La voie de la brique recyclée

La voie de la brique recyclée

Écrit par de Smet Yvan le 1 mai 2016

Toute construction ou rénovation s’accompagne d’une valse de matériaux qui débarquent sur un chantier ou dans une habitation en travaux et… d’autres qui en sortent, tant soit peu dans les mêmes quantités. Les premiers viennent embellir et moderniser le bien, mais qu’en est-il des seconds, les déchets de la construction ?

A l’heure où les particuliers multiplient les différentes sélections entre leurs ordures, le secteur de la brique, lui, conserve l’image du container fourre-tout à l’entrée du chantier. Mythe ou réalité ? Quelles sont les méthodes de tri ? Pour quels débouchés ?

Tour d’horizon non exhaustif et avis de professionnels sur les enjeux d’un marché qui dépend du neuf tout en lui faisant concurrence.

Quels déchets ?

Quelque 80 % à 90 % des déchets issus de la construction sont recyclés", explique Thibault Mariage, directeur de la Fédération des recycleurs des déchets de construction (FEDERECO). Au total, non moins de 200 installations réparties dans toute la Wallonie traitent les briques, tuiles et autres carrelages provenant des chantiers du seul Sud du pays. Tous les déchets dits "inertes", qui ne se décomposent pas et qui ne représentent aucun danger pour la santé ou la nature, ont l’obligation d’y être traités, à l’exception de certaines terres contenant trop peu de matériaux recyclables. Le bois, le plâtre ou le verre complètent les déchets de la construction. Soit 10 % de matériaux non spécifiques au secteur, qui relèvent tous d’une filière particulière et sont, par conséquent, pris en charge par des sociétés spécialisées. S’y ajoutent 2 à 3 % de matériaux qualifiés de dangereux, tels que l’amiante. Ils sont directement extraits du chantier et bénéficient d’un traitement particulier.

Dans quels volumes ?

Un, deux, trois sacs ? Ou plutôt des containers ? La problématique du tri demande de l’espace et, pour être rentable, voire simplement limiter son coût, un certain volume. Bref, le casse-tête de mètres carrés pour les chantiers urbains, d’autant plus si leur taille est réduite, trouve souvent une solution simple. "Entre le polyéthylène, les gravats, la terre ou le verre, c’est beaucoup plus de deux sacs ou containers dont il faudrait disposer. Et s’il faut encore payer un transporteur, le choix est souvent fait de tout mettre dans un même container. C’est une société spécialisée qui se charge de tout trier, par après", analyse Marc Ruebens, le président de la Confédération Construction Bruxelles-Capitale (CCB-C), lui-même entrepreneur. A priori ou a posteriori, l’obligation du recyclage n’impose aucune manière de collecter. "En Allemagne, l’immeuble est mis à terre et tout est trié dans de gros centres, après la démolition, confie Aymé Argeles, conseiller principal au sein de la Confédération Construction wallonne (CCW). Il s’agit de grosses chaînes de traitement que nous ne possédons pas. Mais, peu importe la méthode, l’objectif à atteindre, c’est que les déchets ne se contaminent pas entre eux, que le plâtre ne se mélange pas au béton, etc."

La voie de la brique recyclée

Comment recycler ?

Outre les déchets qui bénéficient de filières spécialisées, les entrepreneurs, les déchetteries ou les sociétés qui ont opéré la séparation livrent les déchets inertes aux installations de tri. "Les matières sont passées au crible, au concasseur ou à l’électroaimant. Tout dépend de ce qui est traité. L’objectif est d’atteindre un certain niveau de qualité pour correspondre à la norme européenne, la même que pour le granulat naturel", précise Thibault Mariage. La difficulté ? Maintenir un flux suffisant d’approvisionnement pour la taille des installations alors même que la zone de chalandise ne dépasse pas 30 km autour du centre de recyclage. "Le coût du transport et la faible différence de prix, de 2 euros la tonne par rapport au neuf, ne permettent pas d’agrandir le rayon d’action", souligne Thibault Mariage. Sans compter que la filière du recyclage dépend du neuf. Plus il y a de nouveaux matériaux, plus le centre de recyclage sera en fin de compte approvisionné, et à faibles coûts car les volumes à traiter sont plus importants. Mais plus de neuf vendu, c’est moins de recyclé acheté. Deux filières complémentaires mais aussi concurrentes. L’atout du recyclage, c’est son absence de limite. Contrairement aux carrières encore nombreuses, le granulat recyclé se recycle presque sans limite.

Qui en bénéficie ?

S’il est, toutefois, un obstacle à l’essor du recyclage dans la construction, c’est… le client en personne. Car l’esthétique du produit change. "C’est comme comparer du papier recyclé et du papier neuf, explique Thibault Mariage, mais les applications restent nombreuses." "Les maîtres d’œuvre sont parfois réticents à opter pour du recyclé, du coup, nous travaillons beaucoup sur la correspondance de nos produits aux normes afin d’améliorer leur perception par le public", ajoute Aymé Argeles. Qui conclut : "Tendre vers un quota minimal imposé de matériaux recyclés pourrait aider la filière."