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L'immobilier au féminin

Écrit par Thierry Laffineur le 8 novembre 2014

Table ronde de l'Essentielle Immo

Selon une étude récente publiée par la banque Crédit Suisse, les entreprises qui comptent des femmes au sein de leurs instances de direction affichent de meilleures performances économiques (valorisation en Bourse, rendement des fonds propres, dividendes...) que les autres. Selon cette même étude, la part des femmes dans les équipes dirigeantes des entreprises n'est toujours que de +/- 13% !

Cette réalité suppose un questionnement quant à savoir :
immobilier au feminin essentielle immo table rondeComment les femmes aident-elles à améliorer la performance des entreprises (approche et sensibilité différentes) ?

 

Comment vivent-elles leur métier au regard de leur vie privée ? 

 

Quelle perception ont-elles de l'immobilier et selon quelle vision souhaitent-elles agir ?

 

 

Pour y répondre, la présente Table Ronde réunissait :

  • Sophie Lambrighs - CEO - Home Invest Belgium
  • Suzanne Belgeonne - Adm. Dél. -  Immobilière Le Lion
  • France Maussion - Avocate - STIBBE - Professeur de l'ULB
  • Anne Tilleux - Avocate - NautaDutilh
  • Anne de San - Historienne -  travaillant pour la protection du patrimoine monumental.
  • Michèle Verhelst - Architecte  - MV Architecte
  • Aurore de Montjoye - Associate Director - BNP Paribas Fortis

 

La personnalité avant le genre

Au regard de l'actuelle et nécessaire 'féminisation' des entreprises, il s'agit de poser un préalable afin d'éviter les images préconçues de ce qui est féminin et masculin. En effet, s'il existe des à priori attribuant préférentiellement certaines fonctions aux femmes et d'autres aux hommes, l'essentiel réside d'abord dans la personnalité de l'individu au-delà des considérations de genre et de sexe. Cela posé les approches des uns et des autres diffèrent, ainsi, "par leur sensibilité les femmes afficheront un comportement davantage altruiste mettant en valeur les débats et les personnes" (A. Tilleux).


Par ailleurs, si nous replaçons cette réflexion dans le cadre des professions ayant trait à l'immobilier, l'accroissement du nombre de femmes actives dans ce segment économique - et notamment dans ses sphères décisionnelles - doit être vu comme une 'plus-value'. Elle permet d'autres angles d'analyse enrichissants :  outre une plus grande précision, voire un souci marqué du détail dans le traitement des problèmes, les femmes font généralement preuve d'une plus grande empathie. "Cela renvoie à une autre considération : les entreprises menées exclusivement par des hommes ou exclusivement par des femmes ne performent pas mieux que les autres ! Par contre la mixité offre un intérêt par la diversité des approches."
 (A. de Montjoye)


Paradoxes et inégalités face à l'indépendance

Toutefois cette mixité n'échappe pas à certaines contradictions. Ainsi si elle est reconnue et appréciée au niveau décisionnel, elle ne l'est toujours pas au niveau opérationnel et le préjugé d'incompétence - par exemple d'une architecte travaillant sur chantier  - demeure.


A l'inverse, la même architecte travaillant à la réalisation de petits projets résidentiels est généralement appréciée par le MO. "Ce phénomène s'explique par le fait que la construction d'un projet résidentiel  est une réminiscence de la structure familiale. Elle replace la femme dans son rôle prépondérant." (M. Verhelst)


La contradiction se situe également au niveau économique. En effet, si l'on peut comprendre que creuser des tranchées ou porter des briques requièrent une certaine force (propre aux hommes), par contre peindre ou placer une installation électrique ne nécessitent pas cette aptitude physique alors que ces activités restent quasi hermétiques aux femmes. "Situation paradoxale dans une conjoncture économique où tout le monde cherche un emploi... et où tous les emplois sont loin de trouver preneur." (S. Lambrighs)

On en retiendra trois enseignements :

  • La complexification récente de l'immobilier - entraînant une multiplication du nombre 'd'intervenants-décideurs' dans un processus de construction - est une opportunité de 'féminiser' le secteur;
  • "Si l'immobilier de bureau est très masculin, celui du résidentiel (= famille) reflète un équilibre quasi parfait entre intervenants hommes et femmes et constitue un autre aspect de la féminisation" (S. Belgeonne) .
  • L'enseignement technique - qu'il s'adresse aux femmes ou aux hommes - est insuffisamment  valorisé chez nous alors qu'il l'est dans d'autres pays (ex.: Suisse);
  • Le principe de féminisation des professions de l'immobilier est en marche.  "Il a eu lieu dans d'autres métiers dont ceux de la médecine. A titre d'exemple rappelons aussi qu'au sein d'instances telles que  l’administration de l’urbanisme 50% des architectes sont des femmes" (A. de San).


Télétravail et génération Y

Cette parité en rejoint une autre : au sortir de l'université hommes et femmes diplômés d'architecture sont à parts égales (50/50). Toutefois cet équilibre n'existe plus dès lors qu'on  considère le nombre de femmes architectes indépendantes.

Pourquoi ?
La profession d'architecte est aujourd'hui rendue difficile par un marché de plus en plus concurrentiel. Cela signifie une implication permanente et donc un choix entre vie de famille et carrière. On comprend dès lors que le quota de femmes architectes indépendantes ne dépasse plus les 20% et que la majorité des femmes diplômées trouvent un emploi dans la fonction publique. En effet, même si cela suppose la gestion de chantiers, les horaires sont favorables à une vie de famille. Le problème est donc moins au niveau des compétences que de l'indépendance au regard d'une vie privée. En conséquence, une partie de la solution doit venir des entreprises pour lesquelles il convient d'adopter une attitude ouverte et flexible et ne pas exiger les mêmes disponibilités d'un homme et d'une femme .

 

A l'opposé on retiendra que différents facteurs contribuent à la féminisation de la société. Il en est ainsi du télétravail et de l'arrivée de la génération Y (soucieuse d'une moindre hiérarchie) qui peuvent être vus comme facteurs d'un cercle vertueux : "les progrès technologiques (le télétravail en fait partie) favorisent la diversification qui à son tour favorise le développement technologique. Cette approche est notamment  amplifiée par une génération Y connectée et mobile " (A. Tilleux).

Perception de l'immobilier actuel

Considéré globalement, on assiste dans l'immobilier - comme dans d'autres secteurs - à un changement favorable des mentalités. "Confrontés à de nouvelles exigences techniques et qualitatives, les projets immobiliers sont devenus des points de convergence d'intérêts et de nécessités. En passant par le filtre des  procédures administratives (permis, etc.) - même si celles-ci sont par ailleurs critiquées pour leur lourdeur - ces projets s'améliorent"  (F. Maussion)


Il reste que ce principe ne peut être généralisé. Ainsi, si l'on considère l'important parc des maisons "3 pièces en enfilade", offrant, d'une part, une modularité/ multifonctionnalité (ou flexibilité d’utilisation) appréciable de leurs espaces et, d'autre part, des performances énergétiques non négligeables (du fait de leur mitoyenneté ces habitats n'ont essentiellement besoin que d'une isolation de leur toiture), il conviendrait sans doute de les valoriser en ce qu'elles constituent un facteur de qualité de la ville/vie par leur dimension humaine.  


A un autre niveau, le principe de revalorisation devrait également concerner la profession d'architecte. Si le premier rôle de celui-ci est de concevoir, force est de constater qu'il tend aujourd'hui il à emprunter le chemin facile du copier/coller. L'impression qu'on en retire est celle d'être 'dépassé' par les outils technologiques . Il s'agirait donc de se réapproprier le métier. "On nous demande de la vitesse d'exécution, ne se fait-elle pas au détriment de la réflexion ? La multiplicité des acteurs (banquier, promoteur, expert, avocat, etc....) place l'architecte devant une interrogation: à quoi sert-il ? à dessiner des plans ou à introduire et défendre une demande de permis d'urbanisme ? " (M. Verhelst).


Enfin, s'agissant de la 'qualité environnementale' on relèvera que si toutes les notions de durabilité sont globalement entrées dans les mentalités elles ne le sont pas dans les portefeuilles ! En conséquence, s'agissant par exemple de la construction passive, on constate aujourd'hui que les promoteurs ne s'y aventurent pas (ou peu) pour la simple raison que les investisseurs et occupants ne sont pas prêts à payer un surcoût dont la rentabilité (retour sur investissement) est à (trop) longue échéance et toujours aléatoire (manque de retour d'expérience). "Les concepts de durabilité sont bien là et fonctionnent  mais leur mise en pratique (à grande échelle) se heurte à une logique financière. Aujourd'hui l'intérêt de la planète ne rencontre pas (encore) l'intérêt économique." (A. de Montjoye).

 

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