L’architecte Zaha Hadid fait des vagues à Chimay

L’architecte Zaha Hadid fait des vagues à Chimay

Écrit par Farcy Philippe le 24 avril 2016

Rendre au château de Chimay un lustre en respectant le passé et lui offrir un ancrage dans le XXIe siècle est une des priorités de ses propriétaires princiers. Grâce à leur union en 2012, il souffle un vent nouveau sur le domaine et le château a, depuis quatre ans, reçu un coup de fouet formidable. Pour preuve, sa fréquentation à travers diverses expositions, journées de visites et autres concerts a grimpé à plus de 15000 personnes en 2015.

Les espaces pour recevoir dignement ce public en croissance devaient donc être d’abord restaurés, puis aménagés. Tout cela fut fait… à l’exception de l’arrière de l’édifice. D’où l’idée de concevoir un espace ouvert sur cette terrasse qui, pour l’heure, ne ressemble pas à une cour princière mais à une petite esplanade herbeuse.

Zaha Hadid appelée en renfort

Le bureau londonien de Zaha Hadid, contacté en 2014, a rendu, à l’été 2015, des projets très aboutis, qui montrent en projection l’excellence du programme. L’idée est de concevoir un espace ouvert sur la terrasse. Et la maîtresse des lieux, la princesse de Chimay, de confier que "si le château est vaste, il ne possède plus de grand espace de réception". En effet, avant le terrible incendie de 1934, la terrasse était occupée par un salon d’apparat qui a brûlé comme tout le reste.

L’idée de son réaménagement est venue de son époux, le prince de Chimay. "Nous nous demandions comment inscrire le château sur la carte de la modernité, poursuit la princesse. Pour cela il nous fallait un architecte majeur, reconnu internationalement. Mon mari a suggéré Zaha Hadid; ce fut une évidence. Nous sommes allés à sa rencontre à Londres et elle a regardé le site, écouté nos doléances dans un silence qui nous inquiétait un peu, puis elle a donné quelques éléments et le projet était né, exactement comme nous l’espérions."

Reste maintenant à passer à l’acte. Mais le décès récent de l’artiste irako-britannique (1950-2016), le poids de l’administration et des questions de budget font que le projet se repose du côté d’Anvers, où Zaha Hadid possède une équipe très efficace.

L’architecte Zaha Hadid fait des vagues à Chimay

Lisibilité et réversibilité

De quoi s’agit-il ? Le projet de Zaha Hadid est d’une simplicité presque désarmante. Il est question de donner à la façade sud de la vigueur et de la respecter pour ce qu’elle est et possède d’ancien. De marquer le coup par un geste à la fois fort, branché sur l’avenir et intemporel.

Le résultat prend la forme d’une structure autoportante qui n’a presque pas de prise avec le corps de logis et les excroissances sommitales du théâtre. L’objectif de l’architecte est d’ailleurs de travailler sur la réversibilité. Cela veut dire que tout pourrait être démonté sans affecter la demeure. Quant à la lisibilité, elle est perceptible par l’espace unique et le jeu des verrières, amples et souples comme des notes qui ondulent, comme des mots fluides prononcés sur la scène.

D’après Nadine Buol, architecte liégeoise qui pourrait s’occuper de l’interface dans la phase active du projet, "on aurait affaire à une structure de verre et de fibre de verre, partiellement dorée, fixée au sol, autoportante, capable d’absorber des vents puissants sans faillir. Or les baies mesurent sept mètres de haut. Et tout serait préfabriqué, bien sûr. Zaha Hadid a déjà conçu des éléments de ce genre à Hyde Park, à Londres, contre la galerie Serpentine. Et il y a une parenté avec le projet du terminal de l’aéroport de Pékin".

Entre gigantisme et modestie, la patte de l’architecte est toujours là. Aller au bout du projet, c’est mettre Chimay au centre du monde.

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