Pas de vacances pour les secondes résidences françaises

Pas de vacances pour les secondes résidences françaises

Écrit par de Smet Yvan le 28 juin 2016

Pas de vacances pour les secondes résidences françaises

"Le marché est encore un peu atone." La formule de Didier Thomas, notaire à Rezé, non loin de Nantes, résume la situation du marché français de la seconde résidence. Pour autant, celui qui est aussi président de l’Institut notarial du droit immobilier (INDI) Outre-Quiévrain, prévient : "le marché de la résidence secondaire réagit toujours à retardement par rapport à celui de la résidence principale. Comme le premier retrouve des volumes conséquents, les chiffres les plus récents doivent encore être analysés pour mieux évaluer la situation du second."

Le travail est d’ailleurs amorcé par Pierre Bazaille. Notaire à Givors, en région lyonnaise, le fondateur de la base notariale des chiffres de l’immobilier est plutôt optimiste. "Les taux d’intérêts extrêmement bas ont finalement réveillé les ventes. On enregistre à nouveau les volumes que nous avons connus dans les belles années, entre 2000 à 2008, où l’on a recensé quelque 820000 transactions." Et de souligner que "le marché immobilier redevient dynamique en 2016". "Mais ce n’était pas vrai il y a encore 6 mois", précise-t-il.

Tous les secteurs sont concernés par cette embellie du marché, poursuit le notaire. A commencer par les campagnes de l’intérieur du pays, regroupées sous le qualificatif d’immobilier ‘vert’. Alors qu’elles enregistraient des baisses de prix jusqu’à 30 % par le passé, les régions de l’Ardèche ou du Vaucluse, pour ne citer qu’elles, reprennent désormais du poil de la bête. Et ce, en partie grâce à l’attrait des Belges pour leurs paysages… En effet, ceux-ci signent non moins de 2 % des transactions au sein des départements du Lot, de la Dordogne et des Ardennes.

Comme leur homologue ‘vert’, l’immobilier ‘bleu’- soit les côtes atlantique et méditerranéenne -, mais aussi ‘blanc’, qui borde les pistes de ski, connaissent des jours meilleurs. Quoique moins marquées que sur le ‘vert’, les baisses de prix qui y sévissaient - et qui ont parfois atteint 10 % pour l’immobilier ‘bleu’- semblent se résorber. "Attention, toutefois, les belles stations, du blanc comme du bleu, n’ont connu aucune crise", insiste Pierre Bazaille.

Qualité belge

Outre la situation, le type de bien pèse aussi sur la bonne tenue du marché français de la seconde résidence. Car, en immobilier comme ailleurs, les biens de prestige sont davantage à l’abri des fluctuations. Les candidats acquéreurs d’une seconde résidence française ont retenu la leçon, qui adaptent leurs comportements d’achat en fonction. Ainsi, pour les faire flancher, la maison ou l’appartement de villégiature doit multiplier les atouts. "Les clients sont plus rigoureux. La villa et son terrain de 10 ares au milieu d’un lotissement seront plus difficiles à vendre qu’avant 2008. Les biens de qualité, qui ont été nombreux sur le marché, ont donné le ton... et les acquéreurs en ont pris l’habitude. Ils ne recherchent plus seulement la villa à quelques minutes du village ou de la plage, il faut aussi qu’elle ait une belle vue", explique Jean-François Van Den Dorpe, responsable marketing pour The Best4You. L’agence établie à Waterloo et spécialisée en seconde résidence neuve dans l’Hexagone relève aussi une nouvelle prudence des acheteurs face aux inondations récurrentes et au risque d’incendie.

Pas de vacances pour les secondes résidences françaises

Le courtier épingle par ailleurs le cas des plages du nord de la France, dont celles de la côte d’Opale, en plein développement. C’est que les stations proches de la côte belge attirent particulièrement les habitants du plat pays. Une question de proximité ? Sans doute. Mais aussi une garantie de pouvoir y parler la langue de Voltaire, quoique l’argument n’effraie pas les clients néerlandophones de The Best4You. L’incitant majeur est plus simple. "Les prix y sont inférieurs. De ce fait, l’investissement immobilier à Hardelot, Le Touquet ou Berck-sur-Mer est moins coûteux qu’au sein des communes du littoral belge. Vous avez déjà un appartement 2-chambres à 230000 euros taxes comprises en bord de mer à Berck-sur-Mer. C’est très concurrentiel par rapport à une station similaire comme celle de Coxyde", analyse Jean-François Van Den Dorpe.

Plaisir ou obligation

Avec ceci qu’en cas de revente, l’heureux propriétaire de son petit coin de ‘Douce France’, ne doit pas s’attendre à des plus-values importantes, même s’il s’agit d’un bien de qualité. "Les 6 à 7 % gagnés avant 2008 sont aujourd’hui oubliés. Actuellement, la valeur des biens gonfle de 1 à 1,2 % par an et colle à l’inflation", observe Jean-François Van Den Dorpe, qui ajoute que "la France est un marché international, garant d’une relative stabilité. Les différentes nationalités se compensent mutuellement. Quand l’une d’entre elles devient moins demandeuse de biens dans l’Hexagone, une autre l’est davantage."

Autre facteur de stabilité, la demande interne de secondes résidences. Laquelle n’existe pas en Grèce, par exemple, et est nettement plus faible en Espagne. Un comportement qui serait en pleine mutation. Selon Didier Thomas, "la demande française de secondes résidences baisse parce que les mentalités évoluent. Les désirs ne sont plus les mêmes. Les gens veulent de moins en moins avoir un fil à la patte et davantage de liberté pour varier les lieux de week-ends et de vacances."

Lexique