Des propriétaires terriens verts... de rage

Des propriétaires terriens verts... de rage

Écrit par Mikolajczak Charlotte le 16 décembre 2016

Les coefficients de fermage pour les terres de culture wallonnes (soit le calcul du loyer) sont parus au "Moniteur belge" le 6 décembre dernier. Ils ont suscité un tel coup de colère dans le chef des propriétaires ruraux que l’association NTF qui les représente s’est fendue, la semaine dernière, d’une lettre ouverte au Ministre wallon de l’Agriculture, René Collin. Lesquels se sont entre temps rencontrés pour en discuter. De nouvelles négociations sont en cours et NTF "escompte bien être entendue".

Jusqu’à 14 % à la baisse

Dans sa missive au ministre, NTF déplore des erreurs de calcul - dans le Condroz, par exemple, avec une diminution du loyer de 14 %. Lesquelles font tache, étant "lues comme une inqualifiable légèreté de traitement du dossier", assène-t-elle.

Mais c’est sur le fond que le problème est plus marqué : la mise sur pied d’un nouveau mode de calcul a été réalisée au cours de nombreuses réunions de consultation entre le cabinet du ministre René Collin, l’administration, les représentants des fermiers locataires (dont la FWA, Fédération wallonne de l’agriculture) et ceux des propriétaires bailleurs (avec NTF). Des promesses ont été faites, qui n’ont pas été tenues. Alors que les nouveaux fermages étaient censés soutenir le principe de la mise en location de terres - indispensable à l’activité agricole puisque 70 % des terres wallonnes sont louées dans le cadre d’un bail à ferme - ici, c’est tout le contraire qui se profile : certains propriétaires gagneront encore moins qu’avant.

"Les évolutions de fermages dépassent, en de nombreux endroits, la fourchette de variation que vous nous avez annoncée lors de notre dernière réunion, lit-on dans ce courrier. Le ‘- 5 % maximum’ est dépassé dans 7 zones agricoles (anciennes) sur 23 !" Jusqu’à deux fois (-10,14 %), voire quasiment trois fois (-13,89 %). "Croyez-vous vraiment que c’est là la voie pour garantir à l’agriculture wallonne le soutien serein et confiant de plus de 200000 bailleurs propriétaires privés des quelque 500000 hectares mis en location ? Même les propriétaires non concernés par des diminutions cette année mesureront le peu de considération qui leur est réservée dans le futur."

Des propriétaires terriens verts... de rage

Briques en berne

C’est entre autres sur les bâtiments que NTF repère les évolutions les plus "ubuesques". Certains propriétaires verront, en effet, leur loyer baisser de 20 à 35 % alors qu’ils sont déjà "unanimement reconnus comme dérisoires et insuffisants pour faire face au simple entretien". Et d’insister sur un point que l’association avait signalé au cours des discussions sur la préparation de ces nouveaux fermages : "Comment un coefficient ‘bâtiment’ par région agricole peut-il avoir un sens ? Le prix de l’ardoise, de la brique et de la main-d’œuvre peut-il varier du simple au double dans une même province comme le Luxembourg ?", interroge-t-elle. Le fait qu’il y ait peu de bâtiments encore loués par les agriculteurs -­ la plupart les ont achetés ou les bâtiments ont été revendus à des particuliers non fermiers - ne change rien à la colère des propriétaires.

"Nous pensions, apparemment par erreur, que l’enjeu fondamental du processus en cours était de remédier à la crise du foncier agricole wallon. La clé de cette solution est de garantir aux agriculteurs, particulièrement les jeunes, le soutien de bailleurs sereins, remotivés dans leur engagement dans le marché locatif. […] Or, le premier signe que vous donnez aujourd’hui à l’égard des bailleurs [...] ne peut que les encourager à trouver d’autres voies pour obtenir un revenu décent de leur patrimoine. Et ce, à la lumière des faits, avec notre pleine compréhension."

Et de conclure que ce mode de calcul, puisqu’il tient compte de statistiques des trois années précédentes, pourrait entraîner les propriétaires dans d’autres diminutions successives encore pendant quatre longues années.

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