétique.
  • etc.
Qu'en est-il aujourd'hui de ces développements (expériences/bilan)? Quelles sont leurs perspectives de mise en oeuvre (délais)? Quels impacts socio-économiques auront-ils sur nos modes de vie ?, ...
Table ronde essentielle immo septembre énergie solaire
Pour répondre à ces questions la présente Table Ronde réunissait (de gauche à droite sur la photo)
  • Marc Demanet - Service Développement Manager - SECO
  • Denis Thomas - Business Development Manager - Hydrogenics Europe N.V.
  • Valéry Rolin - Ingénieur civil et installateur BIPV -  E-Cocoon
  • Véronique le Clercq - IPM
  • Jean Libbrecht - IPM
  • Bertrand Deroisy - Ir Arch - Division Climat Intérieur, Equipements et Performance Energétique -  CSTC
  • Jean Didier Steenackers - Arch. Designer - Sun Soak Design 
  • Steven Beckers - CEO - Lateral Thinking Factory

Intégrer : construire avec des matériaux actifs

"La Belgique, de par son expertise dans le secteur verrier, est devenue le 'couturier sur-mesure du solaire ' pour les projets à grande échelle nécessitant des matériaux actifs" (JD Steenackers)

Matériaux actifs. De quoi s'agit-il?

J.D. Steenackers : Si l'on s'en tient au principe qu'un panneau solaire est le substrat le moins onéreux pour exploiter une cellule solaire et disposer d'un ROI (retour sur investissement) rapide, alors - caricaturalement - tout PV (panneau photovoltaïque) doit être bleu, posé en toiture et fabriqué en Chine!
 
L'approche que nous proposons est différente. Elle abandonne le schéma évoqué ci-dessus, souvent réduit à la considération d'un rendement €/watt solaire, au profit d'un concept d'intégration de l'énergie solaire au bâtiment. Pour ce faire on recourt à des matériaux de construction actifs. Appelés BIPV (Building-Integrated Photovoltaics), ces éléments utilisent les mêmes technologies que le panneau PV mais sont  intégrés à la construction et non plus rapportés. En d'autres termes on réalise une partie de l'enveloppe du bâtiment au moyen d'éléments solaires (verrières,  allèges, parements, vitrages,...)  à l'esthétique assumée (**). Dans ce contexte, les industriels européens - et plus particulièrement les verriers belges - disposent d'une expertise importante.
 
S.Beckers : Derrière l'idée d'intégration transparaît celle d'une architecture qui refuse de construire des bâtiments comme des lasagnes, dispendieuses en matière première,... par couches successives !
 
B. Deroisy : Avec les BIPV nous passons à une nouvelle génération de système d'exploitation de l'énergie solaire. Toutefois la généralisation de cette technologie - surtout dans le résidentiel - se heurte à plusieurs problèmes techniques (Ex.: Lorsque les BIPV sont intégrés dans une  toiture, le comportement hygrothermique du complexe de toiture peut créer des problèmes de condensation ), économiques et réglementaires de la construction dont celui de la sécurité incendie. 
 
"En ville l’énergie solaire disponible devrait être exploitée en tant que ressource collective prioritairement dédiée aux usages les plus en phase avec la production intermittente, tels que le chauffage/refroidissement des bureaux ou des modes de transport électriques. Malheureusement ceci est actuellement en contradiction avec le fonctionnement du marché de l’énergie." (B.Deroisy)

Comment aligner les courbes?

A quel horizon peut-on alors envisager la généralisation de cette technologie en Belgique ? 

J.D. Steenackers : La question doit être scindée selon le type de bâtiment. 
  • Immeubles tertiaires:  5 à 6 immeubles recourant à ce principe sont déjà opérationnels et d'autres en voie de construction.
  • Immeubles résidentiels: des développements sont en phase d'études (p.ex.: avec le promoteur Nacarat)    
Pourquoi  ce décalage ?
Dans les immeubles tertiaires les matériaux actifs de l'enveloppe permettent de répondre à des besoins énergétiques (ex.: produire de l'électricité pour faire du froid - immédiatement autoconsommés)
 
Exemple : un ensoleillement intensif à midi permet une production d'électricité solaire immédiatement et localement utilisable/consommable pour produire du froid. Cela signifie que les courbes de production d'énergie solaire sont alignées avec celles de  la consommation locale de cette énergie.
 
Ce n'est pas le cas du résidentiel généralement inoccupé durant la journée. Ainsi la majeure partie de la production énergétique solaire de la journée (via PV) ne pourra pas être immédiatement autoconsommée. A défaut d'un alignement de courbes de production/consommation il est donc important de trouver une technique de stockage de cette énergie. Cette technique fait aujourd'hui  l'objet de recherches intensives de la part de plusieurs groupes industriels tels que Tesla, Mercedes, ABB, Hydrogenics, etc.
 
Remarques: Le résidentiel pose aussi le problème de la division de la production par le nombre de points d’injection identique aux nombres d’appartements.
 

L'énergie non autoconsommée immédiatement et localement ne peut-elle être renvoyée dans le réseau ?

 
J.D. Steenackers : Si. C'est ce qui se passe actuellement : le réseau sert de stockage.
Toutefois c'est loin d'être la solution optimale pour plusieurs raisons :
  • économique : l'énergie que vous renvoyez dans le réseau est 'achetée' moins chère que celle vendue  par les fournisseurs énergétiques (Electrabel,...) ; 
  • énergétique : pour obtenir la meilleure efficience énergétique, il faut éviter les déperditions inhérentes au transport via le réseau et donc opter pour une autoconsommation locale.     
B. Deroisy : En ville, l’énergie solaire disponible devrait être exploitée en tant que ressource collective prioritairement dédié aux usages les plus en phase avec la production intermittente, tel que le chauffage/refroidissement des bureaux ou des modes de transport électriques. Malheureusement ceci est actuellement en contradiction avec le fonctionnement du marché de l’énergie (réseau électrique centralisé avec grandes unités de production, peu de capacité de stockage, aspects règlementaires contraignants). L’exemple du stockage 'solaire' est révélateur.
 
Le modèle actuel est basé sur le principe suivant :
L’énergie solaire photovoltaïque est injectée dans le réseau lorsque  la production est élevée (donc un prix faible). L’électricité est ensuite reprise du réseau  lorsque la demande est élevée (donc un prix plus élevé). Le différentiel de prix devrait, en principe, couvrir les coûts de la mise en place d'une nouvelle ‘architecture’ du réseau afin que ce dernier puisse accueillir un part importante d’énergie solaire. On comprend donc que dès lors que  les installations privées permettront un stockage d’énergie, elles contourneront ce modèle. A grande échelle cela induirait des coûts du réseau supportés inéquitablement. 
 
"L'intérêt du stockage est d'accroître considérablement la part d'autoconsommation de l'énergie solaire gratuite. Ce n'est évidemment pas celui des fournisseurs d'électricité..." (V.Rolin
 
V. Rolin : En Belgique, la production actuelle d'énergie solaire résidentielle (via PV) montre la répartition suivante : 
  • quantité directement consommée dans maison (= autoconsommation) : 20% 
  • quantité renvoyée dans le réseau (= injection) : 80%
 
Ces chiffres sont suffisamment éloquents pour saisir tout l'intérêt du stockage qui permettrait d'accroître considérablement la part de l'énergie autoconsommée. 
Aujourd’hui déjà, dans certains quartiers résidentiels où sont installés de nombreux PV,  le transformateur électrique sature rapidement. Pour accroître la  production d'électricité PV, deux options sont alors possibles : 
  • augmenter la capacité des équipements électriques du réseau (très coûteux);

ou

  • inciter les citoyens à une plus grande autoconsommation, éventuellement en utilisant des batteries. Cela nécessite la mise en place de compteurs intelligents (éléments importants du smart grid) qui permettront de faire varier le tarif d’achat de l’électricité en fonction de l’offre et de la demande.
 
Une autre action politique favorable au développement harmonieux de la production renouvelable locale serait l’assouplissement des règles des réseaux privés. Ainsi il est aujourd'hui impossible de développer un projet de micro-cogénération (production conjointe de chaleur+électricité) bénéficiant aux occupants d’un immeuble à appartements.... parce que l’électricité produite ne peut être utilisée que dans les communs. Pourtant le développement de la micro-cogénération augmenterait la capacité de production durant la période la plus critique : au coeur de l’hiver.
 
NDLR : En Belgique, la part  des énergies renouvelables (hydraulique, solaire, éolien,...) dans la production électrique totale est de +/- 15%. Le solaire représente +/- 3,5% (soit environ  2,5 TWh) et l'éolien +/- 4,5%  

 

C2C, Surcyclable et économie de la fonctionnalité

L'utilisation des BIPV suppose un nouveau paradigme de la construction. Comment le définir ?  

S. Beckers : pour travailler - principalement en France - sur une vingtaine de projets (bureaux, commerces, hôpitaux, logements) dont nous rédigeons les cahiers des charges, ces derniers insistent sur plusieurs points parmi lesquels : 
 
  • l'utilisation du BIPV;
  • le C2C (Cradle to Cradle)  : l’éco-conception Cradle to Cradle (du berceau au berceau) définit et développe des produits sur-cyclables. 
  • sur-cyclable : en opposition au recyclage conventionnel, le sur-cyclage maintient la qualité des matières premières tout au long des multiples cycles de vie du produit (ex.: acier). Au final, cela signifie que tout peut être considéré comme une ressource (= un nutriment) et que la notion de déchet disparaît : les bons matériaux rentrent dans des cycles à l’infini (= métabolismes), utilisés au bon endroit au bon moment.  
  • l'économie de la fonctionnalité (***) : déjà appliquée en Hollande, cette économie de la fonctionnalité suppose qu'on n'achète plus les éléments BIPV mais qu'on les loue à un fabricant qui en reste propriétaire (d'où l'importance de la sur-cyclabilité).  
  • La notion de matière première étant aujourd'hui devenue à ce point importante (certaines, dont le cuivre, le platine, l'or, le zinc, le tantale etc., sont considérées comme critiques et seront épuisées d'ici quelques années) que le bâtiment - démontable - devient une banque de matériaux.  
Cela suppose également de ne pas reproduire certaines erreurs (notamment celles commises avec le passif) et de ne pas créer: 
  1. sous couvert d'économies d'énergie, la pollution du futur avec de futurs déchets  (isolants, panneaux PV );  
  2. sous couvert d'innovations , les risques d'accident (notamment incendie). 
Schématiquement il s'agit de sortir de la préhistoire de la construction en passant par le développement de la préfabrication hors site et d'atteindre ainsi une qualité de production industrielle comparable à celle des voitures. L'un des avantages de cette technique est évidemment la modularité des éléments qui peuvent alors être facilement montés/remplacés.
 
J.D. Steenackers : Notons également qu'en matière de sécurité, stabilité, sur-cyclabilité, etc.,  les matériaux de construction 'actifs' sont nettement plus performants que les panneaux solaires standard : ils sont les seuls à répondre aux cahiers de charges et aux normes de la construction, à être des matériaux de construction à part entière. (Le PV classique ne répond à rien si ce n’est au cahier des charges photovoltaïque).
 
D. Thomas : Nuançons toutefois ! Certaines parmi les premières installations PV ont été recyclées avec succès. Ainsi à Chevetogne (Namurois)  les 600 panneaux installés en 1982 ont été recyclés en 2009 en réintroduisant les composants dans les différentes filières : cadre (aluminium), cellule silicium (verre ), etc., pour afficher, au final, un bilan de récupération de  97% 
 
V. Rolin : Les principaux problèmes du recyclage des panneaux PV en verre feuilleté ne concernent que ceux contenant du cadmium, soit une très faible proportion de la production. Pour les autres - et à condition d'avoir prévu le recyclage dans le cycle de vie du produit - il n'existe pas de gros problèmes.  
 

Comme les Lego! 

 
S. Beckers  : Cette notion de 'prévoir la recyclabilité' dans le cahier des charges est effectivement essentielle. Le succès des briques Lego l'illustre. Dès les premières fabrications en 1950 il était prévu que les briques soient non toxiques, elles le sont toujours aujourd'hui et peuvent toujours être recyclées.  
 
B. Deroisy : Dans le principe qui associe économie de fonctionnalité et sur-cyclabilité, il convient toutefois de faire attention aux concordances de durée de vie : on ne peut remplacer une façade parce que les matériaux actifs seraient devenus obsolètes. Si la durée de vie d'une façade est prévue pour  50 ans, alors tous les composants doivent répondre de cette même  pérennité. 
 
S. Beckers :  C'est la raison pour laquelle on parle de 'démontabilité' et de 'location' de ces éléments. En effet, les technologies évoluant très vite, si tout est sur-cyclable alors on  récupère la matière et il importe moins qu'on remplace des éléments au terme de 10 ans.
Exemple :  Si demain les cellules PV sont 4 fois plus performantes (et sur-cyclables) que celle installées il y a 10 ans,  on les changera sans créer de déchets et le gain de productivité (performance énergétique multipliée par 4) compensera le coût du remplacement. Dans ce système, un tiers investisseur construit, pose et exploite (= il loue aux occupants) une façade, une toiture voire une centrale photovoltaïque en toiture…et reste propriétaire de la matière première qu’il peut réutiliser. 
 
J.D. Steenackers : Il existe ainsi à Bruxelles une volonté des tiers investisseurs (p.ex.: Energiris) d'investir les surfaces de toitures présentant un potentiel PV intéressant. En effet, ces entreprises ne raisonnent plus seulement selon le ratio de rendement basique combien d' € par watt, mais aussi selon le temps de retour sur investissement d'une façade/toiture composée de matériaux actifs BIPV. 
Pourquoi ? 
Dans le cas d'une façade/toiture solaire, le temps de retour sur investissement ne se calcule pas sur le coût de l'ensemble façade/toiture mais sur le surcoût représenté par les matériaux actifs. On parlera alors de Retour sur Delta Investissement. 
 
Exemple : si vous placez des pierres en façade, celle-ci vous coûtera X €  mais ne rapportera rien. Si vous mettez des matériaux actifs elle coûtera 1,5 X € mais rapportera. 
  
M. Demanet : Le principe du C2C renvoie à la notion de globalité et donc à une analyse multicritère : on ne peut envisager le problème de la construction du futur sur la base d'un seul élément tel que le coût ou la performance. C'est un changement important. Il répond à la prise de conscience de la limite des ressources de notre monde. Il induit qu'on ne peut plus fonctionner selon le modèle linéaire matière première > produit manufacturé > consommation > déchet  mais bien selon celui d'un cycle pérenne.  
 

Matériaux actifs: aussi pour la rénovation

Qu'en est-il des matériaux actifs dans le cadre de rénovations ?   

V. Rolin : Les BIPV fonctionnent aussi pour la rénovation. On peut ainsi remplacer les tuiles classiques d'une toiture par des tuiles photovoltaïques. Il reste que la rénovation demande de s'adapter en permanence à la structure existante  (problème de précision). Le principe est donc plus onéreux que le simple placement de panneaux PV. Deux autres facteurs interviennent dans le surcoût   :
  • la 'Chine' a fait chuter les prix des panneaux PV classiques;
  • les BIPV sont essentiellement produits en Europe (coût de production plus élevé). 

Comparée à une installation classique de PV en toiture, la rénovation par BIPV présente dès lors un surcoût compris entre 50 et 100%.

JD Steenackers: En matière de rénovation (de maisons), si l'intégration s'avère trop complexe/onéreuse, nous proposons l'alternative de l'extension/annexe neuve avec une forte esthétique solaire dont les toitures et façades  - équipées de BIPV - seront dimensionnées au prorata des besoins de l'habitat.  A noter que dans le cas de rénovation d'immeubles d'appartements disposant de grandes toitures plates (c'est la majorité des cas) le BIPV ne se justifie pas toujours et peut céder le pas aux panneaux PV classiques. 
 
B. Deroisy : Pour avoir étudié le problème sur certaines zones à Bruxelles (notamment le Projet Urbain Loi = PUL), la solution optimale consisterait d’abord à veiller à un aménagement urbain qui garantisse un ensoleillement correct des immeubles. Ensuite il conviendrait de placer, non seulement des PV en toitures, mais aussi des vitrages BIPV et/ou des matériaux BIPV dans les parties opaques des façades et sur les protections solaires.  
 
JD. Steenackers : Une autre option est celle de la 'double peau' (= réemballer les grands immeubles de logements par l'extérieur au moyen d'une double peau BIPV). Plusieurs projets, dont celui de la rénovation de la Tour de l'Héliport - Bruxelles (Arch.: r²d²), s'inscrivent dans ce schéma. 
 
M. Demanet : Toutes ces réalisations vont dans le bon sens mais demeurent à une échelle trop petite. On raisonne toujours à l'unité. Or, ce que réclame les 'smart grid' (****)  c'est la mise en réseau de toutes les unités de façades/toitures actives. Cette mise en réseau est en effet le complément indispensable si l'on veut lisser les pointes de consommation et en conséquence réduire les besoins de production et de  stockage. 
 
S. Beckers : Derrière la notion de réseau et de gestion très précise des distributions/utilisations/répartitions selon les besoins d'une maison, d'un immeuble, d'un quartier, d'une ville ...., on perçoit tout l'intérêt de la mixité des quartiers dans lesquels les consommations énergétiques des différentes  unités (maisons, immeubles, commerces,...) ne sont pas simultanées et les économies d’échelles réalisables. 
 
B. Deroisy : Cela renvoie au principe de la mutualisation des équipements (au niveau d'un quartier) qui veut qu'on place les équipements PV là où ils sont les plus efficaces.
 

Mettre l'Energie dans l'hydrogène!

"Stocker l'énergie dans l'hydrogène est parfaitement réalisable mais ne peut être appliqué qu' à travers des installations centralisées d'électrolyse, à l'instar de ce qui se passe pour la géothermie". (D.Thomas)
 
D.Thomas : On peut alors imaginer des stations de stockage placées sur les points de distribution. Il convient en effet de ne pas négliger la question du coût collectif/sociétal . A cet égard, le  BIPV n'est qu'une partie de la solution. Le potentiel de tout ce qui ne relève pas de ce principe et dont les coûts sont sensiblement moindres (p.ex.: des panneaux PV placés sur des toitures industrielles) demeure important. Gardons en effet en mémoire que l'objectif majeur de la 3ème révolution industrielle est d'accroître la part du renouvelable dans la production énergétique globale. 
Dans ces conditions - à l'horizon 2030-2050 - la plupart des études prévoient que l'essentiel du renouvelable (30% > 50% de l'énergie totale) sera solaire et éolien. Cette prévision s'accompagne d'une question : quelles seront les solutions de stockage de cette énergie fluctuant au gré du climat/météo ? Plusieurs technologies sont possibles : 
  • les batteries ;
  • l'hydroélectrique ; 
  • l'hydrogène;
  • le volant d'inertie; 
  • l'air comprimé;
  • etc. 
Chaque technologie a sa place... et son coût.  Sans entrer dans les détails techniques la solution 'hydrogène' que nous proposons repose sur 4 considérations principales:
  • La technologie du stockage électrique sous forme d’hydrogène consiste à transformer l'électricité en hydrogène (par électrolyse de l’eau), stocker l’hydrogène et le reconvertir plus tard en électricité (avec une pile à combustible). Le rendement est certes inférieur à celui d'une batterie mais, contrairement à cette dernière, l'hydrogène permet de conserver/stocker l'énergie durant des semaines voire des mois; 
  • L’hydrogène peut aussi être utilisé dans le secteur de la mobilité. Ainsi les grands constructeurs automobiles tels Toyota et Hyundai se sont lancés dans des modèles commerciaux électriques qui utilisent de l’hydrogène (via une pile à combustible) pour produire l’électricité de bord.  Par ailleurs, la plupart des constructeurs automobiles européens préparent des  voitures à hydrogène dont la commercialisation débutera entre 2017 et 2020. 
  •  La technologie hydrogène est aujourd'hui mature et opérationnelle (industrie, domaine spatiale, véhicules, etc., ...) mais ne connaît pas encore de développement à grande échelle pour se heurter notamment à des obstacles légaux:cadre règlementaire, transport, etc. La logique de la maison n'est pas celle de la voiture !
  • Ramenée à une utilisation 'construction', la solution hydrogène ne pourra vraisemblablement pas être appliquée dans chaque unité résidentielle mais bien à travers des installations centralisées d'électrolyse (= mutualisation/tiers investisseurs et gestion par experts), à l'instar de ce qui se passe pour la géothermie. A noter que des solutions 'hydrogène' existent déjà au Japon et dans d'autres pays. A Dunkerque, le projet de démonstration GRHYD (*****) , vise à démontrer dans un nouveau quartier résidentiel, qu’il est possible d’injecter  jusqu’à  20 % d'hydrogène dans le réseau de gaz naturel. Tous les équipements (p.ex.: chaudières) ont - évidemment - été dimensionnés à cet effet ! Si l’hydrogène est produit à partir d’énergie renouvelable, c’est donc de l’hydrogène vert qui sera consommé par ces ménages, tout bénéfice pour la planète.  

Inversion des valeurs... fiscales!

"Inverser la fiscalité immobilière en fonction du coût sociétal constituerait un très sérieux incitant pour aller vers un mieux énergétique et une rénovation du parc existant" (M. Demanet)
 
M. Demanet : Cela suppose de regarder les perspectives sociétales - au niveau mondial - avant de considérer les solutions technologiques. En effet, si l'on ne peut imposer aux pays émergents de réduire leurs consommations énergétiques aux motifs qu'ils produisent trop de CO2, il est par contre essentiel d'associer ces mêmes pays au développement des technologies du renouvelable.
Raisonnons en termes de  solutions globales intégrées. Certaines villes l'ont très bien compris et reviennent à la notion de Baumeister (maître architecte) pour assurer un développement urbanistique cohérent (relevant d'une vision globale) et multicritère (mobilité, énergie, social, sociétal, esthétique,....) d'une cité.
Si la construction d'une maison, d'une ville,... engendre des conséquences sociétales désastreuses pour les générations futures (pollution, surconsommation de matières premières et d'énergie,..), alors le prix payé pour cette maison/ville n'est pas son coût réel ! 
 
Cette dimension relève d'une conscientisation politique et doit passer par une forme d'inversion des valeurs, notamment fiscales. 
 
Exemple : Si l'on s'en tient à la logique du prix, il est alors normal qu'une belle et grande maison présente un revenu cadastral élevé. Peu importe que son impact sociétal soit ou non désastreux. Toutefois si cette même habitation a été réfléchie selon une appréciation multicritère (= choix judicieux des énergies, des  matériaux, des techniques, de la conception/implantation dans l'environnement, de sa réaffectation possible à terme, etc.), alors  son impact sociétal sera positif. Pourquoi dans ces conditions ne pas inverser la fiscalité : dans ce cas définir un revenu cadastral inversement proportionnel au coût sociétal de la construction. Cette inversion constituerait un très sérieux incitant pour aller vers un mieux énergétique et une rénovation du parc existant. 
Une telle décision appartient aux autorités, auxquelles on rappellera toutefois qu'elles ont bien  introduit la taxe CO2 sur les voitures ( > favoriser le renouvellement des flottes au profit de voitures moins polluantes ) et imposé aux constructeurs de produire des véhicules qui devront désormais être recyclables à  97%  ! Appliquée aux habitations, une telle fiscalité entrerait dans un schéma win win pour deux raisons : 
  • amélioration sociétale progressive ;
  • contribution au coût réel (= coût sociétal).  

Pourquoi n'existe-t-il pas de décisions politiques à ce niveau ?

S. Beckers : Parce qu'il faut s'inscrire dans le long terme. Aujourd'hui, les grands groupes énergétiques réfléchissent à demain via notamment des événements tels que  le 'Concours EDF de prospective bas-carbone 2050'  (inscrit dans le contexte de l’engagement européen de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 80 à 95% en 2050 par rapport à leur niveau de 1990). On s'aperçoit alors que les possibilités technologiques à 30 ans sont énormes. 
  • Question (et problème) : quel politicien réfléchit à 30 ans pour des résultats qui ne sont pas immédiatement visibles? 
  • Réponse : quasi aucun!
  • Solution : rendre immédiatement visibles les premières étapes d’une feuille de route d’implémentation vers des solutions à impact positif  sur le long terme. 
Cela posé il existe des avancées, notamment en matière d'agriculture urbaine dont le potentiel de production est énorme . 
 
Exemple : En 2020, à  Paris, il est prévu que 50% de tous les produits frais - fruits, légumes, poissons,..consommés par les 'administrations parisiennes' (mairies, hôpitaux, écoles...) soient produits en ville (fermes urbaines). Même si les délais semblent très courts, la réflexion est intéressante et les projets sont lancés. 
 

COP21: pour que maintenant ne soit pas trop tard?

"Les voitures sont immobiles 95% de leur durée de vie. Durant ce temps elles pourraient donc produire de l'énergie pour autre chose que pour elles-mêmes. Selon ce principe, si toutes les voitures produites en une année dans le monde (+/- 100 millions unités) fonctionnaient à l'hydrogène et étaient connectées au réseau ... nous n'aurions plus besoin de centrales nucléaires".
(S. Beckers
 
M. Demanet : Il existe un autre facteur de changement très motivant : la peur. Aujourd'hui les fréquences et importances des catastrophes naturelles (partie visible de l'iceberg) inquiètent les populations. 
 
Exemple : il n'a pas fallu 30 ans pour que Pékin soit l'une des villes les plus polluées du monde et oblige les autorités à agir. Le rythme de la conscientisation s'accélérant il ne faudra plus le temps d'une génération pour que des décisions environnementales et comportementales majeures soient prises. 
 
D. Thomas : Un autre élément susceptible d'accentuer ce mouvement est celui de la reconnaissance sociétale (= faire savoir qu'on agit positivement sur l'environnement et être reconnu comme tel) des particuliers et des entreprises, parmi lesquelles les fournisseurs d'énergie occupés à revoir leur stratégie. Lors de la récente présentation du World Energy Outlook de l’Agence Internationale de L’Energie, il a notamment été signalé que si aucune décision majeure n'intervenait à la suite de la COP 21 (Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris - Décembre 2015), le scénario d'un réchauffement planétaire limité à 2°C au cours de ce siècle ne pourrait être maintenu. En d'autres mots il faudra alors se résoudre aux scénarios du pire et à un réchauffement de 4 voire 6° C aux conséquences catastrophiques. 
 
JD Steenackers: Sous l'influence des avancées technologiques nous voyons apparaître aujourd'hui des incitations au changement dans tous les secteurs. Toutefois, comme pour tout changement,  ceux nécessaires à la mise en oeuvre des préceptes de la 3ème révolution industrielle sont assortis de bouleversements sociaux, sociétaux, financiers,.. face auxquels des inquiétudes sont légitimes, même si ces bouleversements sont aussi des opportunités !
Ainsi, au-delà de cette inquiétude, existe des attitudes  positives auxquelles nous croyons, telles celles consistant à afficher des options crédibles. C'est le cas des maisons Zéro Energie recourant à des matériaux solaires actifs, des voitures électriques, etc. 
********
(*) Selon l'ouvrage éponyme de Jeremy Rifkin
(**) =  Parmi les bâtiments utilisant cette technologie et offrant une esthétique particulière on citera :  
La Tour des Finances de Liège (Arch.: Jaspers-Eyers), les matériaux actifs sont les allèges. 
Le bâtiment IBGE (Tour & Taxis, Bruxelles ), les matériaux actifs sont intégrés dans la toiture noire. 
L'immeuble Treurenberg - Bruxelles (Arch.: ASSAR ) : les éléments actifs sont dans le parement. 
(***) L’économie de fonctionnalité consiste à remplacer la notion de vente du bien par celle de la vente de l’usage du bien, ce qui entraîne le découplage de la valeur ajoutée et de la consommation d’énergie et de matières premières. 
Exemple  : en passant d’un modèle de vente de pneumatiques aux transporteurs routiers professionnels à un modèle de mise à disposition de pneumatiques facturés aux kilomètres parcourus par les camions, Michelin a multiplié par 2,5 la durée de vie des pneus tout en augmentant son chiffre d’affaires et ses bénéfices. Si cette approche est incontestablement vertueuse, elle présente néanmoins quelques limites : 
- Elle se focalise essentiellement sur les enjeux environnementaux sans intégrer de manière claire les enjeux sociaux/sociétaux;
- La décroissance des facteurs matériels - éminemment souhaitable - n'est pas compensée par une alternative en termes de contenu de croissance revisité.
De ce fait, un modèle plus ambitieux, qualifié d'économie de la fonctionnalité et de la coopération, doit émerger. 
(****) Le smart grid est une des dénominations d'un réseau de distribution d'électricité « intelligent » qui utilise des technologies informatiques de manière à optimiser la production, la distribution, la consommation et qui a pour objectif d’optimiser l’ensemble des mailles du réseau d'électricité qui va de tous les producteurs à tous les consommateurs afin d’améliorer l'efficacité énergétique de l'ensemble.
 

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