Participants à la table ronde

Table Ronde juin 2018

Écrit par Thierry Laffineur le 4 juin 2018

Rénovations: plus de confort pour moins de carbone

Le secteur de la rénovation/réparation du parc résidentiel est un marché porteur - env. 35.000 opérations/an pour un budget moyen de +/- 13.000 € essentiellement issus de l’épargne des propriétaires et non de prêts bancaires. Son rythme est toutefois insuffisant au vu des exigences environnementales (Cop 21 > horizon 2050) : la rénovation annuelle porte sur  0,7% du parc alors qu’il faudrait atteindre 2,5%. 

Au vu de la croissance démographique et de l’évolution sociétale, la Belgique aura besoin de 800.000 logements (nouveaux ou Participants à la table ronderénovés) en 2050, soit un investissement de +/- 100 milliards €. Parallèlement aux grandes opérations de reconversion/ réaffectation (ex. : tertiaire > résidentiel), les rénovations individuelles visent deux objectifs : l’amélioration du confort et la réduction des consommations énergétiques : les 5 travaux prioritaires portent dès lors sur les chaudières, les isolations, les menuiseries et ouvertures extérieures, les installations électriques et les cuisines/sanitaires.
 
Pour commenter ces perspectives et évolutions, la présente table ronde réunissait : 
  • Benoît Périlleux – Directeur – Bruxelles Urbanisme et Patrimoine 
  • Charles Wizen – CEO – Project ²
  • Charlotte de Bellefroid – Marketing & Com. Manager – ISOHEMP
  • Madeline Demoustier – Architecte - & Sens
  • Pascale Curias – Marketing Manager – FACQ
  • Joël Solé - Directeur - Bruxelles Environnement
  • Benoît Fabry – Sales Manager Wallonie & Luxembourg – Daikin Belux
  • Yves Sottiaux – Directeur Commercial – Velux Belgium

Qu’en est-il du marché de la rénovation et de son dynamisme au regard de vos activités respectives  ?

B. Fabry: Le dynamisme est incontestable, notamment en ce qui concerne le chauffage/climatisation et – plus généralement - B. Fabryl’ensemble des facteurs qui contribuent au confort thermique des occupants au regard de la qualité de l’air.   Cette vision est celle de l’Eco-Confort. Elle poursuit un double objectif : accroître la qualité de vie des occupants et réduire l’impact carbone des bâtiments.
A cet égard, le marché voit émerger quelques tendances lourdes – amplifiées par les impositions de l’Europe  et celles de la PEB (Performance Energétique des Bâtiments) . Ces tendances mettent en évidence le rôle des climatiseurs réversibles (= pompe à chaleur aérothermique (*)) dont le succès (croissance de 21% en 2017) repose précisément sur cette réversibilité : refroidir en été >< chauffer en hiver, selon une faible consommation énergétique. 
 
M. Demoustier : En 10 ans l’évolution du marché est effectivement significative : alors qu’en 2008 on s’interrogeait quant au bien-fondé et à la faisabilité de la PEB - notamment en matière de (sur)coût – cette démarche ne pose aujourd’hui plus de problème. S’agissant des logements sociaux le curseur est même ambitieux tant en matière de chauffage que de sanitaires ! Pour travailler à la rénovation de tels logements selon les imposition de la PEB, on assiste à une prise de conscience énergétique des maîtres de l’ouvrage publics qui, en conséquence, n’ont plus besoin d’être convaincus du bien-fondé des interventions mais peuvent (doivent) être conseillés pour mieux placer le curseur.
P. Curias: Notre activité est centrée sur le chauffage et l’ensemble  cuisine / sanitaires ( nos clients sont principalement des installateurs et les show-rooms sont surtout destinés au public qui souhaite découvrir/apprécier les produits/techniques). Au sein de ce segment, on relève que les consommateurs consentent aujourd’hui – par ordre d’importance - des investissements dans les cuisines, les sanitaires et le chauffage . Le principe est en effet acquis, qui montre une nécessité d’économiser l’eau et l’énergie (débit, température, etc..) via des techniques durables.  
Participants
 
Y. Sottiaux: Le marché de la rénovation est aujourd’hui effectivement ‘bon’ . Toutefois avec moins d’1% d’opérations/an sur le parc, il se situe bien en-deçà du niveau à atteindre (3%) pour correspondre à la stratégie européenne (article 4 de la directive 2012/27/UE). Il nous appartient donc de convaincre le public du double avantage de la rénovation : améliorer la performance énergétique du bâti et son confort (lumière, qualité et température de l’air intérieur, etc.) .
 
Ch. de Bellefroid: Nous travaillons le chanvre. Si l’usage de ce matériau est ancien, il reste toutefois peu /mal connu en Belgique, alors qu’il est populaire en France et apprécié pour ses qualités thermiques, acoustiques, de résistance au feu et hydriques (régulation de l’humidité).  Pour populariser ce produit, autrefois difficile à placer, nous le conditionnons sous forme de blocs prêts à être mis en œuvre.  Cette technique s’applique à 3 segments de marchés :
  • La rénovation, par placement extérieur ou intérieur (50%). Ch. de Bellefroid
  • La construction neuve (30%).
  • Le cloisonnement et les bâtiments industriels (20%).  
Malgré un coût supérieur de +/- 10% aux benchmarks, les qualités et performances de ce matériau ‘tout en 1’ sont comparables aux autres produits. Elles sont mêmes supérieures dès lors qu’on s’attache à la régulation de l’humidité , dont l’incidence sur la qualité de vie et la préservation du bâtiment est évidente. 
 
M. Demoustier: Le marché montre effectivement une attention particulière portée à la qualité de vie. C’est un aspect sur lequel il convient d’insister au regard des incitants financiers : l’essentiel de la motivation d’une rénovation n’est pas fonction d’un RoI (retour sur investissement) mais d’une dimension plus large associant confort et durabilité. 
 
B. Fabry: Le marché relève effectivement d’une double approche :
  • les pouvoirs publics pensent et raisonnent surtout en termes d’efficacité énergétique ;
  • le propriétaire occupant  s’intéresse principalement à sa qualité de vie/confort. 
Cette seconde préoccupation est désormais prépondérante.  H. Sottiaux
 
Y. Sottiaux: Notons qu’il n’existe pas de réelles normes de ‘confort’. Il faut espérer que les régions incluent cet aspect aux futurs « passeports bâtiment » qui, comme l’audit énergétique aujourd’hui, guideront les propriétaire dans leurs travaux de rénovation.
 
(Ndlr : A l’horizon 2050, le passeport bâtiment - Région Wallonne-  a pour objectif de tendre en moyenne vers le label PEB A pour le logement et le niveau « zéro énergie » pour le tertiaire. 
 

Associer rentabilité & confort:

Comment cette préoccupation ‘de qualité de vie’ impacte-t-elle le marché ? 

B. Périlleux: Elle induit un changement d’attitude dans le chef du grand public. On est ainsi passé du ‘on isole et cela suffit à une sensibilité / préoccupation grandissante quant à la durabilité et à la qualité sanitaire des matériaux notamment au regard de leurs incidences à long terme sur l’immeuble.
 
J. Solé: La préoccupation liée au confort et à la santé a toujours été présente dans la PEB (ex. : les normes de ventilation) , mais moins mise en avant que les arguments de rentabilité.  Aujourd’hui, l’ampleur des objectifs climatiques issus de la COP 21 (accord de Paris 2015) poussent les autorités vers davantage d’exigences énergétiques via la rénovation immeubles. Dans cette optique, l’amélioration du confort a plus de sens que l’argument de rentabilité. Il convient donc désormais d’associer les deux critères. 
 
B. Périlleux: C’est également un point à prendre en considération au vu d’un marché qui distingue les propriétaires occupants B. Perilleuxdes propriétaires bailleurs. Ces derniers sont ‘naturellement’ moins enclins à rénover dès lors que l’investissement profitera surtout à l’occupant/locataire. Or, dans les villes le quota de locataires est très important (+/- 60%). On se trouve donc face à un problème quantitatif .
Ainsi pour Bruxelles, les chiffres montrent que sur un parc de +/- 500.000 logements, les demandes ‘officielles’ de rénovation (via un permis) ne comptent que +/- 1.600 dossiers/an !
C’est évidemment insuffisant pour atteindre aux différents objectifs environnementaux, dont celui des pouvoirs régionaux, portant sur la réduction des consommations énergétiques des locataires. En effet, si l’on dispose d’incitants intéressants pour les investisseurs et les propriétaires-occupants, ces mesure ont peu d’effet sur le parc locatif et cela pose problème.

Tous les facteurs ne sont pas objectivables!

Ch. Wiezen: En considérant la rénovation au sens large, on relève que certains facteurs sont objectivables alors que d’autres ne le sont pas.   Quid ainsi de la qualité architecturale d’une rénovation qui s’apprécie surtout par son agencement spatial (superficie, volume, ouvertures, lumière)?  Autre point, quid des techniques/technologies installées, de leurs utilisations bonnes ou mauvaises (ex. : ouverture de fenêtre dans un modèle passif) et du coût de leur maintenance ?
 
A un  autre niveau, les 3 régions du pays ne partagent pas la même approche/législation. Ainsi la Wallonie (parc très ancien) fonctionne selon des normes plus restrictives que Bruxelles et la Flandre où l’on peut – par exemple - plus facilement ‘déshabiller’ un immeuble (ne conserver que sa superstructure) pour le rénover (il conserve sa fonction initiale)  ou le reconvertir (il change de fonction). 
 
B. Périlleux: A Bruxelles, plus d’1 million de m² tertiaires ont été reconvertis en résidentiel à ce jour. Atteindre le double ( 2 millions) endéans les 10 prochaines années n’est pas irréaliste. 
 
(NDLR : Sous l’influence de la démographie, la ville aura besoin de +/- 10 millions de m² de nouveaux logements à l’horizon 2030) 
 
Ch. Wizen
Ch. Wiezen: S’agissant de reconversion, le quota des 2 millions n’est effectivement pas irréaliste mais chaque opération devra être considérée à l’aune de trois facteurs : 
  • Faisabilité technique : Tous les bâtiments ne sont pas reconvertibles. Pour certains – très (trop) profonds – la reconversion ne fait pas sens et mieux vaut le rénover et lui donner une seconde vie dans sa fonction initiale (ex. : reconstruire du bureaux sur du bureaux) ;
  • Localisation : tous les sites urbains ne conviennent pas au résidentiel ;
Marché : aujourd’hui l’équation économique montre que le résidentiel est plus ‘profitable’ que le bureau. Il devient donc un créneau porteur. 
 
B. Périlleux : Certaines reconversions sont exemplatives de ce phénomène par lequel une structure tertiaire - même peu adaptée à la reconversion - est toutefois réaffectée en logements sous l’effet de la demande du marché . L’opération menée sur l’immeuble ‘Livingstone’ (Quartier européen) illustre cette évolution. 

Choisir & Maitriser:

Comment identifieriez-vous les facteurs/motivations d’une rénovation ? 

B. Fabry : Le confort, l’efficacité énergétique et le design des objets à installer…
 
Y. Sottiaux: … on ajoutera la durabilité (soutenabilité) et la responsabilité environnementale, dont une utilisation responsable des matériaux.

Quid de l’IoT (Internet des Objets) ? 

B. Fabry: Pour la plupart des acteurs – dont nous sommes - le modèle qui s’impose relève de la philosophie ‘From Hardware to Software’.  Outre qu’il s’agit d’être présent à tous les moments de la vie d’un produit (de la conception au recyclage ), il devient également essentiel de rester connecté avec le client final via une application de maintenance prédictive et/ou de télémaintenance. Cela permet de suivre et de contrôler les consommations et, le cas échéant, de les corriger/adapter pour être en phase avec ce qui a été prévu.  Par ailleurs, si nous (fabricants /installateurs) souhaitons poursuivre notre développement nous sommes désormais ‘obligés’ de recycler- gratuitement -  nos équipements.

Pourquoi ? J. Solé

Parce que ces équipements contiennent, entre autres, un réfrigérant (HFC =  hydrofluorocarbures) soumis à des quotas d’utilisation de plus en plus stricts (**) . Donc, avant de (re)fabriquer du fluide, nous avons fortement intérêt à récupérer/recycler celui des installations devenues obsolètes.  
 
J. Solé: S’agissant du rapport entre confort et durabilité et dans le cadre du défi climatique, il convient aussi d’être particulièrement attentifs à deux points déjà mentionnés :
  • les choix technologiques, leurs coûts financiers (installation et de maintenance) et environnementaux à l’échelle locale et globale;
  • La capacité des utilisateurs à maîtriser ces technologies (certaines constructions à haute performance ont fait apparaître ce risque) ; 

Rénovation & urbanité:

Comment les nouvelles générations influencent-elles la rénovation ?

B. Périlleux: L’évolution sociétale actuelle montre l’émergence d’une génération « d’urbains » : elle affiche – davantage que les générations précédentes qui essaimèrent vers les banlieues résidentielles - un intérêt pour la ville.  Cette attitude se caractérise ipso facto par une plus grande sensibilité aux questions énergétiques/environnementales et urbaines.  Il existe là une conjonction de facteurs favorables à la revitalisation de quartiers soutenus par des comportements nouveaux (ou pour le moins différents de ceux de leurs aînés) parce que permis par la technologie.  Parmi ces comportements le plus révélateur est celui qui transparaît dans les nouveaux modes de vie et de travail désormais déclinés à travers tous les ‘CO’  (cohabitant, cotravail, covoiturage,…) et le besoin de flexibilité (ex. : évoluer en parallèle de la transformation des unités familiales).
 
Or, dès lors que l’utilisation de l’habitat (ou de l’espace de travail) se modifie, celle de l’espace public doit s’adapter. Cet espace demande désormais à être d’autant plus soigné qu’il devient – au sens large – le prolongement du logement dans une ville (ou un quartier) de proximité. Par proximité il faut comprendre la mise à disposition de tous les services (écoles, commerces, cultures, crèches, médical, sport,….) dans un périmètre restreint (distance pédestre ou mobilité douce).
 
B. Fabry: C’est un constat que nous faisons en entreprise.  La notion de partage devient prépondérante. Schématiquement on assiste à une Ubérisation ou une Spotification de tout , y compris de l’énergie. (Voir e.a. les études du Professeur Damien Ernst – Ulg) 

Quid du Zéro Energie  ? 

Y. Sottiaux : Cela renvoie au cycle de vie (C2C) des produits et aux différents facteurs à prendre en considération pour définir un bilan énergétique global.  Nous vendons de la lumière et de l’air avant de vendre des fenêtres !
Si nous nous projetons dans un modèle zéro énergie la question devient : comment pouvons-nous y associer nos produits ? 
Réponse :
  • En été, nous pouvons contribuer à la ventilation gratuite des maisons. Dès lors que les ouvertures sont bien positionnées / dimensionnées et utilisées de façon ad hoc (il existe des logiciels pour piloter les fenêtres ) elles évitent les (très) fréquents problèmes de surchauffe. 
  • En hiver, nous pouvons contribuer au chauffage du logement en utilisant la chaleur passive gratuite du soleil.
Ces  seuls deux points montrent qu’une simple fenêtre peut avoir un bilan énergétique positif et donc contribuer au zéro énergie

Et des bâtiments à énergie positive ? Madeleine Demoustier

M. Demoustier: Trop compliqué à mettre en œuvre dans les opérations de rénovation mais des constructions neuves répondent d’ores et déjà de ce principe. Cela dit, il existe suffisamment de moyens (et de travail) pour atteindre à un bon niveau énergétique moyen du parc avant d’aller chercher la performance absolue !
 
Y. Sottiaux: D’accord avec vous : la rénovation doit prioritairement viser à améliorer les niveaux moyens de performance énergétique et de confort du parc et moins à construire des prototypes. Même si ceux-ci ont leur raison d’être. 
 
B. Fabry: Je nuancerais : on peut (relativement) facilement obtenir un habitat zéro énergie voire à énergie positive.
 
Exemple : La consommation énergétique annuelle moyenne d’une habitation (chauffage + sanitaire + cuisine + éclairage + équipements) est de +/- 20.000 kWh (+/- 2.000 litres de mazout). Dans ce schéma les postes chauffage et sanitaires pèsent à eux seuls +/- 15.000 kWh.   Si vous remplacez une chaudière classique par une pompe à chaleur dont le COP (Coefficient de Performance) est de 5, vous réduisez ipso facto les consommations initiales chauffage + sanitaire d’un même facteur 5 = 15.000/5 = 3.000 kWh auxquels s’ajoutent 5.000 kWh (cuisine, éclairage, équipement) soit un total de 8.000 kWh. Cette quantité d’énergie primaire peut être aisément produite en associant une pompe à chaleur à 32 panneaux photovoltaïques (PV) de 300 watt-crête. Le délai d’amortissement (prévu) est de 5 ans ! 
 
M. Demoustier: Il faut effectivement entrer dans ce schéma ‘idéal’ dès qu’on le peut. Il existe toutefois un hiatus : en ville on dispose rarement de la place nécessaire à l’installation de 32 panneaux PV ! Le modèle est réaliste mais non généralisable. 

Taxe Pro-sumer pour photovoltaïque 

Dans le schéma idéalisé de l’Internet de l’énergie (cfr. : Jeremy Rifkin), l’énergie produite ( à partir de sources renouvelables) doit prioritairement être consommée sur place. En effet, outre que celle-ci est encore difficilement stockable, sa réinjection dans un réseau (non prévu à cet effet) ne fait pas toujours sens.
A cet égard, une redevance concernant l’utilisation du réseau par les propriétaires de panneaux photovoltaïques verra le jour d’ici janvier 2020.   La justification de cette décision établit que : « dès lors que les propriétaires d’installations photovoltaïques utilisent le réseau, il est logique qu’ils contribuent également à son amélioration et à son développement. »
 
Vue d'ensemble

Bonnes nouvelles!  

Qu’en est-il des incitants et/ou des facilitations quant à l’obtention des primes ? 

B. Périlleux: Bonne(s) nouvelle(s) pour Bruxelles:
  • Avant la fin de cette année les démarches du demandeur (propriétaire occupant) pour l’obtention de la prime à la rénovation et de la prime à l’énergie devraient être regroupées en une seule opération. Cela permettra une réduction des délais (2 mois max. contre 4 à 6 aujourd’hui)
  • Les exigences en matière de permis d’urbanisme des travaux ‘de minime importance’ seront réduites voire supprimées. Cela concerne par exemple l’isolation des façades arrières des bâtiments. (Voir : Logement Bruxelles)
  • Les montants réels des primes à la rénovation pouvant être obtenus seront clarifiés. Actuellement on fonctionne selon des taux appliqués à des prix unitaires plafonnés. Ces prix ne correspondent plus au marché !  En conséquence lorsqu’on annonce 40 ou 80% de subsides ‘théoriques’ on en obtient la moitié  dans la pratique. Tant les prix que les taux seront donc réajustés afin de sécuriser l’investissement du demandeur. 
J.Solé : Pour un accompagnement gratuit de la rénovation – notamment énergétique (rénovation et énergie sont de plus en plus étroitement liées) – d’un logement on renverra le lecteur vers www.homegrade.brussels 
 
B. Fabry: Si le principe des primes est éminemment respectable, attention toutefois à ses effets pervers dont celui de créer des bulles… qui finissent par exploser. L’exemple des PV est là pour nous le rappeler et le principe s’est avéré délétère tant pour les utilisateurs finaux que pour les PME qui avaient investi dans le segment !  Il conviendrait donc de travailler davantage sur l’éducation/information du consommateur final et sur les directives plutôt que sur des incitants financiers.  La TVA à 6% sur les pompes à chaleur était une bonne chose. La mesure n’a toutefois été  qu’éphémère (la TVA est repassée à 21% ) qui montre que le pouvoir public ne comprend pas toujours les attentes du marché. 
 
Participants
 
M. Demoustier: Je reste également dubitative quant aux primes. Généralement nous conseillons aux clients de la considérer comme un bonus (avec lequel ils achèteront éventuellement une SdB ou une cuisine!) mais non comme la condition sine qua non d’une rénovation.   Par ailleurs ce principe favorise sans doute ceux qui en ont le moins besoin.
 
Pourquoi ?
Parce que les primes sont des ‘remboursements’ et ne sont payées que sur présentation des factures acquittées. En d’autres mots après que l’argent ait été déboursé. Ce qui suppose d’en disposer ou de pouvoir l’emprunter… ce qui n’est pas le cas de la majorité des demandeurs !
 
B. Périlleux: Je vous corrige : les primes à la rénovation font l’objet du versement d’un acompte dès l’acceptation du dossier ! 
 
Ch. de Bellefroid: Il existe un autre souci : les primes à l’isolation sont attribuées en fonction du ‘R’ (résistance thermique des matériaux (***)). Le bon critère ne devrait-il pas être l’inertie thermique ?  En effet, une grande inertie thermique permet de stocker la chaleur/énergie dans les murs. Elle a donc une action de lissage de l’effet jour/nuit. Dans la mesure où cette chaleur est redistribuée lorsque nécessaire elle évite de relancer un chauffage. Aux blocs de chanvre de 20 cm d’épaisseur correspond une inertie thermique de 13 heures ! C’est un poste d’économie. 
Participants
 
                           ******
(*) L’aérothermie est l’une des deux solutions de la thermodynamie.  La première, est la géothermie qui puise la chaleur dans le sol. La seconde est l’aérothermie : elle puise cette chaleur dans l'air . L'air est en effet chauffé par les rayons du soleil . L'aérothermie permet de récupérer cette chaleur alors même qu'il fait froid. Jusqu'à -15°/-20° ce système est tout à fait valable, puisque chaque Kwh dépensé pour extraire l'air rapporte 4Kwh de chauffage. A ce jour, l'aérothermie reste le système le plus performant en matière de chauffage d'autant que l'installation est assez simple. Puisant de l'énergie dans l'air, la pompe à chaleur aérothermique est une sorte de gros ventilateur qui débouche sur un échangeur d'air.
 
(**) La réglementation (EU) No 517/2014 –F-GasII implique une diminution de production des HFC de 2015 à 2030 via un système de quotas et d’interdictions par secteur notamment sur les fluides à fort GWP (Global Warming Potential)
 
 (***) La valeur R représente la performance  thermique d’un matériau  et indique le niveau de résistance au passage de la chaleur qu’offre (p.ex.) le double vitrage, les planchers, les toits et les murs : plus la valeur R est élevée, plus la déperdition thermique au travers du matériau isolant est faible. Le calcul de la valeur R dépend des matériaux utilisés et l’épaisseur de la couche isolante. La valeur R est donnée en kelvin par watt (m²K/W) et est le critère pour pouvoir bénéficier d’une prime.  

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