Polémiques liégeoises

Polémiques liégeoises

Écrit par Farcy Philippe le 25 mai 2016

Les considérables changements opérés dans la Cité ardente depuis plus de dix ans confirment le rôle de la culture pour replacer une ville sur la carte de celles qui comptent. Mais qu’en est-il du patrimoine en tant que tel ? S’il y a bien eu nombre de remises en valeur et restaurations (piscine de la Sauvenière, musée de la Vie wallonne, Grand Curtius, opéra, théâtre du XX Août sur l’ancienne Emulation, La Boverie et bientôt l’ancien site universitaire du Val-Benoît), il n’empêche que le petit patrimoine n’est plus aussi soutenu qu’il y a 30 à 50 ans.

Une maison, un hôtel, une église

Trois lieux en particulier suscitent débats et posent questions. Il s’agit de la maison Rigo, installée en face de la nouvelle passerelle menant de la gare Calatrava à "La Boverie" et, au-delà, au centre commercial de la Médiacité. De l’hôtel de Bocholtz et sa sculpture d’Arne Quinze; et, juste au-dessus, de l’église-collégiale Sainte-Croix. Trois sites, trois manières d’agir ou de ne pas agir, trois visions différentes de la façon de traiter ou maltraiter le patrimoine.

La maison Rigo est une création du début du XXe siècle, de style mosan du XVIe siècle. Deux autres exemples existent en ville, à savoir la maison-atelier du peintre Rassenfosse (1899, rue Saint-Gilles, par Paul Jaspar) et l’ancienne Banque de Schaetzen (1922, par Carlos Thirion), devenue Delen. La maison Rigo (1916, par Lucien Bécasseau), se trouve en plein dans l’axe pré-cité qui doit être réaménagé, entre gare et Meuse, avec la tour des Finances en sa verticalité et puissance. Qu’en faire ? Certains veulent la détruire pour aller plus vite. D’autres, qui veulent tout conserver par principe, refusent que l’on y touche. Mais il y a une troisième voie, logique et respectueuse, qui est de la démonter et de la remonter, en ce compris certains décors intérieurs, anciens. Mais comme nous disait le premier échevin Michel Firket, en charge du Patrimoine et favorable à cette idée : "cela coûterait beaucoup d’argent et nous ne sommes plus dans les années 70".

Polémiques liégeoises

Pour l’hôtel de Bocholtz, classé, datant des XVIe et XVIIe siècles, la question est moins grave, mais le placement sans aucun permis, et en plus sur territoire communal, d’une énorme sculpture d’Arne Quinze montre la légèreté avec laquelle d’aucuns violent les règles.

Le troisième dossier reflète l’inaction certaine de tous les pouvoirs publics face à une église romane et gothique qui devrait être magnifique comme l’est Saint-Jacques tant elle est riche de décors anciens, mais que l’on laisse croupir depuis 40 ans. On sait que, depuis 2013, une association américaine qui surveille le patrimoine majeur européen a repris le bien dans ses monuments en péril. Triste honneur pour la ville et le quartier, qui compte pourtant une foule de lieux remarquables, de l’hôtel de maître Torrentius aux hôtels de Selys (le Crowne Plaza), jusqu’à la basilique Saint-Martin, toujours en fort bel état.

Lexique