La part la plus courante des chasseurs sur la prime obtenue

La part la plus courante des chasseurs sur la prime obtenue

Écrit par de Smet Yvan le 12 juillet 2016

Oubliez le stetson et le colt dans la ceinture, les chasseurs de primes d’aujourd’hui ne traquent pas les hommes mais les sommes prévues par les autorités publiques pour soutenir les travaux de rénovation et de construction.

Nécessaire ? Les procédures d’octroi des primes figurent sur les sites Internet des organismes officiels. Si besoin, les guichets de l’énergie répondent aux questions des Wallons, les Bruxellois peuvent s’adresser au guichet d’information du Centre urbain, quant aux habitants de Flandres, mieux lotis, ils disposent du ‘premiezoeker’, un véritable moteur de recherche qui renseigne, par commune, quelles des 1101 primes de la région s’appliquent au projet. Pourquoi donc recourir à un chasseur de primes pour introduire son dossier ? "C’est la différence entre la théorie et la pratique, on a besoin d’en faire tout le temps pour être efficace", explique Thierry Lallemand, actif sur le créneau depuis près de 10 ans. Robert-Guy Rolin, cofondateur chez Primes Services ne dit pas autre chose : "Les guidelines reprises en ligne sont assez claires mais l’administration part souvent du principe que les gens trichent. A nous de bien monter le dossier pour qu’il passe."

Alors utile ou superflu, comment choisir son chasseur de primes, que coûte son intervention ? Petit tour d’horizon d’une profession qui doit identifier qui est le Bon, la Brute et le Truand !

Monde restreint

"Petit, assez amateur et pas structuré." Les mots de Robert-Guy Rolin pour décrire son secteur ne sont pas flatteurs. "Comme il n’y a pas de formation en la matière, on trouve à boire et à manger. Ça dépend fortement du parcours de celui qui constitue le dossier. Le client vient surtout par le bouche-à-oreille." Et pour cause, niche oblige, les acteurs sérieux se connaissent tous, une dizaine tout au plus. Et pas besoin de publicité ou de mener une concurrence sérieuse, ils sont surchargés de boulot. "La demande est immense, s’exclame Thierry Lallemand. Je suis débordé, j’ai accepté trop de dossiers. La journée de 24 heures est vraiment trop courte."

Pour autant, alors que les clients ne manquent pas et que la profession ne compte aucune barrière à l’entrée, la niche reste une niche. Les nouveaux arrivants sont rares. La raison ? "Il faut avoir les reins solides. On n’est parfois payé que deux ans après avoir réalisé le travail. Ça nécessite un capital de départ parce que cela prend du temps", analyse Thierry Lallemand.

Les acteurs valables du marché, qui se rémunèrent par un pourcentage de la prime obtenue et non au forfait, tant la charge de travail varie d’un dossier à l’autre et que l’argument les motive à maximiser les dossiers, sont aussi à l’affût des changements législatifs. "Des clients tablent sur l’obtention des montants pour avancer dans leurs travaux ou simplement pour établir leur budget", souligne Robert-Guy Rolin. D’où l’importance que la demande, introduite parfois plusieurs mois plus tard, soit acceptée.

L’anticipation est bien l’un des principaux ingrédients des montants obtenus conséquents. Si les primes dites énergie, qui concernent son économie telles celles octroyées à l’installation de nouveaux châssis performants ou lors de l’isolation d’une toiture, sont les plus médiatisées, les chasseurs de primes sollicitent aussi d’autres montants prévus par les autorités mais bien moins médiatisés. "Dans certains cas, nous demandons la prime à la rénovation ou la subvention petit patrimoine - pour les petits éléments remarquables fixés à la façade, tels les sgraffites - mais les demandes doivent être introduites au préalable", précise Robert-Guy Rolin, qui ajoute que "lorsqu’on prend le dossier au début, on peut aussi vérifier que les cahiers des charges des corps de métier correspondent aux critères des primes".

La part la plus courante des chasseurs sur la prime obtenue

Pas de science exacte

La moitié des dossiers de demandes de primes serait montée par un chasseur de primes. Pour autant, ont-ils plus de réussite que les particuliers qui s’y lancent seuls ? Difficile à dire. Selon Thierry Lallemand, "deux dossiers identiques sont parfois jugés différemment. J’ai eu le cas dans une copropriété. Deux propriétaires d’appartements avaient obtenu une prime mais elle a été refusée à un troisième, sans que l’on sache pourquoi. Peut-être y avait-il un quota selon le fonctionnaire qui a traité le dossier." Et c’est bien le plus compliqué du métier. D’après les professionnels, l’interprétation du fonctionnaire, ou son bon vouloir, suivant le point de vue, renvoie les critères des sites officiels à de simples principes généraux. "L’administration prend parti. C’est ubuesque alors qu’elle ne devrait qu’appliquer les règles, elle considère que des dossiers n’y ont pas droit, donc la rapidité dépend vraiment de celui sur qui on tombe. Certains fonctionnaires sont persuadés qu’on camoufle, qu’on vole le gouvernement", analyse Robert-Guy Rolin.

Même son de cloche pour son confrère, "comme je connais les fonctionnaires, je peux m’adapter au nom repris sur le courrier". Malgré l’expérience, la demande de prime reste faillible et inférieure à l’estimation du chasseur de primes dans 10 % des cas. Avancer une somme moyenne relève de la gageure tant les dossiers et les ressources des demandeurs varient et que les chiffres des professionnels diffèrent en la matière.

Attention au suivi, le chasseur de primes ne fait pas de miracles. Le particulier reste le seul demandeur officiel. "Un de nos dossiers a été refusé à trois reprises parce que le client n’avait pas répondu aux demandes de l’administration. Elle envoyait ses courriers à l’adresse où les travaux étaient effectués mais le chantier n’avait pas de boîte aux lettres", conclut Robert-Guy Rolin.

10 %

L’addition oscille de 500 à 1800 euros pour les particuliers. Le pourcentage est plus faible s’il ne s’agit que de conseils et plus élevé lorsque la prime potentielle est basse.

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