Déconstruction

L’alternative de la déconstruction

Écrit par de Smet Yvan le 29 avril 2016

Si on démontait les bâtiments plutôt que de les détruire ?

Récupérer ce qui peut servir, le principe semble évident. Mais, face aux impératifs horaires des chantiers et, de facto, à la rapidité de la solution de la démolition, le vieil adage "le temps, c’est de l’argent" a souvent raison de la réutilisation. Ce qui n’empêche pas des sociétés pionnières de se donner pour challenge de promouvoir la récup’ sur chantier.

Au-delà des matériaux glorieux du passé, tels des marbres rares, des briques anciennes ou d’autres prestigieux lambris, depuis longtemps objets de minutieux démontages amplement justifiés par leurs valeurs marchandes, ces "entreprises générales en déconstruction" ouvrent une voie complémentaire au recyclage.

"La moitié des composants d’un bâtiment est déconstructible, explique Thibaut Jacquet, associé et fondateur chez Retrival. Cela dépend de la qualité de la construction. Les châssis et les radiateurs sont en général un minimum. Le défi, c’est d’anticiper la valeur de revente. Mis à part quelques matériaux comme la pierre bleue, les débouchés sont trop incertains." L’entreprise hennuyère aimerait, pour booster le marché, que soit introduite une obligation de déconstruction. "Cela permettrait de développer la filière tout en empêchant le gâchis de matériau", propose Thibaut Jacquet.

Déconstruction

Des prix plus compétitifs

A Bruxelles, la société Rotor Deconstruction n’attend pas l’intervention des pouvoirs publics pour se développer. "Nous ne démontons que 1 à 5 % du bâtiment mais nous arrivons à proposer un prix plus bas que celui des démolisseurs. Sur chaque chantier, il y a au moins un élément intéressant qui va rentabiliser l’opération. Par exemple, les poignées de porte de l’étage de direction ou les vannes des radiateurs des toilettes. Les matériaux ne sont pas forcément anciens. Au contraire, les bureaux ont un taux de rotation élevé", explique Maarten Gielen, le responsable de la société.

Car c’est bien là l’ingrédient miracle qui fait recette pour Rotor Deconstruction : l’immeuble de bureau ! Parce que les opérateurs professionnels deviennent des clients réguliers. Mais aussi en raison du fait que les matériaux sont relativement jeunes, étant donné que l’aménagement des locaux est généralement rénouvelé après trois ou cinq ans. Dernier atout, la taille des bâtiments, importante. "Le contenu récupéré sur un chantier doit au moins remplir un camion, souligne Maarten Gielen, c’est une question de rentabilité."

A noter, enfin, que le démontage des matériaux et leurs réutilisations doivent s’anticiper au maximum. Le premier nécessite un inventaire du bâtiment quand les secondes demandent un minimum d’anticipation. "On envoie beaucoup de portes en bois plein à la destruction, c’est du gâchis car ce niveau de qualité coûte cher aujourd’hui. Mais, pour les réutiliser, il faut adapter la taille des baies du futur immeuble dès le dessin des plans. Si le chantier est bien pensé, la réutilisation peut aussi être directe. Le mur détruit pour ouvrir la cuisine peut servir de ‘stabilisé’ pour des aménagements extérieurs", détaille Thibaut Jacquet.YdS

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