Cuypers & Q

Cuypers & Q : Hyper nature

Écrit par Marie Pok le 19 février 2014

Architecture Essentielle Immo

Il se dégage de certains projets architecturaux une évidence, une lecture spontanée, dont se dégage très vite l’essentiel. Tout semble construit de façon naturelle. Sans stratégie, suivant la logique d’un contexte, d’une histoire. A les voir travailler dans leur atelier, réagir aux situations, expliquer leurs choix, Gert Cuypers et Ilze Quaeyhaegens agissent en ce sens.

Cuypers & Q

La paroisse de la misère

La maison qu’ils occupent, au cœur de ce qu’on avait coutume d’appeler « la paroisse de la misère » à Anvers, raconte à la fois leur histoire et leurs valeurs. Lorsqu’ils décident d’acheter cette petite parcelle occupée par un studio photo, le quartier, pourtant tout proche du centre-ville, est encore une zone délaissée et peu engageante.

Un certain flair

Il fallait avoir un certain flair pour percevoir le potentiel de ce petit bout de terrain, bordant une sorte de parking en plein air plutôt moche et faisant face à la perspective d’une ruelle peu fréquentée. Mais il fallait surtout avoir de la sensibilité pour se sentir touché par les habitants de ce quartier populaire, souvent  des personnes âgées, sortant leurs chaises sur le pas de leur porte pour observer la vie de la rue et bavarder un moment avec les passants.

Lieu de vie

Aujourd’hui, Cuypers & Q vivent et travaillent dans une maison qu’ils ont érigée à cet endroit, rejoints par des voisins entreprenants. Ensemble, ils sont parvenus à transformer ce lieu probablement voué à quelque promotion immobilière en une véritable petite place publique, relativement minérale mais plantée de quelques arbres qui amènent un peu de verdure dans ce quartier très dense.

 

Une auberge de jeunesse signée Vincent Van Duysen borde aujourd’hui la place. Chaque jour, une dizaine de collaborateurs rejoignent le bureau Cuypers & Q.

 

Gert et Ilze vivent, quant à eux, au-dessus de l’atelier, avec leurs deux grandes filles qui profitent avec bonheur de la situation à deux pas du centre névralgique d’Anvers… et de la friterie voisine. Un mode de vie qui en dit long sur les valeurs du couple et du bureau.

Le début de l’histoire de Cuypers & Q

Ilze Quaeyenhaegens et Gert Cuypers se sont rencontrés lorsqu’ils travaillaient tous deux chez Jo Crepain. Après plusieurs expériences professionnelles respectives et une première collaboration franchement réussie, ils s’unissent et s’associent dans un même élan, en 1992. Elle est architecte d’intérieur, il est architecte. Au début, ils enchaînent des projets de constructions et transformations de petites maisons, souvent en intérieur d’îlot. « C’était une typologie particulière, dans des quartiers au tissu urbain très dense, des situations improbables et contraignantes, mais ça collait à notre nature ».

Pionniers de la construction durable

Une seconde phase s’amorce avec deux réalisations à Temse : un bureau et une habitation, cette fois sur un terrain dégagé. L’implantation de la maison sur une pente très raide a conduit Cuypers & Q à concevoir une habitation qui se découvre suivant un chemin inversé : on accède par le garage, posé sur le toit de la bâtisse dans laquelle on pénètre par le haut. « C’était une période passionnante », se souvient Ilze, souriante. « On expérimentait beaucoup, notamment avec le béton, mais aussi avec le néon par exemple. » « Ce projet à Temse a remporté la première édition du Prix de l’Energie, alors sponsorisé par Electrabel », renchérit Gert.  « A cette époque, on commençait à peine à  parler d’énergie et de construction durable. Mais nous avions déjà ce souci, pas de façon radicale mais par le simple fait d’interroger de façon critique ce nous faisions : pour qui, pourquoi, comment ? »

Rester libre

Aujourd’hui encore, le couple respire le naturel. Rien ne doit être forcé. Pas même l’engagement écologique. Pragmatiques, certes, intuitifs, encore davantage, Ilze et Gert privilégient la qualité de vie. « Nous ne perdons pas de temps à compter les points qui permettent d’atteindre des normes imposées. Nous ne sommes pas contre ces normes, un certain cadre est même souhaitable, mais il ne faut pas se laisser paralyser par toutes ces règles. Cela nuit à la qualité architecturale. »

Diversité

Les années 2000 voient le bureau s’agrandir, proportionnellement aux échelles des projets que Cuypers & Q décroche, le système de l’Open Oproep leur ouvrant la voie de bâtiments publics. La nature de ceux-ci varie de plus en plus et offre aujourd’hui un panorama assez large d’interventions de l’architecture dans la vie sociale. De l’aménagement d’une péniche à un centre sportif, une maison de repos ou une école, les réalisations se succèdent à un rythme soutenu.

 

L’habitation reste cependant un de leur terrain de réflexion de prédilection. Dans les années 2000, le bureau a ainsi livré plusieurs petites maisons à AG VESPA, entreprise publique de la ville d’Anvers vouée au développement de projets immobiliers et urbains soucieux de qualité architecturale et favorisant une plus grande mixité sociale. Les parcelles construites viennent combler des espaces particulièrement ingrats dans le tissu urbain et sont vendus casco au prix le plus accessible. Le couple s’en est presque fait une spécialité, tout en signant simultanément d’importants bâtiments publics ou des projets résidentiels privés ambitieux.

Les écoles de Cuypers & Q : Vers un idéal ?

De vierklaver

Dernièrement, Cuypers & Q ont livré trois écoles, trois projets différents, inscrits dans leur contexte respectif. Pour ces bâtiments publics aux budgets limités, la recherche sur les possibilités du préfabriqué a été déterminante et a donné lieu à des inventions qui singularisent chaque projet.

En harmonie avec le quartier

La première école, à Temse, présente une façade dont les modulations la ramènent à l’échelle des gabarits du quartier résidentiel dans lequel elle s’intègre. Le squelette en béton est habillé de panneaux en bois préfabriqués et d’un habillage en paddouk. Les classes sont disposées à l’étage, de part et d’autres d’un large couloir. Certaines sont pourvues d’une terrasse attenante que l’on peut utiliser pour certains cours au grand air. Une salle de sport s’ouvrant vers l’extérieur face à un escalier en gradins se mue en amphithéâtre pour les grandes occasions. Le hall, très spacieux, sert d’espace récréatif couvert.

Ecoles pavillonnaires

't Egeltje

A Mol, la réflexion sur les écoles pavillonnaires s’est développée autour de la mise en avant de la structure modulaire préfabriquée. Celle-ci est simplement remplie de panneaux sandwich, de cloisons en laminé, liège ou tableau blanc, nus et flexibles. La façade est animée de découpes en forme de gouttes dans de grands panneaux de béton préfabriqués. Comme à Temse, les couloirs et le hall d’accueil deviennent des espaces polyvalents.

Un toit pour la cour de récréation

't Vestje

Pour l’école primaire « ‘t Vestje » de Lier, les architectes ont eu recours à une construction traditionnelle en briques. Cependant, on retrouve dans la modulation une même grille distributive, dans un régime très compact. Un important porte-à-faux fournit un toit providentiel à la cour de récréation tandis que des terrasses permettent aux classes de prendre le frais.

 

Qu’il s’agisse de projets publics, favorisés par les Open Oproep du Bouwmeester flamand, ou de réalisations privées de plus petite échelle, la polyvalence du bureau Cuypers & Q repose sur la diversité de l’équipe qui rassemble architectes, architectes d’intérieur, designers et graphistes. L’aménagement intérieur est ainsi généralement assumé dans les moindres détails, partie intégrante d’un projet global. 

 

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