Participants à la table ronde

Environnement, espaces publics & Immobilier

Écrit par Thierry Laffineur le 3 avril 2019

Table Ronde

Parler d’aménagement du territoire c’est parler de l’espace public. Des boulevards urbains aux places de village, en passant par les nouveaux lotissements (écoquartiers) et les parcs, un espace devient public dès lors qu’il est accessible à tous, gratuitement, à tout moment et dans l’anonymat.

Si les pouvoirs publics ont toujours fait de l’espace public un outil pour améliorer l’environnement urbain cette préoccupation Participants à la table rondes’est accentuée depuis les années 1970 pour répondre aux besoins de villes de plus en plus peuplées et denses. Comment dès lors penser, aménager et valoriser l’espace public, en tant que premier lieu du vivre ensemble et de la citoyenneté au regard des facteurs suivants : 
 
  • La préoccupation environnementale (maillage bleu/vert et jardins urbains) et la santé publique ;
  • L’urbanité de plus en plus mixte (des personnes différentes doivent se côtoyer.) ;
  • Le cadre de travail (nouveau mode de travail/production), le cadre de vie (nouveaux développements résidentiels et écoquartiers) et le cadre commercial (nouveaux modes de consommations) ; 
  • La mobilité (les espaces publics supportent la majorité des déplacements) ;
  • Etc. 
Pour mieux comprendre et analyser ces différents aspects, la présente table ronde réunissait :
 
  • Martine Gossuin – Dir. Urbanisme, Environnement et Projets Mixtes – Citydev.brussels
  • Serge Colin – Architecte /Urbaniste et CEO – SKOPE
  • Ann Voets – Master en histoire de l’art et Architecte Paysagiste – Ann Voets  bvba
  • Christian  Sibilde – Architecte et Administrateur – DDS +
  • Philippe Boland – Directeur projets – Bruxelles Environnement
  • Paul Vermeylen – Architecte /Urbaniste – FUP (For Urban Passion)
  • Thierry Collard – Administrateur délégué – Eiffage Développement 

Un territoire & des usages 

Photos: Ennio Cameriere

Penser l’aménagement urbain - dont le maillage des espaces naturels – suppose d’inscrire la réflexion dans le cadre plus large d’un territoire.
 
Comme le souligne Ph. Boland : « A l’origine, avant d’être un ensemble d’infrastructures et de flux, toute ville s’implante sur un territoire naturel (un écosystème) relevant de différents éléments (hygrométrie, régulation microclimatique, température, etc.). Pour chaque urbanisation il s’agira donc de conserver un réseau d’espaces verts/bleus perméables (assurer une continuité) .
 
Cet enchaînement de sites naturels, porteurs de bienfaits psychologiques et physiologiques agit alors à deux niveaux : 
  • La qualité de vie des habitants ; 
  • La dimension écologique/environnementale de la ville

Est-ce à cette dimension que se rattachent les écoquartiers? 

Th. Collard : La notion d’écoquartier est difficile à appréhender parce qu’elle relève de trois notions pas toujours évidentes à concilier :
  • Performance énergétique ;
  • Accessibilité économique (rencontrer une demande) ; 
  • Cadre de vie qualitatif (valeur environnementale) 
Or, pour que le produit immobilier ‘crée la demande’ il convient d’être proactif. C’est la complexité de tout développement ‘durable’ dans lequel la notion de quartier ne peut se départir de celle de mobilité ou de la place de la nature, etc.
 
Devant la difficulté d’anticiper, il convient donc de revenir à une donnée importante, celle de la valeur d’usage, à savoir trouver un équilibre qui permette à l’occupant d’abriter un projet de vie (s’inscrire dans la durée) en adéquation avec l’environnement. Dans ces conditions le maillage vert/bleu est une garantie de durabilité du construit.  
 
M. Gossuin : La visibilité des espaces verts/bleus participe à l’attractivité du lieu construit (et de son environnement). Les études actuelles de planification urbaine montrent que la notion de paysage est désormais très présente lors des phases de programmation. Elles montrent également que les trames paysagères d’hier restent un socle sur lequel on appuie les nouveaux développements.
Ainsi le quartier durable mixte ‘Tivoli Greencity’ (Laeken) que nous avons initié est la fusion de multiples fonctions (résidentielles, artisanales, fablab, tertiaires, commerciales, communautaires...) dont la trame paysagère fonde l’urbanité. L’espace public est le cœur du projet construit et la trame verte est présente via : les voiries aménagées avec des noues paysagères, les intérieurs d’ilots visuellement ouverts vers l’extérieur, les toitures vertes, les façades végétalisées…. 
La mise en valeur de platanes centenaires, classés, inscrits dans un petit parc, a guidé la mise en place des programmes, permettant la rencontre entre un incubateur (Greenbizz),  le quartier habité et le développement d’aménités urbaines. 

Participants table ronde

Dé-densifier ? 

Cela va-t-il de pair avec le principe d’intensification de la densité ? 

A.Voets : Posons la question autrement : existe-t-il des limites à la densification ? Dès lors que vous voulez mettre le paysage en rapport avec une densification cela suppose de réfléchir à l’évolution dudit paysage. Aura-t-on encore des arbres centenaires, des parcs historiques, des espaces naturels de respiration,..?
La limite de la densification est dans l’horizontalité (un paysage est avant tout horizontal). En effet, même si la verticalité est une solution, les occupants des tours se retrouvent tôt ou tard dans l’horizontalité et c’est cet espace qui requiert une qualité de vie. 
 
Ph. Boland : Parlons alors de dé-densification (‘donner de l’air’). Cela suppose que si vous densifiez le bâti il faut alors également densifier le non bâti qui le supporte ! 

Dans quelle proportion et selon quelle(s) normes(s) ? 

M. Gossuin : Le CBS (Coefficient de Biodiversité par Surface) est un premier indicateur. Ce coefficient désigne le pourcentage d'une surface aménagée (construite/urbanisée) qui sera définitivement consacrée à la nature (surface végétalisée et/ou favorable aux écosystèmes locaux et aux espèces locales (*)). Précisons qu’il n’est pas incompatible de viser à la fois une très haute qualité environnementale et une forte densité. On répond alors au mieux à notre première mission de promoteur public : construire des logements conventionnés acquisitifs! 

Est-ce réaliste et faisable  ?

Ch. Sibilde : A Bruxelles cela se résume à une opposition entre le PRDD (Plan Régional de Développement Durable) et les règlements locaux / communaux et renvoie au quid du traitement de l’espace tampon - entre espace bâti/privé et espace public/commun - sachant que la qualité du second ne peut se concevoir qu’en rapport avec celle du premier ! 
 
Exemple : Vous pouvez aménager le plus beau parc qui soit dans une zone monofonctionnelle sans activité/transparence de ses rez-de-chaussée, il n’y aura pas d’appropriation des espaces communs. L’enjeu est donc de créer une mixité de fonctions aux rez ! A Marseille, la reconstruction du port industriel est soumise à une condition : les rez doivent être activés, c’est-à-dire avoir une autre fonction que celle de logement.  

Salon des inquiétudes et terrain de jeu des geeks ! 

P. Vermeylen :  Si nous considérons les espaces publics comme le ‘salon des citoyens’ ceux-ci doivent désormais intégrer plusieurs facteurs ‘alarmants’ : 
  • La peur : attentats et insécurité ont créé une inquiétude diffuse qui persiste; Paul Vermeylen
  • La confrontation entre les différentes mobilités (piétons, vélos, voitures);
  • La confrontation des comportements des différents individus (bruit, agressivité,..);
  • Etc.
Dans ces conditions, comment intensifier l’usage de l’espace public en l’apaisant (voir encadré) ? Une réponse possible est le tout sécuritaire (caméras de surveillance selon le modèle chinois ou londonien). Toutefois, derrière cette approche se profile une question plus fondamentale : Comment gérer le temps de la ville au regard des usages des espaces publics ? En effet, si Internet a fait disparaître la séparation entre vie privée et vie professionnelle, il a aussi contribué à faire disparaître celle entre ‘jour et nuit’, ce qui pose problème (conflits).
 
Ph. Boland : Cette absence de rupture entre jour et nuit est aussi un effet de l’éclairage public (désormais blanc après avoir été orange). Il affecte le rythme nycthéméral et devrait être reconsidéré ! Aux moments d’activités différentes doivent correspondre des éclairages différents. Il est délétère de vouloir tout uniformiser. Philippe Boland
 
P. Vermeylen : Il existe aussi des lieux plus intenses, des lieux centraux (des nœuds dans la ville) qui vivent jour et nuit et qui demandent une autre réflexion. 
 
Depuis 20 ans on assiste à une réduction (env. 25%) des surfaces habitables des nouveaux logements. Cette réduction est une réponse à la raréfaction du foncier autant qu’à la nécessité de maîtriser les coûts. 
 
Comme le souligne Th. Collard : « Outre que cette réduction demande de réfléchir l’aménagement des logements en termes d’usages (comme pour un bateau !), une moindre surface habitable va généralement de pair avec une intensification de la vie ‘extérieure’ et donc une occupation accrue des espaces publics ou communs. En tant que promoteur, intégrer cette réflexion c’est comprendre que les habitants recherchent à la fois du confort ET une ouverture sur l’autre. 
 
En conséquence nous développons des applications (offre de baby sitting, de cours particuliers, etc.) qui sont une réinvention ‘numérisée’ du banc dans la rue ou de la valve universitaire. L’espace public ou partagé combine désormais la dimension physique et numérique. C’est ainsi que les ‘geeks’ partis à la chasse aux Pokémons se sont ‘réappropriés’ l’espace public !  
Parallèlement la mobilité (sujet prioritaire de la plupart des citadins) se retrouve de plus en plus dans la notion de ‘distance marchée’ (walking distance). Cela suppose des aménagements (ex. : des espaces de respiration) mettant en évidence la notion d’agrément. Dans ces conditions la ‘distance marchée’ peut être augmentée. Elle devient davantage une distance temporelle : combien de temps pour accéder à un service ! »

Intensifier, apaiser et … potagers ! Christian Sibilde

Ch. Sibilde : La transformation (amélioration) du rapport entre espace privé et espace public relève d’une question : Comment vit-on ensemble dans un modèle dense ? A cet égard, le problème des tours (densité verticale) est moins leur hauteur que leur socle (lieu charnière entre espaces publics et privés). C’est la qualité (de liaisonnement) de ce socle qui fera que les populations s’approprieront (et respecteront) un espace public dès lors socialement géré. 
 
M. Gossuin : Les cités jardins – qui créent une vie de quartier dans un espace d’abord collectif - sont un autre (bon) exemple du comment intensifier l’usage en l’apaisant ! Aujourd’hui, les processus participatifs et les occupations temporaires sont aussi des catalyseurs d’usages intenses, mais apaisés, d’espaces publics parce que cocréés et partagés par une communauté.
 
P. Vermeylen : A la notion de ‘Real Estech’ (technologies appliquées à l’immobilier ) doit s’ajouter celle de ‘Emotional Real Estate’.  Lorsqu’on parle d’apaiser la ville on est davantage dans l’émotif que dans la recherche de fonctionnalités. Ajoutons que les réseaux sociaux ont changé la donne : alors que jadis on se retrouvait ‘spontanément’  sur le banc du village, aujourd’hui on ‘like’ d’abord avant de se rendre sur le banc. Ce détour fait que la question des émotions devient centrale dans le concept de ville aimable. 
 
Th. Collard : Autre exemple, les potagers collectifs sont souvent saccagés par les ‘jeunes’, jusqu’à ce que ceux-ci réalisent qu’il s’agissait d’une démarche collective impliquant généralement leurs parents !  Dès lors que l’appropriation individuelle respecte l’espace public la réussite collective est en bonne voie. Thierry Collard

20% de ‘co-…..’ 

Les tendances au ‘co’ (cohabitation et coworking pèsent désormais quelques 20% des demandes résidentielles et tertiaires) montrent précisément une forme d’appropriation individuelle d’espaces collectifs.
 
Ch. Sibilde : En Scandinavie, la notion très développée d’habitat collectif – voit nombre de séniors se regrouper pour collectiviser certaines fonctions (cuisine, voiture,… ) 
 
S. Colin : Ces 20% de ‘co’ souhaitent une autre manière de vivre ( ce n’est pas l’Agora mais on s’en approche) dans laquelle ils maîtrisent leur lieu de vie tout en s’ouvrant aux possibles venus de l’extérieur MAIS en ayant choisi le modèle et accessoirement les voisins. Dans l’espace public le modus vivendi est beaucoup plus complexe : tout un chacun est légitime dans sa démarche d’appropriation de cet espace.   Or, il existe une part de la population qui veut du ‘communautaire restreint’ dans certains endroits communs afin de maîtriser le périmètre de l’espace public adjacent à leur lieu de vie.  C’est fondamentalement impossible (l’espace public doit rester accessible à tout le monde)  mais la question demeure ! 
 
P. Vermeylen : Dans certains pays, majoritairement protestants, (Hollande, Scandinavie, etc.) existe des modes temporaires d’appropriation des espaces publics (surtout des espaces interstitiels et des parkings) transformés en potagers ou autres activités avec mise à disposition d’outils communs.  

Est-ce transposable chez nous ? 

Ph. Boland : On voit se dessiner des dynamiques - notamment en région bruxelloise - quant à la meilleure façon d’aborder les espaces verts et/ou ouverts.   Il s’agit de parcs évolutifs. Leur aménagement ‘a minima’ est suivi d’une appropriation par la population. Ce sont les usages et animations développés dans cet espace (par les riverains) qui définissent l’aménagement final ad hoc .Si l’avantage est évident (appropriation collective = respect), il existe toutefois un risque que cette appropriation ne soit le fait que d’une minorité. Un accompagnement du processus est dès lors nécessaire. 
 
M. Gossuin : Cela renvoie au problème des exclusions et souligne un paradoxe : dès lors que des aménagements collectifs qualitatifs ont lieu, on assiste à un phénomène de gentrification peu compatible avec l’idée de mixité sociale et socio-économique. Il y a donc un ‘devoir’ des pouvoirs publics à veiller à ce que des mécanismes permettent de contrer ce ‘refoulement’ et à s’assurer qu’existe toujours une offre diversifiée de logements abordables. Ce qui est l’objet des projets mixtes et complexes que nous développons. 
 
S. Colin : L’appropriation doit donc se faire en suivant l’évolution des populations. En d’autres mots, n’imposons pas de programmes hyper déterminés mais considérons les demandes/aspirations des populations (un banc, un marché, un potager collectif, un parc/jardin urbain, etc.) et soyons prêts à changer d’usages au regard des évolutions sociologiques.

Quid alors de l’évolution du programme de réaménagement que vous avez mené sur la place Flagey ? Serge Colin

S. Colin : L’évolution existe mais n’a pas été aussi radicale que d’aucuns le craignaient. Les quartiers environnants n’ont pas été ‘bouleversés’, on y retrouve une même diversité de population et les mêmes conflits d’usage de l’espace public. Par contre la place a connu une forte intensification de ses activités.  

Pas de dégradations ? 

Si, mais c’est inhérent à certaines villes. Un même aménagement à Oslo, Marseille ou Bruxelles sera respecté différemment :
  • Nord de l’Europe : Cela a été payé avec mes impôts, donc je le respecte ; 
  • Sud de l’Europe : Cela a été payé avec mes impôts donc je fais ce que je veux ! 
Ch. Sibilde : Autres nuances : à Bruxelles les plus beaux espaces verts publics sont… privés (intérieur d’îlots) ;
  • Il faut une volonté politique très forte pour faire naître un nouveau quartier ; 
  • Les aménagements des espaces publics sont trop tributaires des problèmes de mobilité (ex. : Flagey est un rond-point et impose de traverser une voirie (circulation) avant d’atteindre l’espace public ! 
S. Colin  : Parce qu’on est toujours dans le principe d’adapter l’espace public à ses parois (= bâti qui entoure l’espace public) alors qu’il conviendrait de faire l’inverse : aménager le vide de l’espace public pour que vienne s’y greffer les fonctions (parois). C’est le vide qui est le support du paysage urbain ET de la valeur des bâtis (parois) qui viendront l’entourer.  Ajoutons qu’au regard de l’implantation et du développement d’espaces verts, les prix de l’immobilier sont davantage en relation avec la vue sur un parc ou des étangs, etc. qu’avec l’utilisation de ces espaces. 
 
Ph.: Boland : Cela suppose de ne pas opposer les vides et les pleins. Tout promoteur sait que la mise en valeur de l’espace entourant son projet augmentera celle de ce dernier !  

Tout paysage est un champ de forces 

Ann Voets

Faute d’une prise de conscience de la valeur fondamentale des composants de l’environnement naturel , le risque d’une dégradation d’un urbanisme soucieux du paysage est réel. 
 
C’est une des craintes mise en avant par Ann Voets : « Cette dégradation – que nous pouvons d’ores et déjà déplorer – se retrouve à différents niveaux : 
  • La régression des essences majestueuses (platanes, chênes, tilleuls, ormes) remplacés par du poirier ornemental, de l’aulne, des magnolias ou du houx, essences qui ne peuvent cependant pas jouer le même rôle représentatif. 
  • Des arbres en trop grand nombre ou en des endroits mal choisis. La quantité ne peut jamais servir à camoufler la perte de qualité.
  • Une tendance à fragmenter des avenues et boulevards et à les partitionner sans tenir compte des échelles, selon le principe « chacun son tronçon ». Or, la lisibilité de ces espaces métropolitains est précisément garantie par la clarté et la simplicité de leur structure. 
Il importe de garder à l’esprit que tout paysage est un champ de forces énorme et positif. Sous toutes ses formes et à tous les niveaux de l'aménagement du territoire. Des avenues plantées comme liaisons vertes (promenades / axes) entre la ville de Bruxelles et ses environs (Leopold II) aux parcs de grande envergure, jadis situés ‘dans la campagne' , en passant par les promenades  à travers des îlots bâtis (échelle du quartier), dès lors que le paysage est reconnu comme structure robuste, comme colonne vertébrale et est utilisé comme tel, il profite à tous et à tout : homme, faune et flore. 
 
L'archétype de l'homme à l’abri dans et grâce au paysage ( tel l’homme assis sous un arbre et protégé par celui-ci) est un élément majeur dans la recherche de sociabilité (voir Le Corbusier) et d'appropriation de l’espace.  C’est à ce niveau que le paysage est urbanisme, comme peuvent l’être les interventions des sociologues, des architectes, des économistes, des écologistes, etc. 
 
Aujourd’hui, alors que de grands projets vont être développés (PRDD) dans la Région, il importe qu’existe une structure paysagère sur lesquels les implanter. En d’autres mots il faut redéfinir des axes, des lieux, des connectivités, des proximités. Cette pré-programmation est essentielle si l’on veut que les projets ‘tombent’ naturellement dans le paysage !  
 
Le maillage vert/bleu est déjà une première structure. Toutefois, il convient de voir plus grand et de changer d’échelle afin que la ville existante soit reliée aux nouveaux projets » Martine Gossuin
 
M. Gossuin : Le Plan de Qualité Paysagère et Urbanistique (beeldkwaliteitsplan ou BKP) est une première réponse même si limitée à l’espace public du territoire du canal (**). Cela n’est pas sans poser question aux entreprises qui constituent les principales affectations de ces territoires. 
 
A. Voets : Allons plus loin. De même qu’existe un BMA (Bouwmeester Maître Architecte) il conviendrait qu’existe un LMP (Landschapsmeester Maître Paysagiste) dont l’approche serait différente parce qu’à une échelle supérieure.
 
S. Colin : Dans ce schéma le BMA doit veiller à la qualité architecturale alors que le LMP devrait veiller à la qualité d’un plan global (notion de grand paysage dépassant celle du PRDD) dans laquelle on redéfinira des axes et des priorités. 
 
P. Vermeylen : Dans plusieurs métropoles on voit aujourd’hui se réactiver le principe d’une liaison ville/campagne selon une ‘biodiversité’(trames vertes qui dépasse les frontières administratives). Nos chaussées d’antan avaient cette fonction ! Faute de procéder de la sorte on enferme la ville et on perpétue le modèle d’une mauvaise ‘métropolisation’ : celle qui exclut les périphéries (banlieues) devenues du préurbain (ce qui précède l’urbain).

Fermes urbaines ou Disneyland de campagne ? Ann Voets & Chr. Sibilde

Quid des fermes urbaines? 

Ph. Boland : Outre leur rôle alimentaire productif et pédagogique, elles rapportent du paysage naturel dans la cité.  Avoir des fermes de pleine terre (il existe des espaces où les développer) contribue au paysage. Alors que – avec tout le respect qui leur est dû - les fermes ‘hors sols’ participent moins au paysage et sont davantage de l’agriculture high tech en vase clos (ce qui n’enlève rien à leur utilité). 
 
S. Colin : Abandonnons l’idée de mettre de la campagne dans la ville : il existe une différence fondamentale comparable au cycle jour/nuit. Il faut en effet organiser des espaces où le végétal a une place prépondérante, prévoir des activités de maraichage, des potagers, des parcs à l’activité extensive (grandes promenades,) et d’autres pour les activités intensives (sport,..), mais en considérant l’urbanité et non pas en voulant recopier la campagne. Celle-ci se développe à sa manière, selon ses critères, à l’extérieur des villes. 
 
Ch. Sibilde : Moins impressionnantes que les fermes urbaines, les différentes expériences d’implantation de potagers urbains montrent un phénomène de re-sociabilisation (les gens se redécouvrent !). On dépasse le simple niveau du ‘vert en ville’ pour faire œuvre pédagogique (comment pousse un légume) et nutritionnelle (produire des aliments)
 
P. Vermeylen : En 2025 Barcelone devrait atteindre son objectif 50% (= 50% de la nourriture consommée dans la ville seront produits dans un rayon de 50 km) dont l’idée est de renouer avec le monde agricole ET de réduire le transport/logistique. 
 
Th.Collard : Les méga(lo)poles ont changé la notion de ville. Elles sont des agglomérats de cités et nécessitent des endroits de respiration. La ville, acte humain et artificiel, doit laisser des espaces où la nature reprend ses droits. C’est préférable à l’idée de créer des ‘Disneyland de Campagne’ dans les villes et n’empêche nullement – au contraire - d’avoir des ruches, des nichoirs et des potagers urbains ou d’accepter que certaines populations animales (ex. : renards) deviennent nos commensaux ! 
 
Il est exact (et c’est tant mieux) que les équipes de conception intègrent désormais des anthropologues, des sociologues, etc. Toutefois, ce qui importe c’est la cohérence de la démarche. Or, plus une équipe sera pluridisciplinaire plus le risque existe d’avoir un simple catalogue de bonnes intentions ! 
 
En Belgique l’outil planologique est entre les mains de l’Etat. Dans d’autres pays, dont la France, cet outil relève d’un aménageur privé dont le rôle est de définir une vision de la qualité de vie du quartier à créer. La cohérence est dans la vision. Il est dès lors facile d’établir une feuille de route faisant converger les opérations des autres intervenants. Reconstruire la ville sur la ville c’est aussi cela ! 
Participants à la table ronde
 
 
(*) Dans le cadre d’un urbanisme durable, ce coefficient vient en complément du « coefficient d’occupation des sols »
 
 (**) L’objectif de ce plan est de concrétiser la vision globale du Plan Canal en matière d’espace public et d’améliorer la cohérence entre les projets grâce à un aménagement qualitatif des espaces publics.
 
# 1 _ La ville aimable et apaisée ?
 
Les 8 & 15 juin, FUP (For Urban Passion) organisera un forum au BOZAR sur le thème de la ville aimable :
 
Comment rendre nos villes plus attirantes, plus agréables ? 
 
Parmi les conférences et ateliers qui exploreront les nouvelles voies de l’aménagement urbain selon une émotion positive on retiendra :
 
  • 08/05 - 19.00 : Conférence Hyper Paysage’ par Sébastien Marot, Philosophe et docteur en histoire, Délégué Général de la Société Française des Architectes de 1986 à 2002
  • 15/05 – 09h00 >17h00  : Témoignages :
    • Désirs de ville (Nicolas Gilsoul)
    • Spatial strategies for unusual people (Andreas Kruger)
    • Design sensorial de la ville (Régine Chavert-Pello)
    • Les urbains disent leur bien-être (Raphaël Souchier)
  • Ateliers :
    • Ville apaisée
    • Rue partagée
    • Ville et campagne réconciliées
    • Ville flexible 
    • Kiffez vos territoires. 
 
# 2 _ Sport & environnement 
 
L’ASBL Flora Brussels a récemment organisé le premier forum “Sport & Environnement Bruxelles” . L’objectif était de cerner les grands enjeux qui relient le sport à l’environnement en Région de Bruxelles-Capitale. En effet, ce territoire dispose d’un imposant patrimoine vert pour la pratique du sport en milieu urbain.
Cela implique de la part des gestionnaires de ces espaces un sens aigu des responsabilités et des valeurs : certains thèmes reliant le sport et l’environnement sont en effet récurrents : zéro déchet, zéro pesticide, biodiversité, gestion des abords, good food, choix des matériaux, respect des riverains, bruit,…
Avec ce premier forum “Sport & Environnement Bruxelles”, Flora Brussels s’inscrit dans l’esprit des JEUX OLYMPIQUES de PARIS 2024 qui veulent considérer le sport comme un enjeu sociétal majeur.   

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