Crédit hypothécaire et fonds propres : un mariage forcé

Crédit hypothécaire et fonds propres

Écrit par Stephan Debusschere le 6 août 2017

Un mariage forcé

Durant le premier semestre 2017, les volumes de crédits concernant les acquisitions de biens immobiliers se sont avérés importants. Le niveau bas des taux hypothécaires semble ainsi avoir engendré une augmentation des acquisitions immobilières. Mais qu’en est-il pour les candidats à la propriété depuis que l’apport de fonds propres semble devenu indispensable pour réaliser son dossier de crédit ? Logic Immo a souhaité connaître l’avis de deux professionnels de l’immobilier. 

Nadine Rekk, NADIMMO (Etterbeek)

Pourrez-vous encore acheter votre nid « les mains dans les poches », c’est-à-dire sans apport financier personnel ? Telle est la question qu’on est en droit de se poser depuis le 1er avril dernier. Ce que l’on constate premièrement, c’est que les taux d'intérêt hypothécaires ont à nouveau été revus à la baisse, et ils ont même continué à baisser, ce qui a déjà de quoi rassurer nos investisseurs immobiliers ayant la brique dans le ventre ! Hausse, chute... Le risque de voir la machine s’emballer et rechuter ne me semble pour l’instant pas d’actualité. Et quel homme politique risquerait de titiller la fiscalité immobilière s'il ne veut pas se suicider politiquement parlant ? 

Ensuite, le fait de demander un crédit à un banquier en se présentant à lui sans apport personnel, a depuis toujours été sanctionné par une différence de taux. Plus vos mains – ou plutôt votre portefeuille – sont vides, plus votre taux d’emprunt sera élevé. Et il ne faut pas oublier non plus que la quotité du crédit est fixée en fonction de l’expertise du bien prévu à l’achat. Les banques vous prêteront donc jusqu’à 100 % de ce montant expertisé.

Quoi qu’il en soit, je ne peux que vous conseiller d’économiser afin d’avoir en mains un minimum de 16 %, une somme qui couvrira vos frais de notaire ainsi que les droits d’enregistrement.

Vous avez peut-être déjà vécu le cas d’un refus bancaire suite à une demande trop élevée par rapport à la valeur du bien financé. Quelle est l’explication à cela ? Il se fait tout simplement qu’au cas où vous ne rembourseriez pas votre crédit, et que le banquier doive engager les grands moyens et procéder à la revente, les frais d’achat – qui ne font pas partie de la valeur du bien acheté – constitueront une perte sèche pour tout le monde !

Jusqu’au 1er avril dernier, il y avait encore moyen de contracter un prêt personnel à but immobilier pour financer des frais d’acquisition. C’est désormais impossible, comme l’a expliqué Febelfin, la fédération financière : « A partir du 1er avril, un crédit à la consommation (par opposition donc à un crédit hypothécaire classique) conclu en vue de financer des frais liés à l’acquisition d’un bien immeuble sera également considéré comme un crédit hypothécaire, même si juridiquement il n’y a pas de lien avec l’éventuelle inscription hypothécaire prise par ailleurs ». Pour ce type de dossier, « nous ne pouvons plus vraiment proposer de solution », ont-ils ajouté.

Constatant que l'épargne des ménages reste importante, je pense qu’il serait donc bien de songer à devenir partenaire de son banquier pour son prêt immobilier, et donc d’investir une partie de son épargne pour acquérir le bien convoité.

Cela étant dit, rien n’a vraiment changé depuis chez les courtiers, qui sont et restent au service de leurs clients. Ils réalisent aujourd’hui toujours autant de dossiers de crédits, si pas plus, et une solution est presque toujours trouvée pour permettre l’accès à la propriété…

Crédit hypothécaire et fonds propres : un mariage forcé

Denis & François Albertyn, Immobilière d’Argenteuil S.A. (Waterloo)

Les banques n’ont pas attendu la vive recommandation de la Banque nationale de Belgique de maintenir des pratiques prudentes d'octroi de prêts pour le faire. Le resserrement de leurs conditions d’octroi est principalement lié à la lutte contre l’endettement et donc à la capacité de remboursement des candidats, et une demande de crédit sans apport financier personnel a en conséquence de – très – fortes chances d’être refusée.

Sans citer ici de noms d’établissement, nous avons connaissance de certaines pratiques bancaires qui consistent à exiger en apport personnel jusqu’à 35 % du montant du bien immobilier convoité (soit 70 000 euros sur un montant de 200 000 euros par exemple), auxquels il faudra encore ajouter le paiement des droits d’enregistrement (une banque n’a pas vocation à financer des taxes, qui ne seraient pas récupérables), des honoraires de notaire et des frais de dossier (soit près de 29 000 euros supplémentaires dans notre exemple).

Pour un ménage qui ne dispose ni de garanties à faire valoir ni d’une aide financière familiale, et quand bien même ce ménage bénéficierait d’un revenu net mensuel de 5000 euros – ce qui est déjà supérieur à la moyenne –, cela s’avère donc extrêmement difficile pour ce dernier, pour ne pas dire impossible, d’avoir accès à la propriété. En ce sens, les taux hypothécaires ne constituent plus vraiment un critère de choix pour les candidats au crédit.
Cela étant dit, il existe encore des organismes financiers, comme les compagnies d’assurance, qui présentent une certaine flexibilité, et au sein desquels il est encore possible d’obtenir des prêts à 100 %. Mais les taux hypothécaires pratiqués seront bien entendu plus élevés…

Nous conseillons donc aux candidats à la propriété de s’adresser à un professionnel du courtage en crédit, qui sera le plus à même de les conseiller, de trouver une solution adaptée à leurs besoins et de défendre leur dossier auprès des organismes financiers. Malgré que le marché reste porteur, nous constatons qu’en matière d’immobilier, tout est devenu plus difficile, et que tout prend plus de temps sur le plan administratif que par le passé pour tous ceux et celles qui aspirent de manière légitime à avoir accès à la propriété. Mais nous leur disons aussi qu’il ne faut jamais se décourager et que des solutions existent, à commencer – pourquoi pas – par celle de sortir des sentiers battus et de trouver son petit coin de bonheur un peu plus loin que souhaité… 

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